Mes humeurs à moi - La chronique est ton amie




Lundi 8 mai 2006

Quelques Indes - Chroniques du bout d'un monde 2

Partir ailleurs, c'est accepter de me débarrasser de mes propres clichés, pour mieux me frotter à la réalité.

Partir ailleurs, c'est saisir qu'au delà des images toutes faites que je peux avoir d'un pays, se trouvent une réalité tangible, et un quotidien fait de petits riens. S'éloigner alors de tout exotisme, pour ne retenir que ce qui constitue l'essentiel des individus.

Je n'avais rien lu avant de partir. Je ne voulais rien savoir. Je voulais partir l'esprit le plus vierge possible. Et pourtant...

Sans m'en rendre compte, l'Inde véhiculait en moi dix mille lieux communs. J'y voyais des éléphants, des vaches sacrées au milieu des rues, une population grouillante, des Intouchables partout, des cadavres dans les rues, des cobras, de la religion omniprésente, des indiens bruyants dans les cinémas en train de regarder des Bollywood... Ce que j'ai trouvé est autre. J'ai rencontré des gens, avec qui j'ai échangé, j'ai goûté à nouveau à l'amitié, j'ai entrevu un autre système, qui ne me semble pas si étranger, d'ailleurs...

Me reviens un titre d'un film de Wim Wenders... "Si loin, si proche". Il y a de ça. Il y a aussi autre chose, de plus diffus, de plus subtil, sur lequel je ne peux mettre des mots.

Ne pas trop nommer ou verbaliser cette expérience, pour ne pas la banaliser.



Dimanche 7 mai 2006

Quelques Indes - Chroniques du bout d'un monde 1

Il n'est pas une Inde, il est des Indes.

Pays multiples et protéiformes que j'ai à peine saisi, et à peine entrevu, en l'effleurant. Mais ce qui s'applique ici, n'est pourtant que ce qui définit un pays en général. Parce que mes semblables, en France, me ressemblent-ils vraiment tous ? Et ces Indiens sont-ils si éloignés de moi ?

Je suis né, sans le vouloir, dans un coin du monde. J'ai accepté, plus ou moins bien, un ensemble de règles. J'en ai intégré la plupart, jusqu'à ce que je sois persuadé de la dimension naturelle de ces règles. Et pourtant...

N'y a-t-il rien de plus artificiel, de plus culturel, que ce que je définis comme "naturel" justement ?

Au delà des différences, qu'est-ce qui me relie à ces humains du bout d'un monde ?

Quelle aurait été ma vie si j'étais né ailleurs ? Mes fondements, mes fondamentaux auraient-ils été si différents de ceux d'aujourd'hui ?

Partager, plutôt que diviser.



Samedi 15 avril 2006

Quelques Indes

Petites pauses dans mon blogue. Oh, pas longtemps, promis. Quinze jours à peine. Mais juré, je ne vous oublierai pas, parce que maintenant, on est une petite centaine à bourdonner autour de ce blogue.

J'ai réussi à le faire à mon image. Hétéroclite, bordélique, artistique, de mauvaise foi, déconneur, et, avant tout, politique. J'ai eu des doutes, des envies d'arrêter, mais, au bout du compte, je suis content de cette aventure, qui m'a remis le pied à l'étrier, qui m'a vraiment fait reprendre goût à l'écriture.

Moralité, je viens de terminer une première vraie version de mon deuxième roman. Vos commentaires et vos blogues m'ont soutenu, encouragé, donné mille idées. Merci aux nouveaux venus, et aux anciens, aux irréductibles (Endless par exemple, dont l'écriture est toujours aussi belle).

Je pars à l'autre bout du monde. Promis, je vous raconterai. En attendant, portez-vous bien, et prenez soin de vous. 



Mardi 11 avril 2006

Que deviennent nos stars préférées ?

On se souvient, la larme à l'oeil de toutes ces séries qui ont bouleversé notre vie. Les noms s'égrainnent... K2000... Alerte à Malibu... Et on se dit "mais bon dieu, qu'est-il devenu ?"

La réponse méritait de bien belles images comme on aimerait en voir plus souvent...

http://www.youtube.com/watch.php?v=Gi2CfuqcUGE



Vendredi 31 mars 2006

De l'art de domestiquer nos démons intérieurs

Il est toujours fascinant de constater le nombre de saloperies qui peuplent nos boites aux lettres électroniques.

