Jeudi 25 mai 2006
Nouvelle adresse de ce blogue :
www.humeurdujour.canalblog.com
Tout le monde a noté ?
Et prochaine mise à jour dès la semaine prochaine.
Publié par Estebàn
à 2006-05-25 16:30:47
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Lundi 15 mai 2006
Cerné au coeur de cette nuit empourprée
Je ne distingue que les pulsations écarlates
De mes artères mortifères
Où que se pose mon regard
Il ricoche Infini
Seuls les murs me répondent
Et tandis que les rues s'engourdissent
Je prolonge mes pensées
Au rythme de toutes les envergures
Et des nébuleuses à peine écloses.
Publié par Estebàn
à 2006-05-15 16:49:16
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| La poésie est ton amie
Jeudi 11 mai 2006
A moins d'avoir vécu dans une grotte au fin fond du Népal, ou dans un ashram (ça s'écrit comme ça, ce truc ?) en Papouasie durant les quatre dernières années, vous n'avez guère pu échapper au bouquin "Da Vinci Code". Ce n'était rien comparé à ce qui vous attend...
Ami, entends-tu / l'marketing / sur nos plaines ? / Ami, entends-tu / Les cris sourds des pays / qu'on enchaîne ?
Voici donc le film ! Allez on y va, coco ! Alors, tu m'arroses les contrées d'affiches 4x3, tu me ponds soixante-dix plateaux télés, tu me lamines les ondes de publicités, tu offres un maximum d'objets publicitaires à la gloire du machin ! C'est d'la bonne ça, coco...
Bon, allez, je suis de mauvaise foi... Je n'ai pas lu le livre (j'ai la vilaine impression que ça fait "nom de la rose" du pauvre...) et je ne compte pas aller voir le film, accompagné de son (faux) parfum de souffre et de scandales, parce que l'intrigue part du principe que Jésus et Marie-Madeleine ont couché ensemble et ont eu une descendance, que les cathos ont caché pendant des siècles...
Rassurons-nous pourtant, ce film n'aura rien de choquant... Le réalisateur, Ron -Ricchie Cunningham - Howard est un cinéaste propre sur lui qui est tout, sauf un provo. On lui doit de bons films lisses bien suintants, comme "Apollo 13", "Ed TV", "Willow"...
Pour preuve, et parce que vous le demandez, voici une petite analyse d'images, qui devrait calmer toutes vos angoisses existentielles (et elles sont nombreuses).
Allez, on y va pour les diapos :

Bon, alors, là, on a les gentils. On les reconnaît aisément. D'abord parce que les acteurs ont toujours incarné des gentils à l'écran, et que même quand ils tentent d'être méchants, ils sont quand même gentils. impossible de casser cette image. Tautou a essayé dans "A la folie, pas du tout"... Tout le monde a oublié ce film. Audrey, c'est Amélie avec son sourire guimauve. Côté guimauve, Tom Hanks s'y connaît. Il en a tourné tout plein des films débordants de bons sentiments. Bref, c'est EUX les gentils, impossible de s'y tromper. Bien sûr, ce sont des gentils à qui on ne la fait pas. On voit bien leur air pénétré. On note aussi la (surprenante ?) ressemblance entre Audrey et la Joconde...
A l'inverse, voici un personnage dont on peut douter (moi, je ne lui confierai pas mon neveu à garder !) :

Le regard de chien battu, le Reno, il sait le faire (Sait-il faire autre chose, d'ailleurs ?). On notera le regard porté à gauche. Doit-on déduire que c'est un méchant ? Peut-être. D'abord parce qu'il s'appelle Fache, et que c'est proche de Fasciste. Peut-être aussi parce qu'il regarde à gauche, alors que les gentils, eux, regardent à droite (vous pouvez aller vérifier les amis...). Mais, bon, dans le doute, on va dire que le Reno sent le fourbe. Il a la tête de l'emploi.
Bon, maintenant, le méchant de service. ça c'est important, parce qu'on doit le reconnaître du premier coup d'œil. Je vous laisse juge...

Regardez-moi ça. Rien à faire, il a la gueule de l'emploi. Voilà le genre de type qui vous refroidit l'ambiance d'une super fête ("Putain, on gèle ! Quelqu'un a ouvert la fenêtre ?" "Non, non, Silas était à la bourre, et il vient d'arriver !" "Aaaahhhh ! D'accord !"). Bon, bien sûr, on notera que Ron Howard est infoutu de lui donner une tête différente de celle de l'Empereur démoniaque de Star Wars (Il est pote avec Lucas, le bougre...), mais c'est normal... Comment voulez-vous qu'on reconnaissent les méchants s'ils ne sont pas reconnaissables ? Vous me direz, oui, mais là, c'est une affiche faite exprès. Mais, rassurez-vous, pour étayer mon propos, j'ai trouvé une photo de vacances de Silas (il passait des vacances à Sainte Marie de Rosaire, une délicieuse petite chapelle, tout ce qu'il y a de plus mignonet). ça donne ça :

Regardez-moi ça, c'est souffreteux que ça n'en peut plus. Non, sincèrement... ça sent la tuberculose, la sous-exposition au soleil, la carence en un tas d'oligo-éléments...
Sacré Ron. Il nous a donc pondu un nouveau chef-d'œuvre qui marquera, à coup sûr, l'histoire du cinéma planétaire...
Finalement, la seule bonne nouvelle était dans le quotidien Métro du jour (d'après AFP) :
"Un groupe indien catholique appelle les chrétiens à entamer une grève de la faim jusqu'à la mort pour protester contre la diffusion dans leur pays du film Da Vinci Code (...). au Vatican, le secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Angelo Amato, a évoqué un boycott du film tiré du roman à succès de Dan Brown, qu'il a qualifié de "roman perversement antichrétien" (...)".
Il est toujours bon de faire chier un peu le monde... Il remonte dans mon estime, Ronnie...
Publié par Estebàn
à 2006-05-11 14:57:48
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Mercredi 10 mai 2006

L'extinction
De mon corps engourdi
Est une évidence
Etranger parmi des étrangers,
Mon regard ne se fixe plus nulle part
Au delà de ces labyrinthes
Extatiques,
Qui m'endurcissent,
Qui me nourrissent,
Se réunissent
Les wagons égarés,
Où cent pales vrombissent,
Où mille indiens sommeillent
Et qui m'emportent loin
Tellement loin
Publié par Estebàn
à 2006-05-10 08:06:39
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| La poésie est ton amie
Lundi 08 mai 2006

Partir ailleurs, c'est accepter de me débarrasser de mes propres clichés, pour mieux me frotter à la réalité.
Partir ailleurs, c'est saisir qu'au delà des images toutes faites que je peux avoir d'un pays, se trouvent une réalité tangible, et un quotidien fait de petits riens. S'éloigner alors de tout exotisme, pour ne retenir que ce qui constitue l'essentiel des individus.
Je n'avais rien lu avant de partir. Je ne voulais rien savoir. Je voulais partir l'esprit le plus vierge possible. Et pourtant...
Sans m'en rendre compte, l'Inde véhiculait en moi dix mille lieux communs. J'y voyais des éléphants, des vaches sacrées au milieu des rues, une population grouillante, des Intouchables partout, des cadavres dans les rues, des cobras, de la religion omniprésente, des indiens bruyants dans les cinémas en train de regarder des Bollywood... Ce que j'ai trouvé est autre. J'ai rencontré des gens, avec qui j'ai échangé, j'ai goûté à nouveau à l'amitié, j'ai entrevu un autre système, qui ne me semble pas si étranger, d'ailleurs...
Me reviens un titre d'un film de Wim Wenders... "Si loin, si proche". Il y a de ça. Il y a aussi autre chose, de plus diffus, de plus subtil, sur lequel je ne peux mettre des mots.
Ne pas trop nommer ou verbaliser cette expérience, pour ne pas la banaliser.
Publié par Estebàn
à 2006-05-08 06:24:45
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| La chronique est ton amie
Dimanche 07 mai 2006

Il n'est pas une Inde, il est des Indes.
Pays multiples et protéiformes que j'ai à peine saisi, et à peine entrevu, en l'effleurant. Mais ce qui s'applique ici, n'est pourtant que ce qui définit un pays en général. Parce que mes semblables, en France, me ressemblent-ils vraiment tous ? Et ces Indiens sont-ils si éloignés de moi ?
Je suis né, sans le vouloir, dans un coin du monde. J'ai accepté, plus ou moins bien, un ensemble de règles. J'en ai intégré la plupart, jusqu'à ce que je sois persuadé de la dimension naturelle de ces règles. Et pourtant...
N'y a-t-il rien de plus artificiel, de plus culturel, que ce que je définis comme "naturel" justement ?
Au delà des différences, qu'est-ce qui me relie à ces humains du bout d'un monde ?
Quelle aurait été ma vie si j'étais né ailleurs ? Mes fondements, mes fondamentaux auraient-ils été si différents de ceux d'aujourd'hui ?
Partager, plutôt que diviser.
Publié par Estebàn
à 2006-05-07 04:56:37
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| La chronique est ton amie
Dimanche 30 avril 2006

