Mes humeurs à moi - Le livre est ton ami, le cinéma aussi




Dimanche 30 avril 2006

De l'art de faire un bon pire film !

Pas évident de tourner un véritable navet. ça demande de l'adresse, mais aussi un certain savoir-faire, une patte, une griffe quoi... Si vous ne savez pas trop comment faire un vrai navet, vous risquez, bêtement, de mettre en boite un mauvais film, et puis c'est tout.

"Terminal" de Spielberg en est l'exemple type. Le produit est propre, les acteurs font leur boulot, les décors sont jolis, simplement, le film est mille fois déjà vu, et distille un ennui molasse durant deux heures, avec une musique lacrymogène aux moments-clefs.

Heureusement est sorti cette semaine, sur les écran français, "Silent Hill" de Christophe Gans (on lui devait déjà "le pacte des loups", que je n'ai pas vu... ai-je bien fait ?). Loué soit le p'tit gars. Brûlons-lui quelques cierges, il le mérite bien. Il faut vraiment le féliciter d'avoir réussi un authentique et pur navet.

L'histoire (relativement inintéressante, il faut l'avouer) nous narre la lutte dantesque d'une femme qui va emmener sa fille à Silent Hill, afin de comprendre pourquoi celle-ci a régulièrement des crises de somnambulisme, qui s'achèvent par ces quelques mots qu'elle prononce à haute voix "Silent Hill". Mais là, horreur, l'attendent des créatures boitillantes et décérébrées et des allumés religieux genre "Jésus revient parmi les siens" guère plus cérébrés, d'ailleurs (n'étant pas un adepte du jeu vidéo, je ne sais pas si cette histoire est inspirée du jeu éponyme... j'espère que non... Je crains que le réalisateur n'en ai gardé que la vague ambiance et deux ou trois bestioles). Il faut voir les premières minutes du film, parce que déjà, tout est dit, et tout est là.

Il fait nuit, une femme (l'héroïne) sort en courant de chez elle en hurlant le prénom de sa fille ("Shaaaarooonnn"... Ah ça, on va l'entendre au moins vingt fois, pour bien qu'on comprenne). Derrière elle, son mari (vraiment très, très, très derrière elle, puisque, bien vite, ce con disparaît, avant de surgir à la fin de la séquence... Il était temps ! Pour un peu, on terminait sans lui ! D'ailleurs, ce début est à l'image de son rôle puisque ce personnage est totalement inutile tout au long du film. Heureusement, on ne le voit pas trop souvent. Juste assez en fait pour que l'acteur, pas très bon, justifie son salaire). Elle franchit un tas d'endroits vaguement glauques (dont un tunnel plein de tags de jeunes... Brr, je frissonne !), avant d'arriver au bord d'une cascade de (au moins) cinq cents mètres de hauteur (quelle idée d'habiter dans un coin pareil aussi !). Et là, voici que Sharon, sa fille, est au bord du précipice, somnambule, et s'apprête à se jeter dans le vide... Mais, in extremis, la mère la rattrape (oh mon dieu, j'ai eu si peur...), et la gamine hurle "Silent Hill" ! Et là, on a beau se forcer, on n'y croit déjà plus. Est-ce dû au doublage français ? Au jeu minable de la jeune fille (qu'on a déjà aperçu, il me semble, dans la nullissime adaptation de Stephen King "The Kingdom", et qui n'a que deux expressions en tout et pour tout pour exprimer une gamme complète de sentiments) ? A la mère qui se sent finalement peu concernée par tout ça ? A la musique franchement laide ? Ou à un mélange de tout ça ?

Ensuite... on s'occupe comme on peut, parce que c'est un peu long tout de même, alors on s'amuse à dénombrer les personnages idiots (ça va de l'agent de police féminin, qui a l'air de s'être échappée d'une boite de nuit lesbienne qui faisait une soirée spéciale Village People, à la fanatique de Dieu, coiffée comme une aisselle pas rasée, en passant par la folle aux cheveux graisseux devant le visage et aux haillons), les invraissemblances (il neige de la cendre à Silent Hill... Pourtant le 4x4 gris bien clair de notre héroïne est impeccable du début à la fin du film... L'agent de police féminin se fait lyncher par des mineurs dégénérés à grands coups de barres de fer, ce qui ne l'empêche pas, trois scènes plus tard, d'être attachée à une grande échelle, qui sera mise au dessus d'un buchet, et de ne pas avoir l'air de souffrir de moult contusions... Elle a juste quelques coupures au visages, mais c'est bien tout), les scènes ridicules (je passe sur les créatures soi-disant flippantes, qui sont à hurler de rire, pour ne citer que la scène finale, avec les fanatiques tout grimaçants  qui veulent mettre au buchet les hérétiques...) et les dialogues crétinoïdes qui se veulent profonds (A la fin par exemple, la mère dit à une autre femme un truc du genre "Dans les yeux d'une fille, la mère est un Dieu". Que c'est grand, puissant et beau... Et pas préchi précha pour un sou...).

Un authentique nanar, je vous dis ! D'autant que le réalisateur a l'air de prendre ça très au sérieux... Alors, bon, il nous reste quelques jolis décors, des ambiance plutôt pas mal (encore que, bon, une fois qu'on a vu le brouillard ultra dominant, on s'en lasse assez vite... Parce que, à Silent Hill, on a quatre climats : brouillard, neige avec cendre, nuit totale et soleil, mais rare, le soleil... Ailleurs, en revanche, c'est-à-dire, dans les autres lieux du films, bin, il pleut... Bon, ça sent d'ailleurs la bonne pluie de studio, type tuyau d'arrosage géant juste derrière la caméra, mais bon...).

Une dernière chose... L'affiche n'est pas sans rappeler un sketch du film collectif "The twilight zone" (1983, de John Landis, Joe Dante, George Miller et Steven Spielberg) où un jeune garçon, qui pouvait faire tout ce qu'il voulait, gommait la bouche de sa soeur qui parlait trop... Coïncidence ?

En tout cas, une chose est certaine : depuis que j'ai vu "Silent Hill", je considère "Resident Evil" de Paul Anderson comme un authentique chef-d'oeuvre...

Allez, les amis, je repars. Je suis entre deux avions. J'ai déjà mes futurs posts dans ma tête. Je pars bosser une semaine en Irlande. Je lève une pinte de Smithwick's (prononcez "smidiksse"... C'est une excellente bière ambrée) à votre santé. Rendez-vous le week-end prochain. 



Samedi 8 avril 2006

De l'art de sentir le vent venir...

En 1983, Yves Boisset tournait "Le prix du danger", avec Gérard Lanvin, Bruno Kremer et Michel Piccoli. L'action se déroule dans le futur. A cette époque, donc, existe un jeu télévisé intitulé "Le prix du danger". Le but est simple : un candidat doit atteindre un lieu précis en un temps donné. Mais cinq autres candidats, sur-équipés et armés, sont chargés de le tuer avant qu'il atteigne son but. A la clef, pour le ou les gagnants : de l'argent. Beaucoup d'argent. L'émission, bien entendu, bat des records d'audience. Même s'il a un peu vieilli, il faut voir Michel Piccoli en animateur télé qui en fait des tonnes.

En 1992, Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde réalisaient "C'est arrivé près de chez vous". Poelvoorde y incarne Ben, un psychopathe Belge, suivi par une équipe de télévision qui fait un reportage sur lui. Tourné comme un vrai documentaire, le film nous plonge dans le quotidien sordide de ce tueur monstrueux (tout y passe, de la vieille dame charmante, à la famille sans histoire...).

Dans les deux films, le spectateur est placé en position de voyeur. Véritable réflexion sur les dérives de la télévision, ces deux films (et particulièrement celui de Boisset, à l'époque) n'ont pas été vraiment pris au sérieux.

Dans quelques jours, commence sur notre merveilleuse chaîne culturelle TF1 (la chaîne du bon goût, de la finesse et de l'intelligence), une nouvelle émission de télé-réalité, directement importée de chez nos amis les Grands Bretons. le principe est simple : des (pauvres et vagues) "célébrités" sont dans la jungle et doivent y vivre tout en surmontant des épreuves affligeantes (dans la version Grand-Bretons, on peut en voir, de ces "people" qui mangent des vers, qui se font couvrir de blattes, qui se font enterrer vivante dans de la boue pleine de rats... ou le contraire, je ne sais plus trop bien...).

Lorsque le film de Boisset est sorti, on l'a jugé dérangeant, violent et invraissemblable... Heureusement que les détracteurs de l'époque n'avait pas une machine à voyager dans le futur... Je pense que ça les aurait rendus bien triste...



Vendredi 7 avril 2006

Carnivàle ? Une superbe série !

Découverte par hasard, prétée par un copain, je sors à peine de l'excellente série "Carnivàle, la caravane de l'étrange".

On doit ce petit bijou à Daniel Knauf. Nous sommes dans les années 30 aux Etats-Unis. Une troupe de forain arpente comme elle peut le pays avec ses créatures (l'homme lézard, la femme à barbe, les soeurs siamoises...), ses spectacles (l'avaleur de sabre, les danseuses nues, la charmeuse de serpents...) et ses attractions (la grande roue, le manège aux chevaux de bois...). Arrive Ben Hawkins, jeune homme mystérieux qui semble avoir de bien surprenants pouvoirs de guérisseurs. En parallèle, un pasteur, le révérend Justin semble prendre une bien curieuse voie, qui sent bon le souffre.

Cette série, qui se décline en deux saisons, est d'une rare intelligence. Car non seulement chaque épisode est superbement écrit et mis en scène, mais, en plus, chacun livre sa part de secrets qui nous mène petit à petit vers un dénouement magistral.