Qui n'a pas eu affaire avec les mails proposant des agrandisseurs de pénis, des partages d'héritages (vous ne connaissez pas ? Mais si, c'est le fils ou la fille d'un grand général africain qui fait appel à votre grandeur d'âme et qui vous propose, parce que c'est vous, hein, de partager son héritage, qui se chiffre en centaines de milliers de dollars), des chaînes ineptes (renvoie ce mails et tu offriras un foie à la petite Gandoura, jeune indienne de 8ans, coincée sous un tractopelle depuis vingt jours. Grâce à ton mail, l'hôpital de Delhi va lui en offrir un, puisque ton mail vaut un euro) ou débiles (si tu ne renvoie pas ce mails, tu perdras tous tes cheveux en une nuit et tu gagneras l'intégrale de Guy Béart !), ou encore des messages mystérieux de personnes inconnues (et anglophones) qui vous balance un message sibyllin ("here is the files" ou "Thanks for the pics") avec un joli document joint bien étrange ?

C'est en tout cas l'idée qui m'a traversée l'esprit ce matin quand j'ai découvert un mail de catholique.org. Je me suis demandé si ce n'était pas les Raëliens qui m'avaient balancé (il faut dire que je me suis rendu sur leur site, il y a quelques mois pour télécharger gratuitement l'oeuvre intégrale de leur grand gourou. J'aime bien aller étudier l'argumentaire de ce que je combats. Bon, il faut avouer que la prose du maître est digne d'un élève moyen d'une classe de troisième faible... Mais ceci est une autre histoire...).

J'allais donc balancer le mail en question, lorsque j'ai aperçu un article qui, je l'avoue, m'a alléché :

Que pense la Bible de l’homosexualité ? Que nous propose l’Eglise en sa présence ? 

Ouvrons une parenthèse.

Chaque être est depuis tout petit tiraillé entre une instance de plaisir (c'est le petit enfant qui veut tout tout de suite) et une instance de réalité (c'est l'être responsable qui réfrène les ardeurs du tout petit, qui lui rappelle la loi, les interdits et évacue certains rêves ou fantasmes qui ne seront jamais du domaine du possible). Chacun, suivant son éducation, son histoire, et ses fréquentations, fait comme il peut. Le tout, c'est de gérer l'ensemble du mieux qu'on peut, en laissant une place à chaque instance, si on ne veut pas sombrer dans une profonde névrose.
 
La sexualité n'est commandée que par notre instance de plaisir. Tout le jeu consiste à faire de bonnes tractations avec l'instance de réalité. Facile à dire, et très difficilement réalisable. Parce que, sur le fond, nous avons tous des frustrations sexuelles, à divers moments de notre vie. L'adolescence de chacun d'entre nous peut, entre autre, en témoigner.
 
La religion a malheureusement voulu fourrer son nez là dedans, prétextant que toutes les affaires humaines la regardaient, et s'immisçant donc dans le champ du Privé de chaque individu. A partir de là, la religion a commencé à vouloir tout simplifier : pour elle, il y avait deux entités 1- L'esprit (BIEN) 2- Le corps (MAL). La preuve que le corps représentait le Mal, c'est que le corps sécrétait toutes sortes d'humeurs nauséabondes (odeur de sueur, de pied, de dessous de bras), nous obligeait à aller aux toilettes (beurk, beurk !) et surtout, surtout, avait des réactions incontrôlées (l'érection chez les hommes, par exemple), et ça, ce n'était pas bien. L'esprit étant supérieur en tout point au corps, il ne fallait pas que le corps puisse décider quoique ce soit.
 
En se mêlant de sur-règlementer la sexualité, la religion crée depuis des décénnies des générations de névrosés qui souffrent de ne pouvoir vivre une sexualité épanouie.
 
C'est là qu'on arrive à l'homosexualité. De même qu'on affirme que les juifs ont de l'argent, ou que les noirs ont le rythme dans la peau, deux grands lieux communs circulent sur les homosexuels 1- les gays sont toujours plus beaux que leurs congénères hétérosexuels 2- Les homos (et surtout les hommes) passent leur temps à baiser, tandis que les hétéros vivent dans un Sahel érotique qui les fait uniquement passer une ou deux fois par mois dans des oasis minuscules de sexualité.
 
Lorsqu'on est heureux, il est bien rare que le bonheur d'autrui nous insupporte. Mais lorsqu'on est malheureux...
 