Pas évident de tourner un véritable navet. ça demande de l'adresse, mais aussi un certain savoir-faire, une patte, une griffe quoi... Si vous ne savez pas trop comment faire un vrai navet, vous risquez, bêtement, de mettre en boite un mauvais film, et puis c'est tout.
"Terminal" de Spielberg en est l'exemple type. Le produit est propre, les acteurs font leur boulot, les décors sont jolis, simplement, le film est mille fois déjà vu, et distille un ennui molasse durant deux heures, avec une musique lacrymogène aux moments-clefs.
Heureusement est sorti cette semaine, sur les écran français, "Silent Hill" de Christophe Gans (on lui devait déjà "le pacte des loups", que je n'ai pas vu... ai-je bien fait ?). Loué soit le p'tit gars. Brûlons-lui quelques cierges, il le mérite bien. Il faut vraiment le féliciter d'avoir réussi un authentique et pur navet.
L'histoire (relativement inintéressante, il faut l'avouer) nous narre la lutte dantesque d'une femme qui va emmener sa fille à Silent Hill, afin de comprendre pourquoi celle-ci a régulièrement des crises de somnambulisme, qui s'achèvent par ces quelques mots qu'elle prononce à haute voix "Silent Hill". Mais là, horreur, l'attendent des créatures boitillantes et décérébrées et des allumés religieux genre "Jésus revient parmi les siens" guère plus cérébrés, d'ailleurs (n'étant pas un adepte du jeu vidéo, je ne sais pas si cette histoire est inspirée du jeu éponyme... j'espère que non... Je crains que le réalisateur n'en ai gardé que la vague ambiance et deux ou trois bestioles). Il faut voir les premières minutes du film, parce que déjà, tout est dit, et tout est là.
Il fait nuit, une femme (l'héroïne) sort en courant de chez elle en hurlant le prénom de sa fille ("Shaaaarooonnn"... Ah ça, on va l'entendre au moins vingt fois, pour bien qu'on comprenne). Derrière elle, son mari (vraiment très, très, très derrière elle, puisque, bien vite, ce con disparaît, avant de surgir à la fin de la séquence... Il était temps ! Pour un peu, on terminait sans lui ! D'ailleurs, ce début est à l'image de son rôle puisque ce personnage est totalement inutile tout au long du film. Heureusement, on ne le voit pas trop souvent. Juste assez en fait pour que l'acteur, pas très bon, justifie son salaire). Elle franchit un tas d'endroits vaguement glauques (dont un tunnel plein de tags de jeunes... Brr, je frissonne !), avant d'arriver au bord d'une cascade de (au moins) cinq cents mètres de hauteur (quelle idée d'habiter dans un coin pareil aussi !). Et là, voici que Sharon, sa fille, est au bord du précipice, somnambule, et s'apprête à se jeter dans le vide... Mais, in extremis, la mère la rattrape (oh mon dieu, j'ai eu si peur...), et la gamine hurle "Silent Hill" ! Et là, on a beau se forcer, on n'y croit déjà plus. Est-ce dû au doublage français ? Au jeu minable de la jeune fille (qu'on a déjà aperçu, il me semble, dans la nullissime adaptation de Stephen King "The Kingdom", et qui n'a que deux expressions en tout et pour tout pour exprimer une gamme complète de sentiments) ? A la mère qui se sent finalement peu concernée par tout ça ? A la musique franchement laide ? Ou à un mélange de tout ça ?
Ensuite... on s'occupe comme on peut, parce que c'est un peu long tout de même, alors on s'amuse à dénombrer les personnages idiots (ça va de l'agent de police féminin, qui a l'air de s'être échappée d'une boite de nuit lesbienne qui faisait une soirée spéciale Village People, à la fanatique de Dieu, coiffée comme une aisselle pas rasée, en passant par la folle aux cheveux graisseux devant le visage et aux haillons), les invraissemblances (il neige de la cendre à Silent Hill... Pourtant le 4x4 gris bien clair de notre héroïne est impeccable du début à la fin du film... L'agent de police féminin se fait lyncher par des mineurs dégénérés à grands coups de barres de fer, ce qui ne l'empêche pas, trois scènes plus tard, d'être attachée à une grande échelle, qui sera mise au dessus d'un buchet, et de ne pas avoir l'air de souffrir de moult contusions... Elle a juste quelques coupures au visages, mais c'est bien tout), les scènes ridicules (je passe sur les créatures soi-disant flippantes, qui sont à hurler de rire, pour ne citer que la scène finale, avec les fanatiques tout grimaçants qui veulent mettre au buchet les hérétiques...) et les dialogues crétinoïdes qui se veulent profonds (A la fin par exemple, la mère dit à une autre femme un truc du genre "Dans les yeux d'une fille, la mère est un Dieu". Que c'est grand, puissant et beau... Et pas préchi précha pour un sou...).
Un authentique nanar, je vous dis ! D'autant que le réalisateur a l'air de prendre ça très au sérieux... Alors, bon, il nous reste quelques jolis décors, des ambiance plutôt pas mal (encore que, bon, une fois qu'on a vu le brouillard ultra dominant, on s'en lasse assez vite... Parce que, à Silent Hill, on a quatre climats : brouillard, neige avec cendre, nuit totale et soleil, mais rare, le soleil... Ailleurs, en revanche, c'est-à-dire, dans les autres lieux du films, bin, il pleut... Bon, ça sent d'ailleurs la bonne pluie de studio, type tuyau d'arrosage géant juste derrière la caméra, mais bon...).
Une dernière chose... L'affiche n'est pas sans rappeler un sketch du film collectif "The twilight zone" (1983, de John Landis, Joe Dante, George Miller et Steven Spielberg) où un jeune garçon, qui pouvait faire tout ce qu'il voulait, gommait la bouche de sa soeur qui parlait trop... Coïncidence ?
En tout cas, une chose est certaine : depuis que j'ai vu "Silent Hill", je considère "Resident Evil" de Paul Anderson comme un authentique chef-d'oeuvre...
Allez, les amis, je repars. Je suis entre deux avions. J'ai déjà mes futurs posts dans ma tête. Je pars bosser une semaine en Irlande. Je lève une pinte de Smithwick's (prononcez "smidiksse"... C'est une excellente bière ambrée) à votre santé. Rendez-vous le week-end prochain.
Publié par Estebàn
à 2006-04-30 10:05:08
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| Le livre est ton ami, le cinéma aussi
Samedi 15 avril 2006
Petites pauses dans mon blogue. Oh, pas longtemps, promis. Quinze jours à peine. Mais juré, je ne vous oublierai pas, parce que maintenant, on est une petite centaine à bourdonner autour de ce blogue.
J'ai réussi à le faire à mon image. Hétéroclite, bordélique, artistique, de mauvaise foi, déconneur, et, avant tout, politique. J'ai eu des doutes, des envies d'arrêter, mais, au bout du compte, je suis content de cette aventure, qui m'a remis le pied à l'étrier, qui m'a vraiment fait reprendre goût à l'écriture.
Moralité, je viens de terminer une première vraie version de mon deuxième roman. Vos commentaires et vos blogues m'ont soutenu, encouragé, donné mille idées. Merci aux nouveaux venus, et aux anciens, aux irréductibles (Endless par exemple, dont l'écriture est toujours aussi belle).
Je pars à l'autre bout du monde. Promis, je vous raconterai. En attendant, portez-vous bien, et prenez soin de vous.
Publié par Estebàn
à 2006-04-15 13:00:51
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| La chronique est ton amie
Mardi 11 avril 2006
On se souvient, la larme à l'oeil de toutes ces séries qui ont bouleversé notre vie. Les noms s'égrainnent... K2000... Alerte à Malibu... Et on se dit "mais bon dieu, qu'est-il devenu ?"
La réponse méritait de bien belles images comme on aimerait en voir plus souvent...
http://www.youtube.com/watch.php?v=Gi2CfuqcUGE
Publié par Estebàn
à 2006-04-11 15:24:33
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| La chronique est ton amie
Samedi 08 avril 2006
En 1983, Yves Boisset tournait "Le prix du danger", avec Gérard Lanvin, Bruno Kremer et Michel Piccoli. L'action se déroule dans le futur. A cette époque, donc, existe un jeu télévisé intitulé "Le prix du danger". Le but est simple : un candidat doit atteindre un lieu précis en un temps donné. Mais cinq autres candidats, sur-équipés et armés, sont chargés de le tuer avant qu'il atteigne son but. A la clef, pour le ou les gagnants : de l'argent. Beaucoup d'argent. L'émission, bien entendu, bat des records d'audience. Même s'il a un peu vieilli, il faut voir Michel Piccoli en animateur télé qui en fait des tonnes.
En 1992, Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde réalisaient "C'est arrivé près de chez vous". Poelvoorde y incarne Ben, un psychopathe Belge, suivi par une équipe de télévision qui fait un reportage sur lui. Tourné comme un vrai documentaire, le film nous plonge dans le quotidien sordide de ce tueur monstrueux (tout y passe, de la vieille dame charmante, à la famille sans histoire...).
Dans les deux films, le spectateur est placé en position de voyeur. Véritable réflexion sur les dérives de la télévision, ces deux films (et particulièrement celui de Boisset, à l'époque) n'ont pas été vraiment pris au sérieux.
Dans quelques jours, commence sur notre merveilleuse chaîne culturelle TF1 (la chaîne du bon goût, de la finesse et de l'intelligence), une nouvelle émission de télé-réalité, directement importée de chez nos amis les Grands Bretons. le principe est simple : des (pauvres et vagues) "célébrités" sont dans la jungle et doivent y vivre tout en surmontant des épreuves affligeantes (dans la version Grand-Bretons, on peut en voir, de ces "people" qui mangent des vers, qui se font couvrir de blattes, qui se font enterrer vivante dans de la boue pleine de rats... ou le contraire, je ne sais plus trop bien...).
Lorsque le film de Boisset est sorti, on l'a jugé dérangeant, violent et invraissemblable... Heureusement que les détracteurs de l'époque n'avait pas une machine à voyager dans le futur... Je pense que ça les aurait rendus bien triste...
Publié par Estebàn
à 2006-04-08 08:30:00
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| Le livre est ton ami, le cinéma aussi
Vendredi 07 avril 2006