Les personnages sont magnifiques et attachants en diable (ou en dieu, à vous de voir). Une très belle galerie de portraits, où chacun à son mot à dire. Très belle distribution, avec, entre autre, une très belle prestation de Michael J. Anderson, le nain qui sévissait dans Mulholland Drive et Twin Peaks de David Lynch.

L'atmosphère est d'ailleurs digne de ce réalisateur et de Tod Browning, le réalisateur du célébrissime "Freaks".

Avec un immense coup de chapeau pour l'épisode de la saison 1 qui se passe à Babylone, une ville fantôme. Un épisode terrifiant et impressionnant.

Le tout est marqué par une musique qui nous hante un sacré moment, et un générique de début, qui est un véritable chef d'oeuvre à lui tout seul.

Voili les amis... Vous savez maintenant ce qu'il vous reste à faire pour peupler vos soirées...



Lundi 6 mars 2006

Hostel : un film sans concession

Ah, grande joie et félicité auguste ! La période du film d'horreur qui ne s'assume pas semble être révolue, et c'est très bien.

Petit historique. Les années soixante-dix nous ont amenés une fournée de chef-d'oeuvres du genre. On pense bien sûr à "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper, mais on peut aussi citer "Zombie" de Romero, toute la vague de l'Horreur Italienne (avec quelques bonnes fournées de Dario Argento, entre autre)... Bref, à cette époque, le film d'horreur était un vrai genre, au même titre que le western, avec ses codes, ses passages obligés et surtout ses afficionnados...

Les années 80 sont arrivées, et en même temps, un nouveau genre, avec, entre autre, le fameux (et fumeux) "Vendredi 13" de Sean S. Cunningham. Scénarios indigents, acteurs approximatifs, trucages légers... mais, étrangement, ça a plu (ce qui nous vaudra tout de même neuf suites, sans compter "Freddy VS Jason").

Et voilà que le genre de l'horreur a commencé à évoluer vers la grosse plaisanterie (pour s'en convaincre, il n'y a qu'à se visionner "les griffes de la nuit" de Wes Craven et d'enchaîner par le septième, du même réalisateur...). Que s'est-il passé dans la tête des créateurs ? Ont-ils eu peur de choquer, tout à coup ? Ont-ils cédé aux sirènes de la censure et des associations ultra-conservatrices (toujours prêtes à faire endosser à un film la violence que crée en fait une société qui exclut toujours plus...) ? Ont-ils décidé, pour d'affreuses raisons commerciales, de faire des films de plus en plus "tout public" ?

Toujours est-il que le genre "horreur" creva lentement. "Scream" de Wes Craven et autres "Souviens-toi l'été dernier" du sieur Williamson semblèrent définitivement enterrer le genre.

Et puis, voilà que le "Saw" de James Wan vint réveiller le genre. Il le dépoussièra et nous laissa sans voix. Ici, plus d'humour. La photographie est sale, glauque, et on explore l'esprit malade d'un tueur machiavélique. On est en huit-clos pendant toute une partie du film, on étoufferait presque...

Aujourd'hui, voici que sort "Hostel" d'Eli Roth. Le réalisateur, assistant de Lynch, nous avait déjà offert "Cabin fever" qui, sans être un chef-d'oeuvre, lorgnait déjà sur l'horreur des seventies, tout en faisant des clins d'oeil à "Evil Dead" de Sam Raimi, et savait être efficace.

L'histoire ? Trois jeunes hommes (un islandais et deux américains) font un tour d'Europe. Arrivés à Amsterdam, ils cherchent des filles faciles. Par hasard (?), leur route croise celle d'un jeune homme de l'Est, qui leur conseille une auberge de jeunesse pas loin de Bratislava, en Slovaquie, où les filles sont torides. Faut-il préciser qu'il s'agit d'un piège terrible ?

Eli Roth nous livre un film poisseux qui sombre par palier dans l'horreur la plus crue. Aucune concession, aucune phrase drôle de la part des victimes. Ici, on meurt sous la torture, et on hurle point final.

Alors, bien sûr, vous pouvez toujours préférer "Urban Legend 3"... ça vient de sortir en DVD...



Mardi 14 février 2006

Outfoxed, ou la désinformation organisée

Il est des moments où tout nous amène à nous désespérer de nos amis états-uniens et où on en vient à devenir quasiment xénophobe à leur égard, tellement on a l'impression que ce peuple est insupportable.

Lorsqu'on en arrive à ce terme, il faut absolument regarder le film "Outfoxed", pour découvrir le travail remarquable du réalisateur Robert Greenwald et de son équipe, et reprendre confiance en l'espèce humaine.

"Outfoxed", c'est d'abord un brûlot qui dénonce le système de la chaîne d'information Fox News, aux Etats-Unis.

Fox News est une chaîne à la ligne conservatrice, voire ultra-conservatrice. Jusque là, et le film insiste là-dessus, rien de bien répréhensible. Mais là où le bât blesse, c'est lorsqu'on se rend compte combien cette chaîne est partisane et manipulatrice. Sous couvert d'objectivité (son slogan "honnête et objective" est à hurler de rire !), la chaîne fait tout pour montrer les conservateurs sous leur meilleur jour et les démocrates sous leur plus mauvais. Les animateurs (peut-on encore les appeler des journalistes ?) n'hésitent pas à ridiculiser ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, à se montrer grossier, voire même à les censurer (clic ! les projecteurs s'éteignent et le micro se coupe...).

Le film démonte donc ce système hallucinant et démontre de manière implaccable, à grand coup d'extraits et de témoignages d'anciens employés de Fox News, combien cette chaîne a pour ambition de manipuler les masses à grand coup de prosélitisme.

Mais au delà de ça, on se pose la question de la privatisation de l'information. Lorsque l'information devient une marchandise comme une autre, lorsque celle-ci devient un simple objet de consommation, il n'y a plus de raison qu'elle soit vraie. Le but, c'est que ça fasse de l'audience... (et on voit combien ce système gangréné chez Fox News commence à faire tâche d'huile et à convaincre d'autres chaînes d'information...) Le public devient alors un client qui regarde le journal comme il regarde une fiction ou de la publicité. Et on comprend alors, entre autre, toute l'importance du service public.

Loin d'être désespérant, ce film est aussi un formidable outil militant qui nous donne les moyens et l'envie de combattre ces systèmes qui nous font croire à leur toute puissance. Après ce film, on saisit encore mieux ce qu'est l'action citoyenne. Pour cela, d'ailleurs, le supplément du film intitulé "Dans les coulisses de l'enquête" est passionnant (29 minutes où on découvre qu'une équipe citoyenne a regardé pendant plusieurs mois, 24 heures sur 24, la chaîne Fox News, pour pouvoir fournir du matériel au réalisateur et à son équipe).

Ceux qui trouvaient que "Fahrenheit 9-11" de Michael Moore était partisan et un peu malhonnête, feraient bien de regarder la chaîne Fox News... Michael Moore, à coté, c'est gentil...



Lundi 23 janvier 2006

Le secret de Brokeback mountain

ça faisait un sacré moment qu'un film ne m'avait pas habité. Un p...... de sacré moment. J'avais même, pour tout dire, renoncé à cette idée. Je pensais que cette impression datait de mon adolescence, où j'étais capable de me jeter à corps perdu dans un film, parce que les personnages vivaient ce que je ne vivais pas (une histoire d'amour, une vie trépidente, et je ne sais quoi encore).

Ainsi, je me souviens de "Blade runner" de Ridley Scott, "Le grand bleu" de Besson, "37°2 le matin" de Beineix, "Le cercle des poètes disparus" de Peter Weir, "Les amis de Peter" de Keneth Branagh, "Breakfast club" de John Hugues ou encore "Pump up the volume" de Allan Moyle... Tous ces films, et quelques autres, ne sont pas forcément des chefs-d'oeuvres (Besson, si tu nous entends...). N'empêche qu'il ont tous en commun de m'avoir donné un amour immodéré pour le cinéma. Et puis, ces films, je les ai vu au moins dix fois chacun. Certains ont vieilli (Besson, si tu nous entends), d'autres pas... Mais je m'en fiche. Ils m'ont passionné à un moment de ma vie, et j'ai vécu à travers eux. Boulimie cinématographique.

C'est le cas, aujourd'hui, pour "Le secret de Brokeback mountain". Je l'ai vu mercredi dernier. Depuis, j'y pense. J'ai, entretemps, lu la nouvelle de Annie Proulx et je me suis aussi téléchargé deux ou trois morceaux (dont le thème, "Wings", qui est magnifique).

Je repense à cette histoire, simple, d'amour entre deux hommes, pendant vingt ans. Deux hommes, Ennis et Jack, qui ne peuvent pas vivre leur histoire... Parce que... Parce que Ennis va se marier bientôt, parce que chacun est dans sa vie, coincé, et puis... parce que nous sommes dans les années 60, au coeur des Etats-Unis, dans le Wyoming, et qu'on y risque sa vie, si on est gay.

Je repense aux superbes personnages secondaires, aux deux femmes, qui savent que leur mari les trompent, mais qui ne peuvent rien faire, parce qu'elles se trouvent elles-mêmes dans un carcan, où la loi du silence est reine.

Je repense à cette société pleine de poids : le poids du silence, du mensonge, de la souffrance, des blessures, du non-dit.

Je repense à cette société où, finalement, personne n'a vraiment sa place et où on s'ennuie profondément. Parce que personne ne s'épanouit : tous les personnages sont pleins de frustrations (mêmes les enfants souffrent).

Je repense aussi à ces paysages magnifiques (qui sont, entre parenthèses, des paysages canadiens) qui donnent envie de partir, de camper et de s'isoler (voilà ce que je cherchais dans mon dernier post...). Brokeback Mountain. Le lieu où une passion nait. C'est le symbole même du jardin secret, où, en vingt ans, aucun des deux protagonistes n'osera retourner.

Et puis, je repense à la fin. Triste. Mais cela pouvait-il en être autrement ?