Le religieux de base ne peut supporter l'idée que d'autres puissent vivre une sexualité, quelle qu'elle soit. Et cette stigmatisation sur l'homosexualité est significative. J'exagère ? Alors lisons ensemble quelques extraits de l'article paru sur catholique.org. (l'intégralité du machin sur ce lien : http://www.catholique.org/QE/181-L-Eglise-est-t-elle-homophobe )
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L’homophobie, ou « peur de l’homosexualité », est une expression fréquemment utilisée par les militants homosexuels pour stigmatiser ceux qui n’expriment pas des idées favorables à leurs revendications, sous prétexte que leurs opposants auraient soi-disant une peur irrationnelle des rapports entre personnes du même sexe. Mais cette accusation est sans fondement, car on peut très bien être en désaccord avec certains comportements, sans pour autant en avoir peur. L’Eglise, à la suite du Christ, nous apprend d’ailleurs à toujours « haïr le péché, mais à aimer les pécheurs ».

Comme une bonne mère qui aime ses enfants, l’Eglise doit savoir nous indiquer nos erreurs, pour nous aider à guider nos vies, c’est-à-dire POUR NOTRE BIEN. L’Eglise a en effet reçu du Christ le devoir d’éclairer les hommes : Sans lumière, on trébuche et on tombe ! Accuserait-on un médecin d’être patiento-phobe parce qu’il prescrit des traitements exigeants à ses patients ?

L’homosexualité se présente souvent, chez les personnes homosexuelles, comme une définition constitutive de leur être même : « Je SUIS mon homosexualité, et donc, condamner l’homosexualité, c’est me condamner. » Cette erreur provient du fait que la sexualité, comme la religion, est le lieu où s’exprime ce qu’il y a de plus intime dans le cœur de l’homme. Les hommes sont par nature des êtres relationnels. C’est pour cela que la sexualité peut prendre un caractère quasi « religieux », et parfois même se transformer en forme d’idolâtrie.[...]

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique affirme ensuite que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés, contraires à la loi naturelle » (CEC 2357). Dans les Saintes Ecritures, l’homosexualité est considérée comme un « dépravation grave » (Gn 19, 1-29 ; Lv 20, 13 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10). L’Eglise invite donc les personnes qui ressentent ces tendances à renoncer à les mettre en pratique, avec une grande confiance dans l’amour infini de Dieu.

Le Catéchisme rappelle aussi que l’homosexualité, pour beaucoup de gens, est une épreuve. « Ces personnes doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » (CEC 2358). Quand un chrétien manque de respect vis-à-vis d’une personne homosexuelle, il s’oppose donc à ce que lui enseigne l’Eglise.

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J'attire votre attention sur cette tolérance molasse qui dégouline de cette article. Bien sûr que l'Eglise accepte les homosexuels... à partir du moment où ils changent ! Parce que bon, faudrait pas trop déconner non plus, tout de même ! Les homos sont de grands enfants égarés qui font une "erreur". Heureusement, l'Eglise, telle un bon père, donne la voie à suivre.

Car l'Eglise est bonne... N'empêche qu'on notera que l'homosexualité est un "péché", du à un aveuglement ("sans lumière on trébuche et on tombe"), c'est aussi la conséquence d'une "idolâtrie du sexe" (quand je vous disais qu'on est dans le cliché...) et c'est une dépravation grave... Et attention, hein, pour enfoncer le clou, on n'hésite pas à faire appel à l'argument d'autorité : non seulement CEC s'en mêle (putain ça rigole pas !), mais, en plus, Gn 19, 1-29 ; Lv 20, 13 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10 viennent à la rescousse...

D'habitude, suite à leurs articles, on peut mettre des commentaires. Or, à la fin de celui-ci, on peut lire la chose suivante : Les réactions pour cet article ne sont pas publiées.

Et là je reste dubitatif. Sont-ils si sûr d'eux qu'ils ne pensent pas qu'on puisse ne pas être d'accord avec eux, ou ont-ils eu peur que je leur envoie mon post ?



Mercredi 29 mars 2006

De l'art d'ancrer une idéologie

Malgré des efforts toujours constants pour masquer son idéologie dominante, la télévision n'a jamais été qu'un haut lieu de conservatisme, visant avant tout à flatter le plus grand nombre et à courir après des parts de marché.

Comme un bon monarque tout-puissant, elle a toléré, en son sein, quelques bouffons progressistes, histoire de faire croire qu'elle admettait la critique. Mais pour quelques programmes originaux et révolutionnaires, on doit se fader une majorité de programmes insipides et ineptes. Et puis, si on regarde de près, le système télévisuel s'est toujours débrouillé pour, à un moment donné, virer ses bouffons les plus récalcitrants, tout en formatant petit à petit ceux qui restaient.

En l'an 2000 est arrivé en France le premier programme de télé-réalité (ce qui sous-entend qu'avant, elle était donc irréelle, mais bon, passons...). Il s'agissait de Loft-Story, l'adaptation de Big Brother. Tous les médias sans exception se sont enflammés : ça y était ! c'était l'Apocalypse ! Le Diable nous tombait sur le coin de la figure ! l'horreur !