Découverte par hasard, prétée par un copain, je sors à peine de l'excellente série "Carnivàle, la caravane de l'étrange".
On doit ce petit bijou à Daniel Knauf. Nous sommes dans les années 30 aux Etats-Unis. Une troupe de forain arpente comme elle peut le pays avec ses créatures (l'homme lézard, la femme à barbe, les soeurs siamoises...), ses spectacles (l'avaleur de sabre, les danseuses nues, la charmeuse de serpents...) et ses attractions (la grande roue, le manège aux chevaux de bois...). Arrive Ben Hawkins, jeune homme mystérieux qui semble avoir de bien surprenants pouvoirs de guérisseurs. En parallèle, un pasteur, le révérend Justin semble prendre une bien curieuse voie, qui sent bon le souffre.
Cette série, qui se décline en deux saisons, est d'une rare intelligence. Car non seulement chaque épisode est superbement écrit et mis en scène, mais, en plus, chacun livre sa part de secrets qui nous mène petit à petit vers un dénouement magistral.
Les personnages sont magnifiques et attachants en diable (ou en dieu, à vous de voir). Une très belle galerie de portraits, où chacun à son mot à dire. Très belle distribution, avec, entre autre, une très belle prestation de Michael J. Anderson, le nain qui sévissait dans Mulholland Drive et Twin Peaks de David Lynch.
L'atmosphère est d'ailleurs digne de ce réalisateur et de Tod Browning, le réalisateur du célébrissime "Freaks".
Avec un immense coup de chapeau pour l'épisode de la saison 1 qui se passe à Babylone, une ville fantôme. Un épisode terrifiant et impressionnant.
Le tout est marqué par une musique qui nous hante un sacré moment, et un générique de début, qui est un véritable chef d'oeuvre à lui tout seul.
Voili les amis... Vous savez maintenant ce qu'il vous reste à faire pour peupler vos soirées...
Publié par Estebàn
à 2006-04-07 16:15:27
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| Le livre est ton ami, le cinéma aussi
Dimanche 02 avril 2006
Noncer, Renoncer
Un seul mot d'ordre !
Quitter, Déquitter
La vigilance
Alutter, Lutter
Sans brisure
Et pourtant,
Les esquifs de la déroute, de la déveine, de la dérive, de la défiance
Sont là
Charybde frappe, Scylla broie
Me laisser partir
Si aisé, si tentant
Me laisser glisser
Si facile, si prenant
Un spasme ultime pour décoller, un geste unique pour m'envoler
Si tu es là, j'y parviendrai
Publié par Estebàn
à 2006-04-02 17:05:44
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| La poésie est ton amie
Vendredi 31 mars 2006
Il est toujours fascinant de constater le nombre de saloperies qui peuplent nos boites aux lettres électroniques.
Qui n'a pas eu affaire avec les mails proposant des agrandisseurs de pénis, des partages d'héritages (vous ne connaissez pas ? Mais si, c'est le fils ou la fille d'un grand général africain qui fait appel à votre grandeur d'âme et qui vous propose, parce que c'est vous, hein, de partager son héritage, qui se chiffre en centaines de milliers de dollars), des chaînes ineptes (renvoie ce mails et tu offriras un foie à la petite Gandoura, jeune indienne de 8ans, coincée sous un tractopelle depuis vingt jours. Grâce à ton mail, l'hôpital de Delhi va lui en offrir un, puisque ton mail vaut un euro) ou débiles (si tu ne renvoie pas ce mails, tu perdras tous tes cheveux en une nuit et tu gagneras l'intégrale de Guy Béart !), ou encore des messages mystérieux de personnes inconnues (et anglophones) qui vous balance un message sibyllin ("here is the files" ou "Thanks for the pics") avec un joli document joint bien étrange ?
C'est en tout cas l'idée qui m'a traversée l'esprit ce matin quand j'ai découvert un mail de catholique.org. Je me suis demandé si ce n'était pas les Raëliens qui m'avaient balancé (il faut dire que je me suis rendu sur leur site, il y a quelques mois pour télécharger gratuitement l'oeuvre intégrale de leur grand gourou. J'aime bien aller étudier l'argumentaire de ce que je combats. Bon, il faut avouer que la prose du maître est digne d'un élève moyen d'une classe de troisième faible... Mais ceci est une autre histoire...).
J'allais donc balancer le mail en question, lorsque j'ai aperçu un article qui, je l'avoue, m'a alléché :
Que pense la Bible de l’homosexualité ? Que nous propose l’Eglise en sa présence ?
Ouvrons une parenthèse.
Chaque être est depuis tout petit tiraillé entre une instance de plaisir (c'est le petit enfant qui veut tout tout de suite) et une instance de réalité (c'est l'être responsable qui réfrène les ardeurs du tout petit, qui lui rappelle la loi, les interdits et évacue certains rêves ou fantasmes qui ne seront jamais du domaine du possible). Chacun, suivant son éducation, son histoire, et ses fréquentations, fait comme il peut. Le tout, c'est de gérer l'ensemble du mieux qu'on peut, en laissant une place à chaque instance, si on ne veut pas sombrer dans une profonde névrose.
La sexualité n'est commandée que par notre instance de plaisir. Tout le jeu consiste à faire de bonnes tractations avec l'instance de réalité. Facile à dire, et très difficilement réalisable. Parce que, sur le fond, nous avons tous des frustrations sexuelles, à divers moments de notre vie. L'adolescence de chacun d'entre nous peut, entre autre, en témoigner.
La religion a malheureusement voulu fourrer son nez là dedans, prétextant que toutes les affaires humaines la regardaient, et s'immisçant donc dans le champ du Privé de chaque individu. A partir de là, la religion a commencé à vouloir tout simplifier : pour elle, il y avait deux entités 1- L'esprit (BIEN) 2- Le corps (MAL). La preuve que le corps représentait le Mal, c'est que le corps sécrétait toutes sortes d'humeurs nauséabondes (odeur de sueur, de pied, de dessous de bras), nous obligeait à aller aux toilettes (beurk, beurk !) et surtout, surtout, avait des réactions incontrôlées (l'érection chez les hommes, par exemple), et ça, ce n'était pas bien. L'esprit étant supérieur en tout point au corps, il ne fallait pas que le corps puisse décider quoique ce soit.
En se mêlant de sur-règlementer la sexualité, la religion crée depuis des décénnies des générations de névrosés qui souffrent de ne pouvoir vivre une sexualité épanouie.
C'est là qu'on arrive à l'homosexualité. De même qu'on affirme que les juifs ont de l'argent, ou que les noirs ont le rythme dans la peau, deux grands lieux communs circulent sur les homosexuels 1- les gays sont toujours plus beaux que leurs congénères hétérosexuels 2- Les homos (et surtout les hommes) passent leur temps à baiser, tandis que les hétéros vivent dans un Sahel érotique qui les fait uniquement passer une ou deux fois par mois dans des oasis minuscules de sexualité.
Lorsqu'on est heureux, il est bien rare que le bonheur d'autrui nous insupporte. Mais lorsqu'on est malheureux...
Le religieux de base ne peut supporter l'idée que d'autres puissent vivre une sexualité, quelle qu'elle soit. Et cette stigmatisation sur l'homosexualité est significative. J'exagère ? Alors lisons ensemble quelques extraits de l'article paru sur catholique.org. (l'intégralité du machin sur ce lien : http://www.catholique.org/QE/181-L-Eglise-est-t-elle-homophobe )
**********
L’homophobie, ou « peur de l’homosexualité », est une expression fréquemment utilisée par les militants homosexuels pour stigmatiser ceux qui n’expriment pas des idées favorables à leurs revendications, sous prétexte que leurs opposants auraient soi-disant une peur irrationnelle des rapports entre personnes du même sexe. Mais cette accusation est sans fondement, car on peut très bien être en désaccord avec certains comportements, sans pour autant en avoir peur. L’Eglise, à la suite du Christ, nous apprend d’ailleurs à toujours « haïr le péché, mais à aimer les pécheurs ».
Comme une bonne mère qui aime ses enfants, l’Eglise doit savoir nous indiquer nos erreurs, pour nous aider à guider nos vies, c’est-à-dire POUR NOTRE BIEN. L’Eglise a en effet reçu du Christ le devoir d’éclairer les hommes : Sans lumière, on trébuche et on tombe ! Accuserait-on un médecin d’être patiento-phobe parce qu’il prescrit des traitements exigeants à ses patients ?
L’homosexualité se présente souvent, chez les personnes homosexuelles, comme une définition constitutive de leur être même : « Je SUIS mon homosexualité, et donc, condamner l’homosexualité, c’est me condamner. » Cette erreur provient du fait que la sexualité, comme la religion, est le lieu où s’exprime ce qu’il y a de plus intime dans le cœur de l’homme. Les hommes sont par nature des êtres relationnels. C’est pour cela que la sexualité peut prendre un caractère quasi « religieux », et parfois même se transformer en forme d’idolâtrie.[...]
Le Catéchisme de l’Eglise Catholique affirme ensuite que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés, contraires à la loi naturelle » (CEC 2357). Dans les Saintes Ecritures, l’homosexualité est considérée comme un « dépravation grave » (Gn 19, 1-29 ; Lv 20, 13 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10). L’Eglise invite donc les personnes qui ressentent ces tendances à renoncer à les mettre en pratique, avec une grande confiance dans l’amour infini de Dieu.
Le Catéchisme rappelle aussi que l’homosexualité, pour beaucoup de gens, est une épreuve. « Ces personnes doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » (CEC 2358). Quand un chrétien manque de respect vis-à-vis d’une personne homosexuelle, il s’oppose donc à ce que lui enseigne l’Eglise.
**********
J'attire votre attention sur cette tolérance molasse qui dégouline de cette article. Bien sûr que l'Eglise accepte les homosexuels... à partir du moment où ils changent ! Parce que bon, faudrait pas trop déconner non plus, tout de même ! Les homos sont de grands enfants égarés qui font une "erreur". Heureusement, l'Eglise, telle un bon père, donne la voie à suivre.
Car l'Eglise est bonne... N'empêche qu'on notera que l'homosexualité est un "péché", du à un aveuglement ("sans lumière on trébuche et on tombe"), c'est aussi la conséquence d'une "idolâtrie du sexe" (quand je vous disais qu'on est dans le cliché...) et c'est une dépravation grave... Et attention, hein, pour enfoncer le clou, on n'hésite pas à faire appel à l'argument d'autorité : non seulement CEC s'en mêle (putain ça rigole pas !), mais, en plus, Gn 19, 1-29 ; Lv 20, 13 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10 viennent à la rescousse...
D'habitude, suite à leurs articles, on peut mettre des commentaires. Or, à la fin de celui-ci, on peut lire la chose suivante : Les réactions pour cet article ne sont pas publiées.
Et là je reste dubitatif. Sont-ils si sûr d'eux qu'ils ne pensent pas qu'on puisse ne pas être d'accord avec eux, ou ont-ils eu peur que je leur envoie mon post ?
Publié par Estebàn
à 2006-03-31 07:31:09
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| La chronique est ton amie
Mercredi 29 mars 2006
Malgré des efforts toujours constants pour masquer son idéologie dominante, la télévision n'a jamais été qu'un haut lieu de conservatisme, visant avant tout à flatter le plus grand nombre et à courir après des parts de marché.
Comme un bon monarque tout-puissant, elle a toléré, en son sein, quelques bouffons progressistes, histoire de faire croire qu'elle admettait la critique. Mais pour quelques programmes originaux et révolutionnaires, on doit se fader une majorité de programmes insipides et ineptes. Et puis, si on regarde de près, le système télévisuel s'est toujours débrouillé pour, à un moment donné, virer ses bouffons les plus récalcitrants, tout en formatant petit à petit ceux qui restaient.
En l'an 2000 est arrivé en France le premier programme de télé-réalité (ce qui sous-entend qu'avant, elle était donc irréelle, mais bon, passons...). Il s'agissait de Loft-Story, l'adaptation de Big Brother. Tous les médias sans exception se sont enflammés : ça y était ! c'était l'Apocalypse ! Le Diable nous tombait sur le coin de la figure ! l'horreur !
Comme la télé aime bien décliner à l'infini les formules qui marchent, elle a commencé à photocopier ce concept. Et voilà qu'ont débarqué tout un tas de programmes, tous imités de nos amis étatsuniens ou britanniques.
Petit à petit, les médias papier et radio se sont mis à moins taper sur les trucs. Oui, certes, c'était de la sous-télévision, mais bon... C'était tout de même rigolo. Les gens se sont décomplexés, et ont commencé à assumer ce petit plaisir pervers...
Six ans se sont écoulés. Aujourd'hui, le machin est installé durablement. Et plus personne ne s'en offusque. Peut-être parce qu'on a pris ça comme une fatalité... N'empêche...
Pour faire admettre une idéologie à une masse, rien de tel que de lui servir cette idéologie sous toutes les formes possibles. Le libéralisme sauvage est une idéologie dominante, qui veut se faire passer pour l'unique solution, et qui tente à tout crin de faire taire toute autre possibilité de gérer le monde. Aujourd'hui, beaucoup de gens croient que le libéralisme est une fatalité.
L'idéologie libéraliste utilise les mêmes ressorts que la publicité : pour se vendre, il faut bien emballer le produit. Quand on regarde une quelconque émission de télé-réalité, que peut-on y apprendre ?
- L'individu est une marchandise interchangeable : chaque nouvelle saison d'une émission fait immédiatement oublier pratiquement tous les anciens candidats.
- L'individu est un être qui a besoin d'être humilié : un candidat est quelqu'un de volontaire. On peut donc le maltraiter à souhait et en direct !
- L'individu peut être sous-payé : la plupart des candidats ne sont pas payés, car passer à la télévision est un immense privilège en soi. Et lorsqu'ils sont payés, c'est toujours bien négligeable en regard des recettes publicitaires que l'émission va engranger.
- L'individu n'a pas le droit d'avoir une vie privée : on peut donc tout dévoiler de quelqu'un, et utiliser son image comme on veut, peu importe les conséquences.
- L'individu se doit d'avoir un statut précaire : au mieux, il "survivra" tout le temps de l'émission; au pire, il sera éliminé rapidement.
- L'individu doit être heureux d'avoir été sélectionné : des milliers de gens aimeraient être à sa place. Des centaines ont été écartés. Qu'il ne vienne pas se plaindre...
Finalement, on comprend vite que la vie est une lutte. C'est chacun pour soi. Nous sommes entourés de requins qui ne pensent qu'à nous dévorer. C'est tuer ou être tué...
Récemment, Steevy, un des rescapés de Loft-Story, a pris sa carte à l'UMP, le parti conservateur du Petit NicolaS.S., notre bon Ministre de l'Intérieur. Il a bien compris la leçon, et va rejoindre ses pairs.
"L'écran nous sert tout, mais l'écrou nous serre tant". C'est pas moi qui l'ait dit, c'est Rodolphe Burger, le chanteur de Kat Onoma.
Publié par Estebàn
à 2006-03-29 15:28:21
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Mardi 28 mars 2006
Vingt ans déjà. Depuis vingt ans, je n'hésite jamais à aller battre le pavé. Pas encore désabusé. Plein de superbes souvenirs dans la tête. Des banderoles, des chansons, des rires, des révoltes. Des combats gagnés, d'autres perdus... Aucun regret.
Vingt ans déjà. La première, c'était contre Devaquet et Monory, deux ministres à la con de l'époque.
Vingt ans déjà, et j'y crois encore, toujours. Des utopies plein la tronche, et surtout, surtout, de la détermination.
Parce que lutter, c'est aussi apprendre à savoir dire NON, quand on n'est pas d'accord. Parce que lutter, c'est aussi s'oxygéner.
Je ne peux pas tout accepter, je ne peux pas. Certaines lois, certains décrets me révoltent, mais cela ne semble n'offusquer que moi. D'autres fois, on est plusieurs à penser la même chose. Alors, ça vaut le coup d'aller manifester.
C'est toujours un plaisir de se rassembler autour d'un ensemble d'idées. Et tant pis pour les pisse-froid et les frileux qui seront "pris en otage" (je m'en vais les attacher sur une chaise, au fond d'une cave humide, en les menaçant d'une arme, pour qu'ils saisissent la différence avec une vraie prise d'otage...).
Le temps d'une douche, d'enfiler mon blouson en cuir, et j'y vais.
Vingt ans... Putain...
Publié par Estebàn
à 2006-03-28 00:17:09
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Dimanche 26 mars 2006
Suite à mon article sur l'art d'aider nos amis conservateurs, des amis m'ont fait remarquer que, en tant que démocrate, je me devais de donner quelques idées à nos amis manifestants, même si je les déteste (je vous sens septiques, là...).
Dont acte.
Amis manifestants. Après vous avoir laissé jouer un peu, les Princes qui nous gouvernent vont maintenant user de tous les moyens pour vous effrayer et vous saper le moral. Cette sape peut se résumer en quelques points. On va tenter de vous convaincre que :
1- vous seuls êtes responsables de la situation de blocage : la preuve, c'est que quand le Gouvernement vous propose de dialoguer, vous claquez bien vite la porte...
2- vous n'êtes qu'une bande d'irresponsables (notez le paradoxe avec le point 1) qui fout en l'air votre avenir, mais aussi celui de toute une classe d'âge, en faisant des blocus, et que les plaies d'Egypte vont bientôt s'abattre sur vous.
3- vous prenez des risques immenses puisque des casseurs hantent les manifs et qu'ils vont détruire toutes vos belles idées.
Pour vous rassurer, bande de vilains, sachez que :
1- dialoguer suppose deux partenaires qui s'écoutent. Or le gouvernement jouent sur les mots. Il est prêt à parler, tant qu'on l'écoute lui ! Mais il n'est pas dans une politique d'échange. Nos Princes vous méprisent et vous conspuent (et ils ont bien raison !).
2- lutter provoque toujours quelques dommages colatéraux. Les étudiants qui n'auront pas leurs cours arriveront à s'en tirer. Il existe des bouquins, des bibliothèques... Rien ne les empêche de joindre leurs profs, d'obtenir des conseils ou des bibliographies... Ils feront un peu de travail perso... S'ils sont motivés, ils y arriveront. S'ils suffisait d'écouter le cours d'un prof pour s'en tirer à la Faculté, ça ferait belle lurette qu'on le saurait.
3- Les conservateurs ont toujours beaucoup joué sur la Peur. Le "casseur" est un épouvantail qui arrange bien leurs affaires. Pour lutter contre : faites des sittings géants sur des grandes places et ayez les poches vides. Virez vos portables, ou vos MP3, laissez-les chez vous. Ayez le minimum sur vous. Marcher, c'est fatigant. Restez assis, faites des chants, hurlez à tue-tête, organisez un bal géant. C'est beaucoup plus rigolo, vous verrez...
4- Gardez le moral et préservez vos forces, un combat peut durer des années (regardez les intermitants du spectacle...). Vous n'en êtes peut-être qu'au premier acte.
Ah, encore une chose, amis Résistants. Transformez vos billets de banque en instrument de lutte. Ecrivez dessus vos revendications ! Personne n'osera les détruire. Faites circuler vos idées !
Voilà les amis... Et après, qu'on ne dise pas que je n'ai pas fait des efforts pour vous aider... Alors que je vous hais profondément... Prenez-en de la graine, jeunes blanc-becs. Et que la foudre vous frappe et vous réduise en cendre. ;-)
Publié par Estebàn
à 2006-03-26 12:03:42
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Mercredi 22 mars 2006
Voilà ! On se plaint toujours du cinéma de nos amis étatsuniens, comme quoi ils ne feraient aucun effort et qu'ils feraient du cinéma au kilomètre.
Et bien, figurez-vous qu'ils nous ont entendus... Ils se sont creusés les méninges pendant des semaines (que dis-je ? des mois !) pour finalement nous sortir une création digne de ce nom, issue d'un cerveau enfiévré de scénariste génial :