Ang Lee signe là un très beau film, plein de pudeur, de retenue. La photographie est magnifique, la bande-son est belle comme tout.

Faut-il préciser qu'il faut le voir en V.O. , ne serait-ce que pour l'accent fabuleux d'Ennis ?

Je retourne le voir demain, tiens...



Mardi 10 janvier 2006

Une bien belle série

Il est des mangas où la baston prime sur l'action.

Il est des mangas où l'action prime sur le dessin.

Il est des mangas où la violence prime sur le sentiment.

Il est des mangas où la laideur des dessins n'a d'égale que l'ineptie et l'indigence du scénario.

Et puis, il y a "Serial Experiment Lain".

Nous sommes dans un Japon pas si éloigné de celui d'aujourd'hui. La Toile est devenue performante et omniprésente. Un jour, sans qu'on sache pourquoi, une lycéenne se suicide. Et voici que la jeune Lain reçoit quelques temps après sa mort un mail de la lycéenne. Lain va alors partir pour un voyage à travers le Wired, un Internet gigantesque et surpuissant.

Nous sommes pourtant loin, malgré les apparences, d'une série fantastique et effrayante. Ici, point de démons ou de possession.

Nous sommes dans la Science-Fiction, l'intelligente, celle qui veut nous faire réfléchir.

Mal-être adolescent, difficulté de communiquer avec les autres, mais aussi poésie simple du quotidien, c'est tout ça, "Serial experiment lain"... Tout ça, et plus encore. La réalisation est superbe, le dessin est extrêmement soigné et la musique est envoutante (joli le petit thème entêtant du groupe Bôa intitulé "duvet").

On retrouve un univers très Lynchien.

Parce qu'il faut accepter d'être balladé, tout au long de ces treize épisodes de vingt minutes chacun. Parce qu'il faut accepté d'être perdu, à l'image de Lain dans le Wired. Rassurons-nous, le dénouement est tout simplement superbe et inattendu.

Elles ne sont pas légion les séries qui prennent le spectateur pour quelqu'un d'intelligent. "Serial Experiment Lain", belle comme une plume évoluant dans l'air, le fait avec un infini respect...

Chapeau bas...



Dimanche 8 janvier 2006

De l'art de rester égal à soi-même

Le cinéma fantastique a toujours été un vivier à génie. Les autres genres aussi ont leur génie bien sûr, mais beaucoup de réalisateurs importants actuels sont des réalisateurs qui passent (ou sont passés) par le fantastique. Parce que le fantastique, contrairement à ce qu'on pourrait croire, est un haut lieu d'engagement et de subversion.

Mais souvent, la subversion est rapidement récupérée par le système qui tente à tout prix de s'emparer d'elle et de l'affadir (on voit ce que sont devenus des courants comme la techno ou le rap par exemple).

Peut-on concilier succès et art ? Peut-on allier génie artistique et gros chiffres au box-office ? Difficile...

Prenons deux exemples de réalisateurs fantastiques : Tim Burton et Sam Raimi.

Sam Raimi, c'est le génial réalisateur de "Evil Dead". "Evil dead", c'est LA référence des années 80 en film d'horreur. Réalisé avec peu de moyens, le film n'en est que plus impressionnant. Bourré d'inventivité, le film nous laisse à bout de souffle... Le succès est arrivé, et voilà que notre réalisateur a eu l'idée (malheureuse ?) de tourner le remake de son film. Etait-ce utile ? Voilà en tout cas "Evil dead 2" suivi par un "Evil dead 3" qui va franchement dans la déconne... Pourquoi pas. Puis, arrive "Dark Man", une sorte de sombre super héros, qui connaîtra quelques suites bien peu utiles... Aujourd'hui, Sam Raimi, c'est "Spiderman 1 et 2". Quel rapport entre "Evil Dead" et "Spiderman" ? Aucun... Peut-être que l'homme est passé à autre chose... En tous les cas, le génie de "Evil Dead" est devenu un honnète réalisateur comme il y en a à Hollywood...

Le cas de Burton est plus triste peut-être encore. Parce que Burton a tout de même un paquet de bons films à son actif. "Beetlejuice" par exemple est hallucinant. On y sent un véritable plaisir d'enfant. Je ne parle même pas d'"Edward aux mains d'argent" ou de "Ed Wood", véritables ôdes aux freaks. Je repense aussi à ce fabuleux court-métrage "Vincent", où un petit garçon se prenait pour Vincent Price (qui joue son dernier rôle dans Edward, d'ailleurs). Et même ses "Batman" restent des films personnels. Mais, petit à petit, son avant-gardisme et sa griffe sont devenues plus banales, plus lissée, pour nous donner des films un peu décevants ("Charlie et la chocolaterie", sans être un mauvais film, ne ressemble plus à rien sans Johnny Deep par exemple...) ou carrément indigne (n'importe quel tâcheron d'Hollywood aurait pu faire cette vilaine "Planète des singes"). Où est donc passé le Tim Burton qu'on peut lire dans "La triste fin du petit enfant Huître et autres histoires" ?

Pourtant, il en reste au moins un qui a su ne pas se renier pour l'instant, et j'ai nommé Monsieur Peter Jackson. J'ai vu, il y a peu, son "King Kong". J'avoue que je craignais un peu la vision du film. En effet, j'avais un peu peur de perdre le réalisateur du superbe et poignant "Créatures célestes" (l'histoire de deux jeunes filles, dans les années 50 en Nouvelle-Zélande, dont l'amitié se transforme en amour, et qui se créent un monde à elles), du délicieux "Fantômes contre fantômes", des formidables "Seigneur des Anneaux" et surtout du jouississime (ça ne se dit pas mais tant pis !) "Braindead", LE film qui fait aimer les tondeuses à gazon...

"King Kong" est impressionnant. Les trois parties du film (Le New-York des années 30 en pleine crise / la forêt géante de King Kong / King Kong à New-York) sont fabuleuses. Le seul regret est cette relation un peu chaste à mon goût entre le Gorille et la belle... La partie centrale est excitante comme un Grand Huit. Il FAUT voir la poursuite avec les dinosaures au bord d'une falaise, et SURTOUT la scène avec les insectes géants qui renoue avec les premiers films du maître.

Et puis, on est sensible au personnage du réalisateur, qui fait tout pour faire son film, qui se met en danger, qui affronte les producteurs et qui protège, tel un enfant sa caméra et son film... Bel hommage au septième art...

Comme quoi l'argent ne crame pas forcément les individus... ça laisse de l'espoir...



Lundi 26 décembre 2005

Le retour de la revanche du pire film

Quoi de mieux qu'un bon pire film lorsqu'on a l'occasion d'en visionner un ?

Mais, à travers la luxuriante et foisonnante production cinématographique, il n'est pas toujours aisé d'en repérer un. C'est un peu la raison d'être de cette chronique chaotique qu'est "le pire film".

Pour vous, j'en ai dégoté un nouveau. Bon, d'accord, c'était facile. Je me suis fié au réalisateur, à savoir Paul Anderson... Mais si... Le type à qui l'on doit les fabuleux "Resident evil" (comment ça a été traduit au Québec, au fait ? "L'habitant diabolique" ?). Il faut voir au moins le premier pour se rendre compte combien Paul Anderson se moque de son public, et le prend pour un décérébré de moins de 15 ans qui n'a jamais vu ou entendu parlé, en vrac, de "La mutante", de "2001 l'odyssée de l'espace", de "Zombies", ou de "La nuit des morts-vivants", ce qui lui permet de piller allègrement des scènes entières...

Le dernier chef-d'oeuvre du Maestro se nomme "Alien VS Prédator". Là, pour le coup, Paul Anderson pouvait pomper à mort dans les six films précedents (4 Alien et 2 prédator). Il n'a pas pu résister à ce projet, le coquinou !

Pour la petite histoire, ce projet trainait dans les cartons des studios depuis un moment.

Il aurait pu y rester.

Cette rencontre improbable entre deux grosses licences (à savoir Alien et Predator) repose sur un improbable mixage (nous revient alors, de sinistre mémoire, le "somptueux" monument du cinéma "Freddy VS Jason"...) et raconte l'histoire de gens qui trouvent une étrange pyramide à des dizaines de mètres sous terre. Ils vont la visiter. Et en fait, ils comprennent trop tard que cette pyramide est une sorte de temple à épreuves pour une race d'extra-terrestre (les Prédators). En effet, lorsque le prédator atteint un certain âge (je suppose, parce que ça n'est pas dit clairement dans le film...), disons lorsqu'il atteint le cap de la puberté, que des poils disgratieux envahissent son corps et qu'une furieuse poussée de testostérone coule jusqu'aux profondeurs ultimes de son être, il doit aller dans la pyramide affronter une autre race d'extra-terrestre, baptisée les "aliens" (je sais, ce n'est pas très original, mais les scénaristes n'avaient pas d'autre nom). C'est un rite initiatique pour devenir un adulte. Et nos amis humains se retrouvent coincés entre deux feux...

Bon, disons-le clairement, ce film mérite son appellation de "Pire film", car tout est inepte et bourré d'invraissemblances. C'est mal filmé, plutôt laid dans l'ensemble, et surtout un souffle d'inutilité plane sur le projet en général...

Il faut voir ces personnages dont on se fiche royalement. Pas un pour rattraper l'autre. Mais le cinéaste ne se dégonfle pas, et nous offre près de trois quart d'heures de non-action pure durant lesquelles nos personnages à la psychologie anorexique se baladent en tee-shirt, ou en vague combinaison, le long d'une "étrange" ville de pêcheurs abandonnée au fin fin de l'Arctique (ou de l'Antarctique, je ne sais plus... Mais le réal' n'a pas trop l'air de le savoir non plus..). Clin d'oeil du réalisateur : l'entrepreneur de service n'est autre que le cyborg employé dans Aliens de Carpenter. Y aurait-il un rapport ? Bon, pourquoi pas... Mais on n'en saura pas plus...

Ensuite, l'action arrive (on sort d'une molle léthargie... Tiens, un cri, tiens, une explosion...), et là, les personnages meurent à une rapidité impressionnante (mais, on a déjà plus ou moins décroché à ce stade). Heureusement, la gentille de service (L'ultime survivante des humains, celle qui avait prévenu l'entrepreneur que son expédition était du suicide... Ah... S'il l'avait écouté......) va s'allier avec un Prédator et deviendra l'une des leurs, carrément (ah, c'est pas à vous que ça arriverait, bande de jaloux !).

Pour achever de vous convaincre de vous ruer louer ce bijou, voici un extrait du dialogue, rien que pour vous : Une jeune femme prend un pistolet pour partir en expédition. Une autre (la gentille de service) lui fait remarquer qu'elle n'en aura pas besoin. La première de répondre ceci :

"C'est comme la capote. Mieux vaut en avoir quand on n'en a pas besoin, que de ne pas en avoir quand on en a besoin !".

Si vous avez des cadeaux de Noël en retard à faire à des personnes que vous détestez, n'hésitez pas...



Vendredi 28 octobre 2005

De l'art d'avoir une vraie démarche

Il est toujours intéressant de voir qu'en matière artistique, la démarche peut être aussi voir plus importante que le résultat.

Ed Wood, par exemple (magnifiquement immortalisé par le film de Tim Burton), entre parfaitement dans cette catégorie. Ses films sont terribles (dans tous les sens du terme) et pourtant, on ne peut qu'être touché par sa démarche. Engagé totalement dans ce qu'il faisait, Ed Wood filmait avec sa sincérité, et assumait sa différence.

C'est le même esprit que l'on retrouve dans le documentaire de Frederic Sojcher intitulé "Cinéastes à tout prix". L'histoire se passe en Belgique. Le réalisateur va à la rencontre de trois cinéastes hors normes : Max Naveaux, Jacques Hardy et Jean-Jacques Rousseau. Ces trois cinéastes, inconnus du grand public, sont des fous de cinéma qui ont réalisé leur passion et sont allés jusqu'au bout. Autour de chacun d'eux gravite toute une petite communauté hétéroclite qui va de la famille aux amis, en passant par les habitants du coin.

Les titres de leurs réalisations parlent pour eux : "Maquis contre Gestapo" (Max Naveaux), "Dossier réincarnation" (Jacques Hardy), "Le goulag de la terreur" ou encore "Walonie 2084" (Jean-Jacques Rousseau). Ici, on est loin des grands films. Les décors sont approximatifs, les budgets inexistants (tout est puisé sur leurs économies), les acteurs (très) amateurs, les effets spéciaux assez hallucinants (il faut voir Jean-Jacques Rousseau nous expliquer comment il a filmé une bataille Napoléonienne en utilisant de vrais acteurs en gros plans, et une maquette avec des soldats en plomb pour les plans généraux, et que "ça ne se voir pratiquement pas". Il faut entendre Max Naveaux nous avouer que pour ses films de guerre, on tirait à balles réelles !...).

Pourtant, l'ensemble possède un charme certain, et la sincérité de l'ensemble ne peut que forcer le respect.

 Et, tandis que le documentaire défile, vient un au-delà beaucoup plus politique. Et on se prend à se demander depuis quand on n'a pas vu un film vraiment original, avec une vraie démarche artistique derrière, et pas seulement une vague intention. Depuis quand on n'a pas vu quelque chose de non formaté.

Alors, me reviennent les propos de Bérenger, à la fin de "Rhinocéros" de Ionesco : "Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (...) Eh bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! (...) Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas !".

www.cineastesatoutprix.be



Mercredi 26 octobre 2005

Le clan, de Gaël Morel

Il est toujours intéressant de rencontrer un film où la forme a été travaillée au même titre que le fond. C'est le cas du dernier film de Gaël Morel.

"Le clan", c'est l'histoire de trois frères, qui ont chacun leurs blessures, leurs doutes et leurs incertitudes. Le film s'articule en trois chapitres. Le premier s'interesse à Marc, le cadet. Cette partie est un teenage-movie. On est en bande, on vit en bande, on dérive en bande. Marc vit avec des douleurs, mais il est incapable de les exprimer. On fait aussi connaissance avec le père, joué superbement par Bruno Locher. Un père dépassé par ses fils, qui ont grandi bien trop vite, écrasé par un deuil, celui de sa femme.

 (Marc)

Le deuxième chapitre nous fait rencontrer Christophe, l'ainé. Il sort de prison, et se réinsère. Le personnage, joué par Stéphane Rideau, est impeccable. On entre dans le film social. On découvre le milieu de la boucherie industrielle. En face de Stéphane Rideau, on a, entre autre, le non moins impeccable Jackie Berroyer.

Enfin, le dernier chapitre nous fait tutoyer un certain lyrisme, et on est plus dans le film sentimental, dans le mélo, en compagnie du troisième frère, le benjamin, Olivier. Olivier vit une histoire d'amour avec un garçon, en cachette.

 (Olivier et Issam)

Au delà de ces trois histoires, on trouve une photo superbe et une vraie maîtrise de la caméra. Celle-ci accompagne les personnages et prend son temps. On est (très) loin du cinéma épyleptique qui nous impose un plan par seconde. Ici, la caméra s'attarde, entoure les personnages, s'arrête sur les paysages, les corps, les visages. Les montagnes autour d'Annecy, en Savoie, s'offrent à nous, à notre regard. Le lac nous invite. Gaël Morel caresse, dans ses prises de vue, ses personnages et les aime profondément. Impossible de ne pas le voir. Le respect et l'amour envers les personnages crèvent l'écran, spécialement lorsqu'il filme Marc, le plus violent, le plus en souffrance.

Film masculin par excellence (on ne voit vraiment qu'une femme, à la fin. C'est la fiancée de Christophe, le temps d'une scène), "Le clan" reste traversé par une sensibilité toute féminine. Peut-être parce que le fantôme de la mère, morte d'un cancer, veille sur les frères.

Sur le DVD du film, on trouve aussi une très bonne interview du réalisateur qui éclaire bien son travail (on est, là encore, bien loin des making-off auto-pormotionnels made in Hollywood, où on nous explique à chaque fois que le réalisateur est le meilleur réalisateur du monde, que le scénario est incroyablement intéressant, et que, vraiment, l'ambiance sur le tournage était fabuleuse et qu'on riait tout le temps...), le téléfilm "Première neige", tourné en 1999 pour Arte par Gaël Morel et trois courts-métrages, de trois réalisateurs différents, qui ont travaillé avec "anti-prod", la boite qui a produit le film de Gaël Morel.

Sur les trois courts-métrages, on oubliera "Du même sang" d'Arnault Labaronne (une histoire assez moyenne et plutôt violente de deux frères, l'un homo, l'autre casseur de pédés) ainsi que "Prisonnier" d'Etienne Faure (une histoire pleine de bonne volonté, mais bourrée d'invraissemblances, et peu émouvante, malgré le désir farouche du réalisateur de la rendre touchante).

On ne retiendra que "Vacarme" d'Arnaut Visinet. Instantané d'une histoire qui ne dure que quelques heures, le temps d'une nuit, à peine. Peu de paroles, juste une discussion, sur un lieu de prostitution masculine, entre deux personnages. Un prostitué régulier, un hétéro qui fait ça pour se payer ses études, et le héros, qui vient pour la première fois et qui est plein de maladresse, de timidité et d'angoisse. Comme chez Morel, la caméra erre, et nous fait découvrir la nuit et ses recoins. On ne connaitra ni les motivations réelles, ni le passé des personnages. On partage quelques heures nocturnes avec eux... Et tout ça, servi par un morceau tout simple et magnifique du groupe Labradford, extrait de l'album "E luxo so". Tellement beau ce morceau, que je ne me lasse pas de l'écouter...

Alors, les amis, il ne vous reste plus qu'à vous procurer le DVD... Juste pour voir, comme on dit au poker.  



Jeudi 20 octobre 2005

Pour le pire et pour le pire

Vous l'aviez oublié (bande d'ingrats) et pourtant le Pire Film vous guète toujours... Il est là, telle une bête avide qui, il y a fort longtemps, a pris goût au cannibalisme et à la chair humaine...

Ma victime du jour n'est autre que le pire que peut nous servir Hollywood quand elle y met du sien. Il s'agit de "Trouble jeu" (en anglais "hide and seek"... Comment ça a été traduit au Québec ?) de John Polson (il mérite à peine que je le cite le bougre, tellement son film est honteux, mais bon...) avec Robert De Niro (qui, décidement collectionne les films pas déments en fin de carrière... Outre son rôle poignant dans "Mon beau-père et moi" et sa suite, on retiendra ce personnage extraordinaire qu'il compose dans la publicité pour American Express...).

En deux mots, l'histoire suit une petite fille dont la mère se suicide. Le père, qui n'avait rien vu venir, décide de quitter New York, avec la sus-dite fille, pour aller vivre à la campagne, afin de se retaper un peu. Oui, mais voilà : les ennuis commencent. La fille semble découvrir un ami imaginaire prénommé Charlie... Et Charlie ne semble pas aimer le père... En plus, des événements mystérieux commencent à troubler le quotidien de nos deux héros. Et là, les questions pleuvent : Charlie n'est-il vraiment qu'un ami imaginaire ? Et s'il existait ? A moins que la fillette soit folle ? Et si c'était les voisins, qui, eux, ont perdu leur petite fille ? Fromage ou dessert ? Coquillages ou crustacés ?