Pour ceux d'entre vous qui auraient vécu dans une grotte pendant les dix dernières années, le premier opus (dont le synopsis tenait sur une demi-feuille de papier à cigarette) nous narrait l'extraordinaire, la facétieuse et la pittoresque histoire d'un policier qui, devant prendre une couverture, se retrouve à devoir se déguiser en "Big Mama", sorte d'énorme grand-mère gâteau... Bijou de finesse et d'humour léger, cet épisode brillait au firmament d'Hollywood.
On remet donc le couvert ! Quelle grandiose idée ! Rien qu'à voir l'affiche, on prend conscience de la richesse de ce film...
On connaissait le 2 en 1 (shampoing ET après-shampoing), le 3 en 1 (le dentifrice qui renforce les gencives, rafraichit l'halaine ET lave les dents). Voici le 4 en 1, le film qui fait rire (?) sur quatre critères : ici, mesdames, messieurs, pour le prix d'un billet, vous aurez la joie de pouvoir vous moquer des noirs (qui sont des personnes qui aiment rire, et dont les mères sont énormes), des gros (ah, le gros, c'est une valeur sûre...), des hommes qui s'habillent en femmes (ah ! Le travesti, quelle source inépuisable de gaudriole !) et des femmes (qui dira l'excentricité des femmes, surtout lorsqu'elles sont noires ?!).
Pour le futur n°3 (sûrement déjà en chantier), je propose d'en rajouter une couche, et de développer le concept : ça s'appelerait Big Family... On imaginera que le flic se déguise en famille grosse et... Comment ? Eddy Murphy l'a déjà fait avec "Le professeur Foldingue 2" ? Vous voulez me faire croire qu'Hollywood n'est qu'une vile industrie qui ne fait souvent que du recyclage et de la photocopie ? Oh, ça m'étonnerait bien ! Vous et votre mauvais esprit, alors...
Publié par Estebàn
à 2006-03-22 00:50:32
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| La chronique est ton amie
Dimanche 19 mars 2006