A ce stade du film, on se fout royalement de ces questions. Pour la bonne et simple raison qu'on a envie de mettre des tas de claques au scénariste (dénonçons-le celui-là, tiens. Il s'agit de Ari Schlossberg... Honte sur toi, Ari !), parce qu'on sent que le garçon, affublé de son réalisateur, nous prend vraiment pour des amnésiques notoires. Pas une idée, pas une scène qu'on ait déjà vue quelque part. Son influence principale, c'est bien sûr le Shinning de Kubrick et tout l'univers de Stephen King. Outre le générique de départ repompé avec un plan aérien d'une voiture qui traverse la nature sauvage sur des routes désertes, on retrouve, en vrac, une action qui se situe dans le Maine, la présence d'une Coccinelle (la voiture de Jack Nicholson dans Shinning et de Christopher Walken dans Dead Zone), le fait que De Niro écrive (un journal de bord) et qu'on se rende compte à la fin, que son carnet est totalement vierge (Nicholson dans Shinning écrit un manuscrit qui contient, sur des pages entières, "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"... Ce qui revient au même), une scène de bal digne de celle de l'hôtel Overlook, des portes d'ascenseur qui se referment avec un beau couloir blanc (j'ai vu ça où, moi ?... Ah oui ! Dans Shinning, merci !), de l'écriture rouge sur les murs de la salle de bain ("Redrum" écrivait Danny sur le miroir de la salle de bain... Mais on retrouve aussi l'idée dans  "Vue imprenable sur jardin secret", de King, adapté récemment sous le titre "fenètre secrète" avec Johnny Deep) et, at last, but not at least, LA SCENE où De Niro, armé d'un couteau, tente de défoncer une porte, fermée à clef, avec de l'autre coté sa fille (je sais, Nickolson avait une hâche... On va pas chipoter... Un couteau ou une hâche, ça coupe et ça caractérise les psychopathes, un point c'est tout). 

Heureusement qu'on m'a prété le film, tiens...Quand je pense que pour vendre cette soupe, on a inscrit, au dos du DVD, des extraits de critiques ("Un opus délicieusement manipulateur. Efficace et terrifiant" L'écran fantastique / "Un scénario habillement agencé" Télé 7 jours / "Haletant" Télérama)... Tu parles, la seule chose de vraie, c'est le slogan accrocheur inscrit sur l'affiche "L'horreur a un visage que l'on ne soupçonne pas." C'est certain... L'horreur, ici, c'est bien le film lui-même !

Il y a vraiment des coups de pelle dans la figure qui se perdent... Dans le genre de celui que De Niro claque au shériff de service, vers la fin du film. Du travail bien fait, ça il faut le reconnaître...



Mercredi 24 août 2005

Lost, la série molasse

Au début de l'été, a débarqué sur les écrans de télévision français la série "Lost". Immédiatement, la série a fait l'ensemble des couvertures de magazine télé, et même Télérama, le magazine des professeurs de français, a pondu des articles dithyrambique sur ce nouveau feuilleton classé immédiatement "culte".

Depuis une petite décennie, deux mots sont apparus, deux mots qui se sont accolés au mot "Série". Le mot "saison" et le mot "culte". C'est ainsi que j'ai appris que toutes les séries de mon enfance des "Mystères de l'Ouest" à "Heidi", de "La petite maison dans la prairie" à "Starsky et Hutch", de "l'Agence tout risque" à "L'homme de l'Atlantide" (deux séries qui avaient, au passage, la particularité intéressante d'avoir toujours à peu près le même scénario. Dans "l'agence tout risque", des méchants embêtaient des gentils. Les gentils allaient trouver les A-Team. Les A-Team en question débarquaient une première fois, se battaient, perdaient, créaient une invention, se battaient une deuxième fois, gagnaient, Hannibal déclarait qu'il aimait bien les plans qui se déroulaient sans accroc, et les A-Team repartaient. Dans "l'homme de l'Atlantide", le héros trempait dans une aquarium de solution saline. Il devait en sortir pour une raison ou pour une autre, il était empêché de retourner dans l'eau pour une raison ou pour une autre, il séchait, avait tout soif et virait au bleu, arrivait in extremis à trouver de l'eau, se battait contre des méchants et triomphait. Je ferme ma parenthèse), toutes les séries de mon enfance, ainsi que toutes les séries en général, d'ailleurs, étaient déclinées en saisons et devenaient toutes des séries "Cultes".

Le phénomène date, à peu près, de l'apparition de X-Files.

"Lost" est donc une série déclinée en saisons (nous avons donc vu la saison 1) et est passée au stade de la série "Culte".

Plutôt que "Culte", je pense qu'on pourait employer le mot "à la mode". Si on a la curiosité de regarder certains épisodes d'X-Files, par exemple, on peut s'apercevoir que l'ensemble a, parfois, un peu vieilli (ou alors qu'on a grandi, c'est possible aussi).

Si vous avez vécu dans une grotte, isolé de tout depuis les quelques derniers mois, je vous résume l'intrigue. "Lost" raconte donc l'histoire de 46 passagers issus d'un crash d'avion, échoué sur une île en plein milieu du Pacifique. Les secours ne semblent pas décidés à se pointer, et voilà nos amis obligés de jouer les Robinson(s) Crusoé(s). Parmi eux, il y a des caractères bien trempés : le bon et beau docteur (qui a eu des difficultés avec son père), la belle délinquante (qui a tué par accident son premier amour), le couple de Coréen dont le mari était l'homme de main de son beau-père et dont la femme souffre parce que leur amour s'est plus ou moins perdu, l'obèse au grand coeur, la femme enceinte, le rockeur has been toxicomane (qui décroche sans grande douleur sur l'ïle, au passage), le père qui vient de retrouver son fils après 10 ans d'absence, le salaud (au grand coeur, mais qui ne le dit pas, ou pas facilement), le demi-frère et la demi-soeur qui sont plus ou moins amoureux l'un de l'autre (mais, ils ne sont pas issus des mêmes parents, heureusement...), l'homme chauve mystérieux (qui a l'air d'en savoir beaucoup) et l'irakien ancien soldat.

L'île, quant à elle, est un personnage à elle toute seule. Car c'est une île bien étrange, où, apparemment, on trouve d'autres survivants (et certains sont hostiles), où on trouve des bestioles bien méchantes (des sangliers, mais aussi des ours polaires ! Je vous jure... Les scénaristes avaient dû fumer ce jour-là pour avoir une idée pareille !) et aussi un bien mystérieux bunker dont la trappe ne s'ouvre pas...

Cette série, pas déplaisante du tout (je l'ai regardée sans réel déplaisir) est pourtant loin, à mon avis, du statut cultissime que certains veulent lui coller. Elle accumule en effet les mystères sans jamais en résoudre aucun (je repense par exemple à la fameuse série de chiffres maudits : 4 / 8 / 15 / 16 / 23 / 42). Moralité, le spectateur ne sait pas grand chose et on a la désagréable sensation d'être balladé sans aucune maîtrise.

Car le soucis est bien là. J'ai dans l'idée que les scénaristes ne savent pas exactement eux-mêmes où ils vont. Chris Carter, le papa d'X-Files, a agi de même. Son Grand Complot, passionnant au début, a lassé tout le monde (il faut revoir aujourd'hui "X-Files" le film qui était carrément un gros gâchis). Mais Chris Carter n'avait pas de vue d'ensemble, et c'est bien là le problème. Je crains fort que "Lost" reste intéressant tant que nous ne savons pas tout. Mais, dans le même temps, il va bien falloir livrer la clé du mystère (ou, au moins une partie) : on ne peut pas laisser les spectateurs indéfiniment dans le brouillard... Et l'explication du mystère, à mon sens, risque fort d'être très en deça de nos attentes.

"Lost" est donc une série agréable et fraiche, qu'on peut consommer le temps d'un été. De là à la classer culte, il y a un pas... Ou alors, il faudrait que les scénaristes aillent se mater les 17 épisodes du "Prisonnier" de Patrick Mc Goohan (qui trente ans avant "Lost", brassait pas mal de thèmes commun d'ailleurs...). Mais en connaissent-ils seulement l'existence ? 



Dimanche 14 août 2005

Vous le préférez court ou long ?

On a souvent tendance à croire que la nouvelle est le parent pauvre du roman, de même que le court-métrage est un ersatz du long-métrage. C'est pourtant une erreur.

S'il est vrai que des romanciers et des réalisateurs, aujourd'hui aguerris, ont commencé par écrire des nouvelles "pour se faire la main" ou à tourner des courts par manque de budget avant de faire un gros machin sérieux, parce que bon, tout de même, force est de reconnaître que la nouvelle et le court-métrage sont des genres à part, pétris de contraintes bien à eux.

Contrairement à leurs cousins (le long et le roman), la nouvelle et le court n'admettent que difficillement le remplissage. Ici, on est loin des longues expositions, des descriptions qui s'éternisent, des personnages qui marchent au ralenti sur la plage avec une musique jeune en fond sonore. Ici, tout est "nerveux". Chaque mot, chaque image a été pensé, soupesé. Rien d'inutile. Ici, on joue sur l'extrême. On aime ou on déteste, point final. Pas de demi-mesure. Pas de temps à perdre.

Et puis, la caractéristique principale, c'est aussi la chute, brutale et souvent surprenante. On laisse le lecteur à bout de souffle, on place un uppercut dans l'estomac du spectateur et on se retire.

Bien sûr, certains romans, certains films usent aussi de la chute inattendue, du brusque retournement de situation (attention, je ne parle pas du "super classique" : "Oh mon dieu, le méchant qui était mort, avec une hache dans le dos, une jambe en moins, et qui est tombé de cinq étages, est encore vivant en définitive !", je parle d'un vrai coup de théâtre, qui impose une relecture complète de l'oeuvre, qui retourne le point de vue). M. Night Shyamalan (le réalisateur du "Sixième sens", de "Incassable", de "Signes" et du "village") en a fait sa marque de fabrique, mais c'est tout de même plus rare.