Dominique A, c'est une longue histoire, entre lui et moi. Je l'ai entendu, la première fois du coté de 1992, sur une vieille cassette pourrie, dans une voiture. Une voix fluette (je croyais que c'était une femme qui chantait), une boite à rythme, un synthé... ça n'a pas été le coup de foudre tout de suite, loin de là...
J'ai croisé son deuxième disque, par l'intermédiaire d'un pote, qui tenait un fanzine prénommé Le Phacochère. Mais ce n'était pas le moment. Pas encore.
Non, la rencontre, elle s'est vraiment faite en 96. Depuis, je te suis Dominique. Je t'ai même écrit, une fois, alors que j'étais encaserné, et tu as pris le temps de me répondre. J'ai encore ta lettre. Elle m'avait fait plaisir.
Tu viens de sortir ton septième album. Extra! Je sais ce que je vais aller m'acheter demain. Tu le sors sous un label indépendant, parce que tu as claqué la porte de ton ancienne boite de disque, qui te suggérait trop de faire des "singles", apparemment. Toujours pas de compromis, n'est-ce pas ?
Voici quelques années, je t'avais écrit un texte. Le voici. J'espère qu'il te plaira...
J’allais au Forum, de temps à autre, quand j’étais enfant.
C’était sur la Promenade des Anglais.
J’allais voir des dessins animés ou des films dans cette grande salle avec balcon, et je sais que j’adorais ça.
Et puis ça a fermé.
On en a fait une cafétéria.
Même lieu, même nom mais autre fonction.
J’ai traîné au Forum, quelquefois, quand j’étais adolescent.
C’était encore sur la Promenade des Anglais.
Rien n’avait vraiment changé. On avait ajouté des cuisines et un comptoir, voilà tout.
C’était un peu tristounet.
On poussait son plateau bleuté dans cette grande salle aseptisée avec balcon.
Et puis, ça aussi, ça a fermé.
On en a fait une salle de concert.
Quand j’ai commencé à travailler, en 1996, je suis retourné au Forum. Une seule fois.
C’était toujours sur la Promenade des Anglais.
Je suis allé voir Dominique A dans cette grande salle avec un balcon. C’est là que je l’ai découvert, ployé sur sa guitare, chantant le gros Boris. Pas loin de lui, il y avait Françoiz Brrr. Elle s’appelait comme ça à l’époque.
C’est mon meilleur souvenir du Forum.
C’est ce souvenir qui m’a fait écouter les « Black sessions » ; c’est ce souvenir qui m’a fait me déplacer à Marseille quelques mois plus tard pour le revoir, alors qu’on m’avait encaserné ; c’est ce souvenir qui a fait que je n’ai pas hésité à le voir plusieurs fois du coté de Lille quand j’y ai habité.
Et puis, on a fermé le Forum, une fois de plus.
Aujourd’hui, le Forum est une discothèque qui ne porte même plus ce nom, d’ailleurs.
Tu ne pourras plus y jouer Dominique. Ni toi ni personne d’ailleurs.
Et je trouve que la ville devient vraiment silencieuse.
http://www.commentcertainsvivent.com/
http://www.labels.tm.fr/fr/artiste.asp?artiste=DO05H
Publié par Estebàn
à 2006-03-19 12:51:37
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| la musique est ton amie
Vendredi 17 mars 2006
Je m'éloigne toujours un peu plus à chaque seconde qui s'effondre
Je désertifie mon coeur, le sable coule dans mes veines
Etendre mes bras pour accueillir, et n'en n'avoir plus la force
La gangue me recouvre d'un assourdissant silence cutané
Et je m'engourdis
Noyade dans des eaux stagnantes
Je suis un golem de plomb qui n'a plus qu'un néant à offrir
Cent repères qui s'effacent
Retrouve-moi, parce que je n'y parviens plus.
Publié par Estebàn
à 2006-03-17 04:36:16
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| La poésie est ton amie
Mercredi 15 mars 2006
En France, les étudiants et les lycéens se mobilisent de plus en plus pour lutter contre le gouvernement et son Contrat Première Embauche. Comme je suis un homme bon, et que je suis pour une parité juste et égale, je vais m'adresser aux princes qui nous gouvernent afin de leur prodiguer quelques conseils.
Chers amis conservateurs, tout d'abord, il faut bien que vous compreniez que l'étudiant (et le lycéen) contrairement au salarié classique, n'a pas de crédit consommation, ni de familles à entretenir. A partir de là, ce n'est pas en laissant pourrir la situation que vous y arriverez. Car le jeune n'a rien à perdre. Un cours, ça se rattrape toujours (contrairement à un salaire...). Avant tout, je vous conseille de lire une chronique que j'avais écrite en avril dernier, afin de vous familiariser avec le Jeune.
C'est fait ? Parfait. Voici donc mes conseils du jour :
- Laissez traîner les choses. Faites mijoter. Ainsi le jeune, qui a besoin d'être dressé, prendra conscience qu'on ne peut pas tout avoir tout de suite (règle pédagogique de base). Mais, n'attendez pas trop longtemps (sinon, ça déborde tout partout. En ce moment, c'est limite, là).
- Mobilisez les patrons de chaînes TV et de journaux. Montrez, en gros plan, des jeunes qui souffrent parce qu'ils ne peuvent pas aller en cours. N'hésitez pas à montrer Cécile ou Mustapha (c'est porteur ça, le jeune beur qui veut étudier... Je ne saurai que vous le conseiller !), qui se sont levés à 4 heures du matin, qui ont pris deux trains de banlieue puants et un bus affreux, pour arriver devant une faculté dont les portes sont closes. Faites-leur dire combien ils sont "pris en otage", et combien "les grévistes sont violents". Ajoutez une pincée de casseurs qui ont saccagé deux ou trois choses (une voiture d'un type qui n'a rien fait et qui brûle par exemple). Masquez la violence que vous exercez et focalisez sur les débordements (qui ne sont que la conséquences de ce que vous faites. Mais ça, le Jeune sera trop stupide pour s'en rendre compte). ça a le double avantage de mettre le bon peuple de votre côté, et de miner le moral du Jeune.
- Le Jeune est un crétin notoire (retenez bien ça, et prenez quelques notes, que diable !), qui possède à peine quelques mots de vocabulaire, et dont la culture se réduit aux émissions de télé-réalité. Ne le lui dites pas, vous le vexeriez (c'est que ça se drape vite dans sa dignité ce bestiau-là !). Soyez bien poli avec le jeune, afin de montrer combien, souvent, il ne l'est pas avec vous.
- Faites comme si vous vouliez dialoguer. Invitez des délégations de Jeunes, offrez des petits fours, et agitez du vent. Les délégations de Jeunes partiront furieuses en claquant la porte. Et déclarez alors que les délégations refusent tout dialogue.
- N'hésitez pas à déclarer que les Jeunes sont manipulés. Inventez d'obscures entités que personne ne contrôle ni ne cerne vraiment (quelques exemples de "manipulateurs" : la gauche, les communistes, les trotskistes, les écologistes, les lépreux...)
- Enfin, au bout d'un bon mois et demi, retirez un vague paragraphe de votre projet contre lequel le Jeune se bat. Ainsi, le Jeune aura l'impression d'avoir gagné (alors qu'en fait, il ne sera que revenu à la situation de départ... Légèrement changée tout de même par un reste de votre projet... Car je rappelle que vous n'aurez pas retiré TOUT votre projet).
- N'oubliez jamais, amis conservateurs, que le Jeune est bête et rancunier. Si vous le malmenez trop, il ne votera jamais pour vous. Il faut donc le ménager. Le Jeune s'emporte vite, vous savez. Le Jeune s'enflamme en un rien de temps...
Voilà, amis conservateurs. Je vous laisse. Bon courage avec ce joli conflit, mais je vous fais confiance. Vous avez toute mon amitié.
Sincèrement votre,
Estebàn (un ancien jeune, mis au pas)
Publié par Estebàn
à 2006-03-15 08:41:39
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| La chronique est ton amie
Mardi 14 mars 2006
Vous vous souvenez de Jemma-el-Fna, la nouvelle que j'ai publiée le 28 février sur ce blogue ? Je vous avais dit que ces pages provenaient, à la base, d'une grosse histoire, et que je les avais ôtées. J'ai alors écrit Jemma-el-Fna, et la fin m'avait été suggérée par mon ami José... Seulement voilà, j'avais aussi une autre idée pour cette histoire. Alors, j'ai composé une autre version. Voici donc une sorte de "director's cut", une autre version de mon histoire, avec une tonalité différente. J'aime profondément les deux versions, parce qu'elles correspondent à deux pans de ma personnalité.
Bien, maintenant, oubliez l'autre version (il sera toujours temps d'y retourner), et prenez celle-ci comme une histoire nouvelle. Suivez-moi. Vous devriez reconnaître certains lieux, c'est normal.
On y va ?
Jemma-el-Fna
Marrakech…
C’est la chaleur qui le surprend, une chaleur sèche et violente. Il plisse les yeux face à ce paysage blanc et plat. Chaque objet, autour de lui, semble briller que ce soit le métal de l’escalier, les fenêtres de l’aéroport, les hublots ou la carlingue. Les marches résonnent sous chacun de ses pas. Il suit la file des touristes de l’avion. La terre succède au goudron des pistes. C’est une terre rouge brique.
Il s’était attendu à un aéroport international ; il arrive dans un hangar.
Son avion est le seul à avoir atterri. Il y a peu de monde. Il choisit une des trois files d’attente à la douane. Un simple coup de tampon le sépare de l’aventure. Tout en attendant, il jette des coups d’œil ici et là et il reconnaît alors quelques voyageurs. Le père qui veut jouer au copain-complice avec son fils; la jeune femme Marocaine ; l’autre femme, plus âgée, voilée; les deux Anglaises à la peau laiteuse et au visage constellé de tâches de rousseur. A la sortie de l’aéroport, il s’assoit sur son sac et fume une cigarette. Il est littéralement perdu, le dépaysement est absolu. Il observe l’endroit où pas un souffle de vent ne s’élève. On lui propose plusieurs fois un taxi, mais il refuse. Il veut savourer l’instant et rester encore un peu dans ce sas, dans cet entre-deux mondes.
Les mouvements sont lents, la chaleur écrasante, le bonheur absolu.
Au bout d’un certain temps, il décide qu’il est temps d’y aller. Il se lève, et comme par magie, un taxi se retrouve devant lui. Il s’engouffre dedans. C’est une vieille Mercedes jaune affichant des centaines de milliers de kilomètres au compteur avec un conducteur sans âge et baratineur au volant. Des sourates du Coran pendent du rétroviseur. Sur le tableau de bord, le conducteur a posé de la fourrure synthétique – rose à l’origine, blanc sale à l’heure actuelle. Le pare-brise est étoilé par endroit.
Il ne sait où porter son regard tant les lieux semblent extraordinaires.
Partout, des vieillards montés sur des ânes, des femmes voilées portant sur leur tête des branchages, des enfants pieds nus dans la poussière. Leurs yeux se fixent sur lui, l’occidental pâle qui a les moyens – moyens de prendre le taxi par exemple. On lui fait des sourires, édentés ou rayonnants, et des saluts de la main, pleine de terre ou de henné . Il ouvre son guide de voyage. Des post-it dépassent, les pages sont déjà cornées. Il a noté des adresses qu’il a soigneusement surlignées au stylo fluorescent. Le taxi ne tarde pas à s’arrêter. Il laisse 100 dirhams au chauffeur avant de se laisser engloutir par la marée humaine montante.