La nouvelle, en France, était très populaire au XIXème. Maupassant, par exemple, doit une grande part de sa notoriété à celle-ci. Aujourd'hui, c'est un genre assez méprisé. Rare sont les jeunes auteurs qui commencent leur carrière avec un recueil de nouvelles. Les maisons d'édition, la plupart du temps, les refusent (avec une lettre type tout à fait délicieuse).

Je ne sais pas comment a fait Anna Gavalda pour se faire éditer, mais, elle a commencé sa (jeune) carrière avec, justement, un recueil de nouvelles. Le titre, déjà, est chouette : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", et c'est paru en poche. Je suis tombé dessus l'autre jour, et ça a occupé deux de mes nuits.

Douze nouvelles, et que du bon. Des histoires d'hommes ou de femmes. Des histoires quotidiennes, banales. Des drames et des tragédies ordinaires, en somme. Rien de spectaculaire. Un jeune militaire rentre chez lui et tombe amoureux de la copine de son frère; une jeune femme rencontre un homme dans la rue, et accepte un dîner pour le soir même; une écrivaine va à son premier rendez-vous avec une maison d'édition; un homme est obsédé par son ancien amour; un chanteur rencontre une photographe qui le suit dans sa tournée; une femme enceinte doit interrompre sa grossesse...

Chaque mot est à sa place. L'auteur arrive parfaitement à mettre en scène des   personnages crédibles. Pas de caricature. Les psychologies sont impeccables. Anna Gavalda a su capter des solitudes masculines et féminines, comme Charlélie Couture au temps des albums "Solo boy" et "Solo girl".

C'est toujours un plaisir de voir que la littérature populaire à succès peut rimer avec qualité... Prenez-en de la graine monsieur Lévy ;-)



Vendredi 12 août 2005

Le cas Marc Lévy

Je reprends le goût de lire. Je redécouvre le plaisir de tourner des pages tandis que la nuit s'abat sur le ville et s'en empare jusqu'au matin.

Quatre nuits que je tourne des pages entre minuit et deux heures du matin. Quatre nuits qu'un mug de thé accompagne mes bouquins.

J'ai lu, voici deux nuits, le premier roman de Marc Lévy "Et si c'était vrai...". On a parfois raison de se méfier de la littérature populaire à gros tirage. Moi, j'avais toujours trouvé que les titres des bouquins de Lévy n'étaient pas réussis ("Où es-tu ?" "Sept jours pour une éternité..." "Vous revoir" "la prochaine fois"). Un coté bâclé et pseudo-intello... Un vieux préjugé. Finalement, je me suis laissé infléchir. J'ai donc lu son premier roman. Résultat : un mélodrame romantique du niveau de "Pretty woman" avec une pincée de fantastique à la "Ghost" et une touche de philosophie de vie à la Paolo Coelho. Peu convaincant. Le style est plat, les métaphores sont attendues et il n'y a pas grand chose auquel on ne s'attend pas. Ce qui me fascine, c'est comment l'auteur a fait pour le faire publier. Si on va sur son site (www.marclevy.info), on découvre que cette histoire, écrite à l'origine pour son enfant, a été envoyée à Robert Laffont (à la suite des conseils d'une soeur scénariste... On n'en sait pas plus...). La maison d'édition a accepté huit jours plus tard de faire paraître le machin...

Moi, là, je dis chapeau. J'ai rencontré deux auteurs au dernier festival du livre de Nice : Frédéric Lenormand (qui a repris les aventures du Juge Ti, et son dernier "Madame Ti mène l'enquête" est proprement excellent) et Barbara Abel (auteure belge adorable, dont le premier roman, "l'instinct maternel", un policier glauque à souhait, est vraiment réussi). Frédéric Lenormand, aujourd'hui paru chez Fayard, a vu quatre ou cinq de ses manuscrits refusés avant d'être publié. Barbara Abel a galéré huit ans avec son manuscrit, avant d'être accepté au Masque.

Marc Lévy peut donc se vanter d'avoir un sacré talent et une chance insolente. Parce qu'en plus, le bougre a réussi à se placer du coté de papy Spielberg, qui lui a racheté les droits de son premier roman.

Un abyme de perplexité m'envahit. Faudrait peut-être que je lui écrive... Quel est son truc ?

Je vous vois venir. Certains diront que je suis jaloux... Bon, un peu j'avoue... Mais quand même...



Vendredi 5 août 2005

De l'art de filmer une scène d'amour

Etant donné que l'été est une période d'une pauvreté affligeante en ce qui concerne le cinéma, c'est le moment que je choisis pour me bouffer un peu de DVD et rattraper des films que j'ai loupé durant l'année.

C'était le cas de "Ken Park" du réalisateur indépendant Larry Clark et de Ed Lachman.

Larry Clark est un réalisateur que je ne connaissais que de nom. Je savais qu'il avait une thématique autour de l'adolescence, mais c'était tout.

Dans "Ken Park" donc, se mettent en place quatre histoires de quatre adolescents dans une banlieue américaine. On évolue donc dans un univers de petits pavillons. Peu d'accès à la culture, quelques endroits pour faire du skate board, un lycée et beaucoup, beaucoup d'ennui. S'ennuyer les mènent à la drogue, au sexe et à la violence. Rien de spectaculaire. Tout semble logique. Les repères sont complètement brouillés et les adultes en présence sont, eux-mêmes, en perdition. Des grands-parents dépassés, un père qui cache une terrible pulsion homosexuelle envers son fils, une mère enceinte paumée, un veuf qui élève (trop) pieusement sa fille, et une mère qui couche avec le petit copain de sa propre fille.

Si le film capte plutôt bien le malaise adolescent, il m'a tout de même laissé perplexe. Peut-être parce qu'il contient des scènes sexuelles explicites : un adolescent se masturbe face caméra, deux garçons et une fille font l'amour.

Je me pose toujours la question de l'intérêt de vouloir tout montrer au cinéma (la violence et le sexe en particulier). Il me semble qu'à vouloir tout montrer, on risque de banaliser. Mais que cherche un réal' qui montre ? Peut-être veut-il choquer, afin que le spectateur prennent mieux conscience de la thèse qu'il veut montrer (ici, donc, la difficulté d'être adolescent).

Se pose le même type de question sur les campagnes de prévention sur l'alcool, le tabac ou les accidents de la route. Doit-on montrer la réalité, avec des cancéreux en phase terminale et des gens noyés dans leur sang qu'on désincarcère ou doit-on plutôt suggérer ? La réponse est complexe. Disons que si on veut toucher le maximum de gens, il va falloir utiliser tous les moyens à disposition : l'explicite comme l'implicite. Parce que certains sont imperméables à l'explicite... On aura beau leur monter des cirrhoses géantes, ils ne se sentiront pas concernés, même s'ils trouveront ça écoeurant.

Je fais partie de ces gens qui n'aiment pas les scènes d'amour au cinéma (en particulier si elles sont explicites). Elles me mettent en position de voyeur et j'ai horreur de ça. Je me sens à la fois excité et honteux, et je ne suis plus du tout dans le film (j'ai d'ailleurs la même réaction face à la télé-réalité). La seule exception a été cette magnifique scène d'amour dans "Mulholland Drive" de David Lynch.

Si "Ken Park" est un film qui mérite le détour, s'il contient la vraie griffe d'un réalisateur et s'il décrit plutôt bien le malaise adolescent, j'ai tout de même largement préféré, sur une thématique assez similaire, "Elephant" de Gus van Sant.



Lundi 1 août 2005

Ainsi mentent le Bon, la Brute et le Truand

Vacances obligent, je me remets dans le bain du cinéma et de la littérature. Mon premier plaisir a été de m'offrir en dvd la version définitive du film de Leone "Le bon, la brute et le truand".

Bon, soyons clairs, cette version définitive ne contient que quelques scènes supplémentaires n'ayant que peu d'intérêt. Je ne peux pas croire que Leone ait absolument voulu qu'on inclut ces trois quatre pauvres scénettes. Sortis de là, c'est un vrai plaisir de découvrir le film en américain. Toutes les répliques cultissimes sont croustillantes en version américaine. Il faut entendre Tuco déclarer : "When you shoot, shoot ! Don't talk !" ("quand on tire, on raconte pas sa vie..."en français). Vrai plaisir aussi de redécouvrir ce film dans une version propre et restaurée. Vrai plaisir de revoir cette maestria de caméra, ces scènes épiques ou plus intimistes...

Un must dans une dvdthèque quoi !

Et ce n'est pas le père de la nouvelle de Kressmann Taylor ("Humiliation" dans "Ainsi mentent les hommes) qui contredirait la fameuse réplique de Clint Eastwood ("Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent..."). Il dit lui-même à son fils : "il y a toujours deux façons de faire les choses : la bonne et la mauvaise". Pourtant c'est la mère qui est peut-être la plus fine dans l'éducation de son fils. Un jour, tandis qu'ils sont en train de se baigner dans un lac, le petit garçon se fait mordre par des poissons. Dialogue :

"- Ils nous examinaient, lui avait dit sa mère(...) pour voir si nous sommes bons à manger.

- Ils sont méchants. Ils m'ont mordu, insista le petit garçon.

- Non, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas une question de méchanceté. Ils t'ont mordu, d'accord, mais ça ne t'a pas fait bien mal si tu y réfléchis. En ce moment, nous sommes quelque chose dans l'eau, et il faut qu'ils sachent ce que nous sommes. Ils nous auraient mangés s'ils avaient pu, mais notre corps est trop grand, trop vivant et trop solide pour eux.

- Qu'est-ce qu'ils mangent ?

- Oh ! Des poissons plus petits, des vers d'eau. Ils gobent de drôles de choses, des morceaux de métal brillants. Ils mangent aussi des choses mortes.

- Ils nous mangeraient si nous étions morts ?

- Oui, j'imagine. Sous l'eau, les morts deviennent mous; ils ne servent plus à rien. Les poissons aident à nettoyer. La seule chose que tu dois te rappeler (...) c'est qu'ils ne font pas cela par méchanceté, ils mordent tout, vivant ou mort. Ils sont comme ça, voilà tout. Et c'est très important de connaître les choses comme elles sont. Pas comme tu as peur qu'elles soient, ou comment tu voudrais qu'elles soient. Ni l'un ni l'autre. Comme elles sont. Tu dois découvrir que le monde ne pense pas à toi, qu'il ne rôde pas en attendant de pouvoir te faire mal, même s'il y a beaucoup de gens, surtout des enfants, qui pensent ça et qui ont peur. Le monde n'essaye pas non plus de te faire plaisir. Il y a beaucoup de choses dans le monde qui te mordront."

=> Le bon, la Brute et le Truand, de Sergio Leone

=> Ainsi mentent les hommes, de Kressmann Taylor, Autrement



Mercredi 15 juin 2005

Cinéma quand tu nous tiens...

Quand on aime les "pires films", il faut absolument s'initier à David Decoteau.

Ce cinéaste, qui a traîné sur les plateaux de Cameron (quand même...), s'est spécialisé dans l'horreur et le fantastique. Bon, seulement, il faut avouer qu'il ne dispose pas de budjets démentiels. Alors, notre ami fait avec ce qu'il peut. Moralité, les acteurs jouent plutôt mal, les trucages sont cheap, et les scénarios ont un délicieux coté déjà vus...

David Decoteau est aussi un réalisateur gay. Jusque là, rien de bien intéressant. Sauf que, dans ses films, les filles sont souvent moches, bêtes, et surtout jamais déshabillées(parfois même, elles sont absentes...). En revanche, dès qu'il s'agit de nous monter de beaux gars, David n'y va pas de main morte.

Afin que vous puissiez découvrir tranquillement ce merveilleux réalisateur, voici une sélection de trois films.

Brotherhood, la confrérie est en fait un n°2 (il en a fait trois ou quatre le coquin). L'histoire raconte comment des étudiants qui se faisaient marcher dessus vont devenir de puissants sorciers grâce à un mystérieux nouveau venu... Outre la magnifique partie de volley au ralenti au début, avec de jeunes éphèbes torses nus, il ne faut pas louper la scène de douche où trois types, nus, menacent un quatrième de lui écrire des saloperies sur les fesses... au feutre indélibile !!! (j'en frémis encore). On apréciera aussi, dans le film, l'école en question (qui devrait être en vérité la villa d'un copain... Ce qui explique qu'on n'a jamais de plan large), l'usage abusif des nuits américaine (qui font franchement fausses nuits) et surtout la scène où les jeunes, face caméra, chaussent des lunettes noires et nous permettent de découvrir toute l'équipe, du caméraman au réalisateur, qui se reflète dans les verres. Du grand art !

Un vague serial killer tout mou dézingue des jeunes tout idiots... Un must ! A retenir : la scène d'amour entre un jeune gars bien bâti pratiquement nu attaché à un lit et une jeune fille idiote complètement habillée. On peut préférer à ça les fameuses nuits américaines pré-cités, les éclairs et le tonnerre tout pourris, ou encore l'équipe du film au complet qui, cette fois, se reflète dans la carrosserie d'une voiture noire.

And the winner is... "Leeches". Rien à voir avec le fruit du même nom ! Ici, ce sont des sangsues géantes qui ont bouffé des stéroïdes déstinés à des nageurs (toujours une occasion de nous montrer des hommes dénudés, je vous dis !) et qui vont tuer tout le monde. Il faut ABSOLUMENT voir ces sangsues géantes qui ressemblent à de gros gants de cuisine qu'aurait enfilé un accessoiriste... Comment ? Ah ! On me souffle que ça s'est tourné comme ça ! Et bin ! Je comprends mieux l'absence de plans larges quand surgissent les bestioles en question ! Bon, sinon, on appréciera le nageur au ralenti qui occupe tout le générique de début...

Sacré David ! Il a bien mérité une rubrique "Pire film" tiens !



Mercredi 1 juin 2005

Le pire film est ton ami le plus sincère

Existe-t-il de nos jours des réalisateurs de pire film ? Bien sûr ! Mais, attention, ce n'est pas donné à tous. Il faut impérativement que le réalisateur se prenne très au sérieux.

"Matrix reloaded", par exemple, a le profil pour devenir un pire film : Lambert Wilson est mauvais (si, si, revoyez ses scènes, elles sont bien affligentes), Monica Bellucci est une excellente plante verte (ses deux pauvres répliques et son baiser avec Néo sont bien tristes... Mais, elle fait un vrai rôle de composition, si on compare avec sa prestation dans Matrix Révolution) et je ne parle pas de la scène de la rave où les pieds, en gros plan, battent le rythme tout en éclaboussant partout, tandis qu'un rasta s'élance au ralenti (pas facile, vous savez, de s'élancer au ralenti...), et que Néo fait (enfin) l'amour à Trinity sur une musique techno / new-age (moi, j'aurai carrément collé du Enigma... Mais on ne me demande jamais mon avis...).

Mais le clou du film est sûrement le dialogue, complexe à souhait (ils ont du écrire ce dialogue avec un bouquin de linguistique près d'eux... Je me souviens aussi que l'expression "erreur systémique" est prononcée pas mal de fois...), avec cet espèce de Dieu idiot dans sa pièce toute blanche. Il faut voir, sur les écrans de télé derrière lui, Néo faire un doigt d'honneur, tandis qu'il parle avec lui...

Reste la poursuite sur l'autoroute, relativement amusante, mais qui n'est pas sans rappeler celle présente dans Terminator 2...

Allez ! Soyons fou ! "Matrix reloaded" sera mon pire film de ce soir. "Revolution" en revanche ne mérite rien... Il est trop pénible !



Mardi 31 mai 2005

Le pire film contre-attaque

Réaliser un pire film n'est pas chose aisée. Ce n'est pas donné à tous. Le pire film doit supporter la re-vision et se doit d'être drôle. Bien sûr, le comique est avant tout involontaire et dû au vieillissement du film.  Mais cela peut aussi venir, en vrac, du jeu déplorable des acteurs, des tenues terriblement kitchs, de l'ineptitude incroyable des dialogues, de la laideur de la photographie (lorsqu'il y en a une, bien sûr), de la crétinerie sans borne du scénario (qui tiendrait, si on écrit gros, sur un demi post-it), ou bien encore d'un combiné d'un peu tout cela...

Patrick Schulmann a une filmo assez intéressante. On lui doit, entre autre, le rigolo "Et la tendresse... bordel !" (1979) et l'amusant "P.R.O.F.S." (1985). Entre les deux film, on trouve une petite perle "Rendez-moi ma peau" (1980).

Le film raconte comment Zora, une sorcière de banlieue, énervée à cause d'un accident de voiture, intervertit les personnalités d'une jeune mère de famille bourgeoise et d'un dépanneur de télévision. A partir de là s'écoule toute une série de quiproquos bien gras et bien épais.

Le scénario, bête et mille fois déjà vu, n'a guère d'intérêt, et pourtant, son charme est indéniable. Il faut voir nos deux protagonistes aller de voyante en magicien pour tenter de résoudre leur problème. Ils croisent alors sur leur chemin :

- Une voyante qui lit dans la morve. On va chez elle, on se mouche, et elle voit notre avenir dans un kleenex.

- Une anussomancienne, qui, comme son nom l'indique, lit dans les lignes de l'anus (je vous jure que c'est vrai).

- Un gros mage italien qui prend des bains de spaguettis bolognaises (bon appétit...).

Et j'en oublie...

Pour finir, voici ce qu'en dit "Télérama" : "(...) Dans son premier film, Et la tendresse, bordel !, qui fut un franc succès, Patrick Schulmann faisait preuve d'humour, avec un goût prononcé pour les gags bêtes et vulgaires. Cette fois, il a exclusivement misé sur la grossièreté".

Moi, j'veux pas dire, mais une critique pareille, ça me donne envie de revoir ce film...



Lundi 30 mai 2005

Le retour du pire film

J'avais un peu laissé de coté cette chronique du pire film. La revoilà donc.

Il est intéressant de suivre des réalisateurs qui, toute leur vie, font des pires films. Voici deux ans, je crois, nous quittait le grand Max Pecas. Il est temps de lui rendre hommage afin qu'il ne sombre pas dans l'oubli.

Max Pecas, pour ceux qui l'ignorent (mais ce n'est le cas d'aucun des lecteurs de ce blogue...) est un réalisateur français qui a commencé par tourner des séries Z en tout genre à dominante pornographique avant de passer au vaudeville militaire ou vacancier.

Ce qu'il y a de bien chez Max Pecas, c'est que tout est contenu dans le titre, qui, déjà est un univers à part entière.

Alors, pour se détendre, voici une liste (non exhaustive) de "pires films" de Max Pecas. Classez-les suivant qu'ils appartiennent au genre pornographique de bas étage (A), au vaudeville bidasse (B), au vaudeville de vacances (C).

(Tous les titres ci-après sont rigoureusement exacts. Je n'ai rien inventé.)

Je suis une nymphomane / Comment le désir vient aux filles ? / On se calme et on boit frais / On est venu là pour s'éclater / Les mille et une perversions de Félicia / Embraye bidasse, ça fume / Belles, blondes et bronzées / Marche pas sur mes lacets / Je suis frigide... pourquoi ? / Cinq filles en furie / La nuit la plus chaude / Les branchés de Saint-Tropez

Voilà les amis. Que du bon cinéma avec des scénarios incroyables et une mise en scène qui décoiffe.

Quand je pense que ma filmographie ne contient même pas tous ses films...