Il traverse la place et trouve rapidement le petit restaurant. « Chez Chégrouni ».
Il s’installe à une terrasse ombragée donnant sur la place. A l’intérieur du restaurant, il fait déjà bien trop chaud. C’est une gargote sans prétention où il commande une tajine. Il est encore tôt. Il est pratiquement le seul client à cette heure-ci. Il sort son carnet de croquis et dessine des musulmans en train de prier.
*******
Il oblique et se glisse dans une ruelle moins fréquentée. Tout à coup, il n’y a plus personne. Quelques mendiants, un vendeur de pastèques et de figues de barbarie, sur le coin, c’est tout. Il marche une cinquantaine de mètres et parvient devant une enseigne représentant un dromadaire. La porte est ouverte. Il entre dans un étroit couloir couvert de céramiques au mur dont les figures géométriques bleues et blanches s’enchevêtrent. Sur le bureau, au fond, dort un gros chat qui tranche nettement avec ceux aperçus un instant plus tôt dans la rue. Etalé sur le meuble, noir au ventre blanc, le chat savoure le confort du lieu. Ses yeux mi-clos surveillent néanmoins le passage. Un escalier se dresse devant lui. Il a été nettoyé depuis peu. Il gravit les marches et arrive devant un petit renfoncement où un homme d’une quarantaine d’années loge. Une télévision, bien calée, diffuse une émission de variétés. Il prend une simple clef attachée à un énorme porte-clefs que l'homme lui tend, redescend les escaliers et se dirige vers le patio. Les chambres sont disposées autour d’une cour intérieure en rectangle sur trois étages ; ensuite, on accède à la terrasse. Assis à l’ombre, au bord d’un canapé, un jeune Marocain peint un tabouret. Il entremêle lignes, arabesques et motifs floraux à l’aide de petits pinceaux. Il lève la tête à son passage et lui adresse un sourire chaleureux avant de reprendre son travail minutieux.
Voilà, c’est là. C’est la chambre n°5.
Il introduit la clé dans la serrure.
Le noir d’une bouteille d’encre de chine. Le contraste avec la lumière extérieure est frappant. Finalement, ses yeux trouvent l’interrupteur. L’ampoule qui pend du plafond s’allume. L’endroit est d’un dénuement monastique. Il y a, au centre de la petite pièce, un grand lit qui prend pratiquement toute la chambre ; à droite, un petit lavabo, surmonté d’un miroir ; en dessous, une poubelle ; à coté du lit, une table de nuit. Les murs sont écrus et irréguliers.
Il n’y a pas de fenêtre.
Il se dirige vers le lavabo et ouvre le robinet. Une eau marron s’écoule tout d’abord, avant de laisser la place à une eau plus claire. Il se rafraîchit alors.
********
3 : 52
La pénombre est totale.
Il a envie d’une cigarette, là, tout de suite. Il ne parvient plus à dormir. Cela fait des semaines qu’il est ici et pourtant il ne s’habitue toujours pas. Comment faire pour dormir par cette chaleur ? Pas un souffle d’air ne passe. Tout est figé, immobile. Les draps du lit sont trempés. Il tend le bras et se saisit du paquet de cigarettes et de la bouteille d’Evian. Il boit longuement. Même si l’eau n’est pas vraiment froide, cela lui fait du bien. Il allume ensuite sa Marlboro. Ses yeux s’habituent peu à peu à l’obscurité. Parfois, on entend un froissement de draps ou un raclement de gorge. A ces moments-là, il tente de deviner d’où cela peut provenir. Il s’appuie contre le mur espérant capter un peu de fraîcheur. Il comprend qu’il n’en trouvera pas. Contrairement à ce dont il s’est attendu, le mur dégage une insupportable moiteur. En un instant, il est couvert de sueur.
Il se lève et se retrouve dans le patio. C’est là son seul espoir.
Au dessus de lui, il aperçoit une lune brillante. Une lumière crue tombe sur sa peau. Il est nu, il a oublié de se vêtir. Il ressemble à un cadavre. Pourtant, il n’éprouve aucune gêne. A cette heure, tout le monde dort. Il respire un grand coup et marche lentement, puis il s’installe sur le canapé où le jeune peintre était assis quelques heures plus tôt. Ce dernier a laissé sur la table tout son matériel. Il embrasse l’ensemble d’un simple regard. La table est jonchée de petits pots de couleur et des pinceaux trempent dedans. Le tabouret, à moitié peint, est posé à terre. Sa première cigarette terminée, il en allume une seconde, et reste ainsi à la savourer sans bouger.
Il aime cette sensation douce-amère des cigarettes qu’on fume les unes à la suite des autres.
Il a de quoi voir venir, son paquet est encore plein. De temps à autre, il s’hydrate un peu. Il se limite au minimum de gestes possibles et fixe finalement son regard vers le ciel. Il aperçoit la constellation d’Orion, belle et lumineuse au dessus de lui. Elle est aussi belle que ce fameux soir, à Nice. Il songe à aller voir la terrasse mais renonce bien vite à cette idée. C'est trop vaste, trop grand.
Il pense alors à la chambre n°5 et se surprend à sourire. Cette chambre si minuscule, si étroite où un sentiment d’engoncement et de claustrophobie poisse des murs. Son guide de voyage mettait en garde tout ceux qui s’y aventuraient. Et personne n’en voulait jamais.
Il avait été le seul.
Il aime cette chambre… Oh, oui ! Il l’aime cette chambre ! Tout est petit, ramassé, brûlant, étouffant. En fait, cette chambre, c’est son refuge.
Oui… C’est ça.
Il s’arrête. Sa cigarette pend au bout de ses doigts. Tout s’ordonne dans sa tête. Il palpe le manque, un manque violent, affreux ; il a besoin de sécurité. Il comprend enfin ce qui lui a toujours fait défaut.
L’extérieur devient insupportable ; cet extérieur empli de souffrances et de chats maigres à faire peur. Plein de microbes, plein d’eau croupie. Rentrer, se protéger, regagner la chambre, et s’y enfermer.
A tout prix.
Il est à l’opposé. Face à lui, la porte ; et une dizaine de mètres qui le sépare d’elle. Hors de question de traverser directement et de passer dans les rayons de la lune. Non, il faut rester du coté de l’ombre et se cloîtrer dans la pénombre, ainsi, ils ne le verront pas.
Ils ?
Le patron bien sûr, mais aussi les autres. Tous les autres. Les routards, les employés, et… ceux qui sont cachés, ceux qu’on devine et qui surveillent. Il progresse le long des murs en céramique. Le bleu qu’on voie le jour a fait place à un noir mauvais. Et ce noir se referme sur lui.
Il faut retourner dans la chambre. Vite.
Il a la certitude qu’on l’observe. Il écarquille les yeux mais il n’y a personne. Pourtant, il les sent tous là. Il ne sera à l’abri que dans la chambre, la petite chambre, la chambre fœtale.
Reptation ! Ça rampe dans l’ombre, il en est sûr maintenant ! Comment a-t-il pu être si aveugle ? Ils ont tout fait pour l’attirer hors de la chambre. La chaleur, c’était une ruse, bien sûr, c’est évident ! Mais il a encore le temps de regagner la chambre.
Une mélopée lente s’élève et envahit toute la ville. Elle lui glace les os. L’appel à la prière. C’est eux, bien sûr. Il transpire abondamment, figé, recroquevillé contre le mur. Ils l’ont repéré, ils ont compris leur erreur, et ils appellent à l’aide. Mais, il ne parvient pas à remuer. Une statue, voilà ce qu’il est devenu. Ils vont arriver. Les appels continuent de plus belle et se répercutent. Il les entend rebondir sur les murs de la Médina.
Tout à coup, il se rue dans la chambre. Il a mille fois l’impression qu’on le voie, que des milliers d’yeux se posent sur lui, que des doigts griffus le frôlent. Il rentre et se jette sur son lit, haletant, en sueur. Il respire avec difficulté, ses poumons le brûlent. Et déjà, les appels semblent s’éloigner de lui. Le danger est mis à distance.
Tant mieux. Il se sent plus tranquille. Et puis, il entend ce petit bruit, une sorte de grattement. Il tourne la tête et constate que sa porte n’est pas fermée et, dans le même temps, son sang se glace, parce qu’il aperçoit cette grande silhouette découpée dans l’encadrement.
C’est elle.
Il a tenté de lui échapper, pendant des semaines. Il l’avait presque oubliée, mais elle l’a retrouvé. Au fond de lui, il se doutait qu’ils finiraient par se recroiser, mais pas si tôt, pas maintenant. Elle est là, face à lui, et ne bouge pas. Elle ne ressemble à personne qu’il connaît, et pourtant il sait parfaitement de qui il s’agit. Elle ne ressemble pas à Céline.
Céline est morte, il l’a tuée un soir de juillet, du coté de Nice. Au dessus de lui, alors que le cadavre était encore dans ses mains, il avait vu la constellation d’Orion, belle et lointaine.
Celle qui est en face de lui fait un pas dans la chambre, puis un autre.
Et il se recroqueville sur son lit, parce qu’il est terrorisé, parce qu’il prend seulement conscience de l’horreur de son acte. Lorsqu’elle s’assoit à ses cotés, elle lui révèle son nom. Mais il le connaissait déjà.
Elle est le Remords.
L’Enfer, son propre Enfer, s’abat sur lui.
Publié par Estebàn
à 2006-03-14 12:20:52
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| Mes histoires sont tes amies
Samedi 11 mars 2006
Depuis un peu plus d'une semaine maintenant, il est dans le box des accusés. Lui ? Un père de famille, responsable de la mort d'un jeune instit' de 25 ans, qui était l'un des adversaires de son fils au tennis. Il avait dilué du Temesta (un tranquillisant) dans sa bouteille d'eau. Malheureusement, l'instituteur s'est endormi au volant de sa voiture alors qu'il rentrait chez lui après le match. Il en est mort.
27 cas répertoriés pour ce père de famille qui tenait à ce que ses enfants (un garçon et une fille, élevés comme des champions dès leur plus jeune âge) réussissent à tout prix. 27 fois cet homme a drogué les adversaires de ses enfants.
Un banal fait divers.
Alors, bien sûr, ce type, s'il est reconnu coupable, doit être condamné. Mais, au delà de cette affaire, je ne peux m'empêcher de penser que cette histoire n'est autre que la bien triste parabole d'une société qui pousse toujours plus loin les individus, qui prône avant tout la performance, qui porte les individus qui réussissent au pinacle (étudiants modèles, chefs d'entreprise ingénieux, sportifs qui remportent une victoire...), et qui fait croire que tout est possible ("Just do it" nous sussure Nike à l'oreille, tandis que Puma nous met des chaussures aux pieds et affirme : "the speed boot gets you there faster").
Véritable machine à créer de la souffrance, le culte de la performance est le pendant de la société de consommation. Pas de place pour les perdants, pour les boiteux, pour les hésitants... Seuls les plus forts gagneront.
A ce jeu-là, une société ne peut que perdre son âme à moyen ou long terme.
Allez pour nous consoler, un superbe film est à l'affiche cette semaine en France...

Dans la Légion, on disait "Marche ou crève". C'est une variante...
Publié par Estebàn
à 2006-03-11 10:11:10
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| La chronique est ton amie
Vendredi 10 mars 2006
Je vous avais déjà raconté l'histoire de la pub Orangina ? [pour ceux qui la connaissent, parce que j'en ai déjà parlé il y a un an, passez au paragraphe suivant. Pour les autres la voici :] Un jour, un français a voulu inventer une nouvelle boisson pétillante. Malin, le type avait noté qu'il existait des sodas à l'orange, mais que tous étaient chimiques. Alors, pour faire "moins chimique", il eut l'idée de mettre, dans son soda, de la pulpe d'orange. Mais, l'horreur se révéla à lui : la pulpe, qui était plus lourde que le liquide, tombait au fond, et stagnait, tandis que la boisson devenait semi-translucide et vilaine... Et là, tel Newton sous son pommier, il eut l'illumination : le terrible défaut de sa boisson pouvait devenir un atout génial. Il venait d'inventer le premier soda qu'il fallait secouer ! Ainsi naquit "Orangina". Le défaut de la boisson devint un formidable argument de vente et le slogan "secouez-moi" perdura jusqu'à nos jours.
[Voilà ! pour ceux qui connaissaient l'histoire, vous pouvez reprendre votre lecture... Pour les autres, bin, continuez-là... Vous en avez de bonnes, vous !] Tout l'art de nos amis qui bossent dans la publicité est donc de mettre en valeur un produit, quand bien même ce produit est plein de défauts. Car ils savent bien que la notion de "défaut" n'est en définitive qu'un point de vue (c'est la fameuse idée de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide !).
L'automobile a, pendant des dizaines d'années, été présentée comme une révolution technologique de tout premier ordre. Et puis voilà que quelques empêcheurs de tourner en rond se sont présentés : il s'agissait en fait de hideux hippies hirsutes (pas facile à prononcer ça, hein ?) qui sont arrivés (les fourbes !) à montrer que la voiture était avant tout un objet polluant qui nous mettait en péril à plus ou moins court terme... Alors, nos amis créatifs se sont grattés la tête (répendant, au passage, les quelques pellicules restantes, après un traitement de fond au Head & Shoulder, sur leurs bureaux immaculés), jusqu'à ce que l'un d'eux s'exclame "Euréka". Ainsi naquirent les NOUVELLES campagnes de publicités sur la bagnole.
En voici donc un exemple :