Vendredi 27 mai 2005

Et maintenant, une page de publicité

Un bouquin très chouette à offrir ou à s'offrir ! Si, si !

Des milliers de témoignages :

" (...) depuis que j'ai lu "Avis de tempête", ma vie a complètement changé (...) " Brigitte B., Caen

" (...) "Avis de tempête" m'a permis de retrouver l'amour " Jean-Pierre S., Toulouse

" (...) j'ai reçu "Avis de tempête". Le lendemain, je gagnai  une grosse somme au Loto. Le surlendemain, mon cor au pied disparaissait (...) " Philippe A., Compiègne

" (...) What a book !" Stephen K., Maine, USA

" (...) A good idea for a new trilogy" Georges L., Hollywood, USA

Et j'en ai encore plein, si vous voulez... Comment ? J'invente ? Je... Quoi ? Je ... mens ? D'accord... Si vous le prenez comme ça, évidemment...

Bon, n'empêche, n'hésitez pas à aller faire un tour sur mon lien, bande de vilain. ;-)

http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=5525



Dimanche 22 mai 2005

Douglas Adams est un chouette type !

   "Le problème majeur - l'un des problèmes majeurs, car ce n'est pas le seul - l'un des nombreux, donc, problèmes majeurs que soulève l'exercice du pouvoir est fonction de qui l'on trouve pour l'exercer ; ou plutôt, de qui s'arrange pour amener les gens à le laisser l'exercer sur eux.

    En résumé, il est un fait patent, que ceux-là même qui ont le plus envie de gouverner les gens sont, ipso facto, les moins aptes à le faire. Pour résumer le résumé : quiconque est capable de parvenir à se faire élire président ne devrait à aucun prix être laissé libre d'exercer cette fonction. Pour résumer le résumé du résumé : les gens sont un vrai souci."

Le dernier restaurant avant la fin du monde (le guide du routard galactique 2), Douglas Adams

Qu'ajouter de plus, les amis ? :-)



Dimanche 15 mai 2005

De l'art d'allier l'humour au militantisme

Le premier avril dernier, je trouvais un article extrêmement déroutant dans le journal Métro. ça s'appelait "Comment se débarrasser vraiment de la pauvreté" et c'était signé par Anoflate Feldefleish, attaché spécial de l'Organisation Mondial du Commerce.

 L'OMC, pour ceux qui prendraient le train en marche, est une organisation qui regroupe à peu près 120 membres, chaque membre représentant un pays adhérent. Le but de l'OMC, en gros, est de favoriser le développement du libéralisme.

Ce jour-là, donc, je lisais l'article. J'avoue avoir failli être saisi d'une combustion spontanée (si, si, c'est possible) à sa lecture. ça commençait ainsi :

"Des hommes politiques, des rocks stars et même Nelson Mandela sont montés dans le train "éradiquons la pauvreté". Mais leur programme pour sauver l'Afrique repose sur une annulation de la dette et une aide financière qui ne porteront pas leurs fruits sans la mise en place de réformes substantielles à visée libérales. (...) Annuler la dette ne brisera pas le cercle vicieux de la pauvreté. Une aide financière non plus. Par contre, l'innovation et une libéralisation du marché sont les clés d'une croissance économique cuntinue et durable."

Et, très vite, on entrait dans le vif du sujet...

"(...) Certains, qui se présentent comme "verts", reprochent à notre proposition de décourager l'agriculture locale et d'encourager la famine. Ils ont tout faux. Même s'ils manquent de nourriture, les gens ne mourront plus de faim, grâce à leur nouveau pouvoir d'achat combiné à une innovation technologique appelée "le Garde-Manger". Il s'agit d'un filtre qui permet d'utiliser une seule dose d'allimentation ordinaire jusqu'à dix fois, sur un principe de recyclage bon marché et hygiénique. A chaque fois que le consommateur produit des déchets, le filtre en extrait suffisemment de nutriments pour fournir un nouveau repas. (...) Le principe a été testé par Mc Donald's, qui a incorporé 50% de déchets traités dans certains modèles de hamburgers. De fins palais vivant dans les pays riches ont qualifié les échantillons de "Très goûteux"."

Le libéralisme comme solution à la pauvreté, et de la merde à manger pour les pauvres... C'en était trop pour moi, et je m'emparai de mon ordinateur pour rédiger une chronique là-dessus. On m'avait mis deux, trois commentaires, à l'époque... Et j'avais émis l'hypothèse qu'il pouvait s'agir d'un canular de premier avril...

Bingo ! C'était ça ! En définitive, Anoflate n'est autre qu'un membre fondateur des Yes Men, activistes humoristes, qui se font passer pour des membres de l'OMC et partent animer des conférences, pleine de chefs d'entreprise près à engloutir la pensée néo-libérale... Les Yes Men la caricaturent et font des discours incroyables... Mais personne ne sent la supercherie... C'est le pouvoir que donne le titre de Représentant de l'OMC !

"Les Yes Men", c'est aussi le titre d'un documentaire sur eux. Il faut les voir faire leurs incroyables discours ! La fin, à ce titre, est incroyable : les Yes Men annoncent, devant des décideurs australiens, que l'OMC va être dissoute parce qu'elle s'est entièrement trompée, qu'elle a toujours encouragée la souffrance des individus, et qu'elle va se reconstruire sur la base de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme... et tous les décideurs trouvent ça bien (comme quoi, il y a encore de l'espoir...) !

Faire prendre conscience par le biais de l'humour ! Résister de manière humoristique pour réveiller les consciences. Bien sûr, ce type de militantisme ne remplace pas d'autres formes de militantisme, mais, qu'il est salutaire et nécessaire !

Nécessaire, parce que l'OMC, la cible des Yes Men, est vraiment un organisme dangereux. Non pas qu'il y ait un complot à la X-Files sur terre, et que de mystérieux individus fomentent d'obscures choses contre la race humaine... Non... C'est plus simple que ça. Il est des individus du bon coté de la barrière, qui pensent qu'il est normal qu'il y ait des gens qui soient exploités, que le monde, de toute façon a toujours marché comme ça et qu'il faut l'accepter. Lorsque ces gens sont des décideurs, ça devient extrêmement inquiétant. L'OMC, ça n'est pas autre chose. En ce moment même est en train de se mettre en place l'Accord Général sur la Commercialisation des Services. Cet accord a pour but d'instaurer entre les Etats membres et signataires la libéralisation des Services... Et les services, c'est l'eau potable, l'électricité, l'école, la culture...

La seule façon de combattre tout ça, c'est de résister. Foncez voir "the Yes Men", et pour en savoir plus sur l'AGCS, je vous conseille le brillant exposé de Raoul M. Jennar sur l'AGCS, la proposition Bolkeistein et le Traité Constitutionnel Européen... ça s'appelle "Déréguler pour exploiter". C'est réalisé par l'URFIG. ça ne vaut pas cher et, en deux heures d'exposé, on comprend tout (même la Constitution pour le référendum du 29 mai, amis Zeuropéens !). Contact : urfig@wanadoo.fr site : www.urfig.org

Et n'hésitez pas à aller faire un tour sur le site des yes men ;-)



Jeudi 12 mai 2005

Tiens, tiens, voilà du Bouddha...

M'interessant pas mal aux Arts Martiaux, et plus spécifiquement au karaté, je me plaignais, récemment, de ne pas savoir appliquer toujours très bien, dans ma vie quotidienne, la philosophie contenue dans cette pratique.

On m'a conseillé de lire "Pratique de la voie tibétaine -Au-delà du matérialisme spirituel" de Chögyam Trungpa (Points, Sagesse)

Trungpa était un tibétain qui devait devenir l'abbé suprême des monastères de Surmang, dans le Tibet Occidental. Malheureusement, il fut obligé de s'exiler lorsque les chinois envahirent le Tibet en 1959. Il est alors resté trois ans en Inde, avant de gagner l'Angleterre. Puis il débarqua aux Etats-Unis, en pleine période Beatnik, et s'y installa définitivement.

Loin d'être un moine austère, Trungpa était un bon vivant, et quelqu'un plein d'humour.

On a souvent une idée très précise du moine Zen ou du Boudhiste. On imagine volontiers un vieux maître sage, reclus dans un monastère entouré par une épaisse brume, avec une cascade glacée pas très loin. Le moine s'entoure d'une toge géante (noire pour le Zen, orange pour le bouddhiste) et reste assis des heures dans d'incroyables positions, quel que soit le temps et la saison. De sa bouche ne sortent que quelques mots de temps en temps, mais chacun de ses mots est d'une extraordinaire puissance. Le vieux maître prend, de temps à autre, des disciples qui sont un croisement entre David Petit Scarabée Caradine et Uma Kill Bill Thurman, et qui, au prix de mille sacrifices, deviennent eux-même des sages, tout en restant d'immondes petits vermissaux rampants...

Bien joli tout ça... Mais ce n'est qu'un affreux cliché, qui nous trompe, et qui nous rend malheureux, parce qu'il est totalement fantasmagorique et inaccessible.

C'est un peu ça que Trugpa nous explique. On court après une fausse représentation de la sagesse, qui n'est absolument pas adaptée à notre mode occidental de pensée. Vouloir devenir ce sage est stupide et contre nature. Ce n'est, d'après Trungpa, que l'expression de notre ego démesuré qui voudrait, en définitive, devenir l'égal d'un Dieu. C'est ce qu'il appelle le matérialisme spirituel.

Apprendre à accepter ce qu'on est, tout simplement, avec ses défauts, mais aussi ses qualités ; comprendre que la sagesse est quelque chose de simple, et non pas une grande lumière qui arrive et qui nous illumine, tandis que retentit un grand gong ; intégrer l'idée du lâcher prise pour mieux vivre notre quotidien... Voilà l'enseignement de Trungpa.

Un très beau livre, vraiment. Et qui est tombé au moment opportun.

 


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