Notez donc les subtilités de cette campagne :
1- On ne vous dit pas que la voiture est propre. Ce serait un mensonge. On vous dit que ce sont les promotions qui le sont...
2- En associant les mots "propre" et "nature" à l'abréviation HDI, on sous-entend que ces trois choses vont bien ensemble.
3- Pour enfoncer le clou, on a inclu, dans le visuel, des feuilles d'arbres, au dessus de la voiture. Les feuilles "chapautent" la voiture, elles la parainent en quelques sortes. Mettre les deux images côte à côte sous-entend, là encore, que les deux choses vont bien ensemble... Elles vont tellement bien ensemble que les couleurs se complètent (le rouge / le vert). Peugeot arrivent à marier deux réalités qui, jusque là s'excluaient mutuellement...
Si je voulais pousser plus loin encore, j'ajouterai tout de même que les feuilles d'arbre sont probablement des feuilles de platane, l'arbres des villes par excellence, l'arbre bien costaud qui supporte à haute dose la pollution... Mais bon, après, vous allez dire que j'ai mauvais esprit (si, si, je vous connais...).
Mais le plus intéressant reste à venir. En bas, et en petit, à gauche de l'affiche, voici ce qu'on peut remarquer :

Et oui les amis... Le voilà le joli message subliminal. Total, c'est le gros pollueur à qui on doit, entre autre, le superbe naufrage de l'Erika, qui a redécoré les côtes de l'Espagne, du Portugal et de la France, avec son gentil pétrôle. Et ça, croyez-moi, "la nature s'en souvient"... Total (comme tous les gros groupes pétroliers) est tout sauf écologiste. C'est une entreprise qui a pour but d'engranger un maximum de bénéfices, même si, pour ça, on doit sacrifier la nature et la vie elle-même. Mais en l'associant à cette campagne, on oeuvre pour l'image de ce groupe...
Il paraît que les feuilles mortes se ramassent à la pelle... Ramassons donc celles de l'affiche. Ensuite, gardons la pelle, ne changeons pas de main, et fichons un grand coup dans la figure des créatifs !
ça ne fait pas avancer grand chose, mais, bon dieu ce que ça soulage...
Publié par Estebàn
à 2006-03-10 02:04:08
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| Le publicitaire est ton ami
Lundi 06 mars 2006

Ah, grande joie et félicité auguste ! La période du film d'horreur qui ne s'assume pas semble être révolue, et c'est très bien.
Petit historique. Les années soixante-dix nous ont amenés une fournée de chef-d'oeuvres du genre. On pense bien sûr à "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper, mais on peut aussi citer "Zombie" de Romero, toute la vague de l'Horreur Italienne (avec quelques bonnes fournées de Dario Argento, entre autre)... Bref, à cette époque, le film d'horreur était un vrai genre, au même titre que le western, avec ses codes, ses passages obligés et surtout ses afficionnados...
Les années 80 sont arrivées, et en même temps, un nouveau genre, avec, entre autre, le fameux (et fumeux) "Vendredi 13" de Sean S. Cunningham. Scénarios indigents, acteurs approximatifs, trucages légers... mais, étrangement, ça a plu (ce qui nous vaudra tout de même neuf suites, sans compter "Freddy VS Jason").
Et voilà que le genre de l'horreur a commencé à évoluer vers la grosse plaisanterie (pour s'en convaincre, il n'y a qu'à se visionner "les griffes de la nuit" de Wes Craven et d'enchaîner par le septième, du même réalisateur...). Que s'est-il passé dans la tête des créateurs ? Ont-ils eu peur de choquer, tout à coup ? Ont-ils cédé aux sirènes de la censure et des associations ultra-conservatrices (toujours prêtes à faire endosser à un film la violence que crée en fait une société qui exclut toujours plus...) ? Ont-ils décidé, pour d'affreuses raisons commerciales, de faire des films de plus en plus "tout public" ?
Toujours est-il que le genre "horreur" creva lentement. "Scream" de Wes Craven et autres "Souviens-toi l'été dernier" du sieur Williamson semblèrent définitivement enterrer le genre.
Et puis, voilà que le "Saw" de James Wan vint réveiller le genre. Il le dépoussièra et nous laissa sans voix. Ici, plus d'humour. La photographie est sale, glauque, et on explore l'esprit malade d'un tueur machiavélique. On est en huit-clos pendant toute une partie du film, on étoufferait presque...
Aujourd'hui, voici que sort "Hostel" d'Eli Roth. Le réalisateur, assistant de Lynch, nous avait déjà offert "Cabin fever" qui, sans être un chef-d'oeuvre, lorgnait déjà sur l'horreur des seventies, tout en faisant des clins d'oeil à "Evil Dead" de Sam Raimi, et savait être efficace.
L'histoire ? Trois jeunes hommes (un islandais et deux américains) font un tour d'Europe. Arrivés à Amsterdam, ils cherchent des filles faciles. Par hasard (?), leur route croise celle d'un jeune homme de l'Est, qui leur conseille une auberge de jeunesse pas loin de Bratislava, en Slovaquie, où les filles sont torides. Faut-il préciser qu'il s'agit d'un piège terrible ?
Eli Roth nous livre un film poisseux qui sombre par palier dans l'horreur la plus crue. Aucune concession, aucune phrase drôle de la part des victimes. Ici, on meurt sous la torture, et on hurle point final.
Alors, bien sûr, vous pouvez toujours préférer "Urban Legend 3"... ça vient de sortir en DVD...
Publié par Estebàn
à 2006-03-06 04:47:35
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| Le livre est ton ami, le cinéma aussi
Vendredi 03 mars 2006
Je sais, les amis, cette rubrique vous manquait. Bien sûr, vous étiez trop timides pour me le dire, mais, à chaque nouveau post, je vous sentais piaffant d'impatience à l'idée de retrouver cette fameuse rubrique "Le publicitaire est ton ami". Et, bien sûr, ces derniers temps, vous repartiez le coeur meurtri. Oh, bien entendu, vous aimiez bien mes photos, vous trouviez que God is an astronaut était un groupe qui avait l'air sympa, vous appréciiez peu ou prou ma prose et mes vers, et mes chroniques d'humeur gardaient à vos yeux un certain standing... Mais, n'empêche... Vous étiez en manque...
Et bien, ami(e)s de cette rubrique, soyez comblé(e)s, parce que je vous ai dégoté une nouvelle perle. Il s'agit de la dernière campagne Monoprix, les célèbres grands magasins.

Donc, voici une jeune femme souriante, à gauche de l'image, et un grand slogan qui dit : "mettons du beau partout". En bas, on trouve le logo ainsi qu'un autre slogan "On fait quoi pour vous aujourd'hui ?". Voilà. Simple, efficace.
La cible est donc clairement la femme de 25 - 35 ans, qui aime la mode (on le voit à sa tenue) et qui aime prendre soin d'elle.
Ce qui est intéressant, c'est, une fois de plus, de constater l'image de la femme véhiculée par cette campagne, issus de créatifs lobotomisés d'écoles de publicitaires.
1- Notons d'abord l'extrême candeur de cette femme (regardez-moi ce sourire et cette manière de tenir son collier...). Elle est simple, jolie, et surtout naïve. On fleurte ici avec l'idée de la femme-enfant. Les caractères et la police du slogan, d'ailleurs, nous rappellent l'école primaire, les feutres de couleurs et les gentilles maîtresses.
2- La femme est donc une enfant dont on doit s'occuper, car elle est tout sauf indépendante. Le slogan de Monoprix, à ce sujet, est très clair : "On fait quoi pour vous aujourd'hui ?". On est toujours obligé de s'occuper d'une femme, parce qu'elle est bien incapable de décider toute seule.
3- Une des raisons de cette incapacité génétique à s'occuper d'elle est dû au fait simple que la femme est bête. Pour nous le prouver, notre publicitaire, toujours sous couvert d'humour, a cru bon d'ajouter, sur l'affiche, des petites flèches afin de nous désigner les endroits où on peut mettre du beau (parce que la femme est trop gourde pour le décider elle-même, je le rappelle...). Et voici, justement, ce que cela donne :

Notez la blondeur de la femme (ce qui explique sa naïveté et sa simplicité d'esprit) et la flèche qui indique l'endroit où mettre du "beau". A peu de choses près, on pourrait dire que du beau serait nécessaire dans le cerveau de la belle, non (ou encore qu'elle aurait peut-être besoin d'un beau cerveau...) ?
Alors, bien sûr, vous me direz qu'il s'agit d'une simple coïncidence, que c'est moi qui voit le mal partout, que vraiment je cherche la petite bête. Certes, certes, mais alors, expliquez-moi pourquoi une flèche a été mise là ? Pourquoi n'a-t-elle pas été mise, disons, 20 cm plus haut ? Et puisque j'y suis, vous pouvez m'expliquer, vous, la flèche qui suit ?

4- Et oui, les amis, on y revient. La femme est avant tout un être de désir, qui est là pour assouvir tous nos fantasmes. La preuve, regardez comment elle s'habille ! Remarquez comment la flèche épouse bien ses formes et permet de nous donner une idée de la manière de mettre du "beau" dans la femme.
5- Parce que, en définitive, la femme est bien un objet. Quand on me dit "on met du beau partout", et qu'on me montre une femme, j'en déduis qu'une femme, ce n'est que du "beau". La femme est un beau produit, qui va me permettre de mettre en valeur un lieu, de la même manière qu'une plante d'appartement (ne dit-t-on pas à propos de certeines femmes qu'elles sont des "belles plantes" ?) ou un tapis.
On récapitule : une femme est un enfant, incapable de la moindre décision sérieuse (parce que bon, reconnaissez-le, vouloir mettre du beau partout relève de l'extrême sottise...), qui adore la futilité, et qui reste, avant tout, un formidable objet sexuel.
Vous voyez, grâce à nos amis publicitaires, il est tout de suite plus simple de comprendre le monde qui nous entoure...
Publié par Estebàn
à 2006-03-03 03:52:01
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| Le publicitaire est ton ami
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