Comme la télé aime bien décliner à l'infini les formules qui marchent, elle a commencé à photocopier ce concept. Et voilà qu'ont débarqué tout un tas de programmes, tous imités de nos amis étatsuniens ou britanniques.

Petit à petit, les médias papier et radio se sont mis à moins taper sur les trucs. Oui, certes, c'était de la sous-télévision, mais bon... C'était tout de même rigolo. Les gens se sont décomplexés, et ont commencé à assumer ce petit plaisir pervers...

Six ans se sont écoulés. Aujourd'hui, le machin est installé durablement. Et plus personne ne s'en offusque. Peut-être parce qu'on a pris ça comme une fatalité... N'empêche...

Pour faire admettre une idéologie à une masse, rien de tel que de lui servir cette idéologie sous toutes les formes possibles. Le libéralisme sauvage est une idéologie dominante, qui veut se faire passer pour l'unique solution, et qui tente à tout crin de faire taire toute autre possibilité de gérer le monde. Aujourd'hui, beaucoup de gens croient que le libéralisme est une fatalité.

L'idéologie libéraliste utilise les mêmes ressorts que la publicité : pour se vendre, il faut bien emballer le produit. Quand on regarde une quelconque émission de télé-réalité, que peut-on y apprendre ?

- L'individu est une marchandise interchangeable : chaque nouvelle saison d'une émission fait immédiatement oublier pratiquement tous les anciens candidats.

- L'individu est un être qui a besoin d'être humilié : un candidat est quelqu'un de volontaire. On peut donc le maltraiter à souhait et en direct !

- L'individu peut être sous-payé : la plupart des candidats ne sont pas payés, car passer à la télévision est un immense privilège en soi. Et lorsqu'ils sont payés, c'est toujours bien négligeable en regard des recettes publicitaires que l'émission va engranger.

- L'individu n'a pas le droit d'avoir une vie privée : on peut donc tout dévoiler de quelqu'un, et utiliser son image comme on veut, peu importe les conséquences.

- L'individu se doit d'avoir un statut précaire : au mieux, il "survivra" tout le temps de l'émission; au pire, il sera éliminé rapidement.

- L'individu doit être heureux d'avoir été sélectionné : des milliers de gens aimeraient être à sa place. Des centaines ont été écartés. Qu'il ne vienne pas se plaindre...

Finalement, on comprend vite que la vie est une lutte. C'est chacun pour soi. Nous sommes entourés de requins qui ne pensent qu'à nous dévorer. C'est tuer ou être tué...

Récemment, Steevy, un des rescapés de Loft-Story, a pris sa carte à l'UMP, le parti conservateur du Petit NicolaS.S., notre bon Ministre de l'Intérieur. Il a bien compris la leçon, et va rejoindre ses pairs.

"L'écran nous sert tout, mais l'écrou nous serre tant". C'est pas moi qui l'ait dit, c'est Rodolphe Burger, le chanteur de Kat Onoma.



Mardi 28 mars 2006

Vingt ans de manif'

Vingt ans déjà. Depuis vingt ans, je n'hésite jamais à aller battre le pavé. Pas encore désabusé. Plein de superbes souvenirs dans la tête. Des banderoles, des chansons, des rires, des révoltes. Des combats gagnés, d'autres perdus... Aucun regret.

Vingt ans déjà. La première, c'était contre Devaquet et Monory, deux ministres à la con de l'époque.

Vingt ans déjà, et j'y crois encore, toujours. Des utopies plein la tronche, et surtout, surtout, de la détermination.

Parce que lutter, c'est aussi apprendre à savoir dire NON, quand on n'est pas d'accord. Parce que lutter, c'est aussi s'oxygéner.

Je ne peux pas tout accepter, je ne peux pas. Certaines lois, certains décrets me révoltent, mais cela ne semble n'offusquer que moi. D'autres fois, on est plusieurs à penser la même chose. Alors, ça vaut le coup d'aller manifester.

C'est toujours un plaisir de se rassembler autour d'un ensemble d'idées. Et tant pis pour les pisse-froid et les frileux qui seront "pris en otage" (je m'en vais les attacher sur une chaise, au fond d'une cave humide, en les menaçant d'une arme, pour qu'ils saisissent la différence avec une vraie prise d'otage...).

Le temps d'une douche, d'enfiler mon blouson en cuir, et j'y vais.

Vingt ans... Putain... 



Dimanche 26 mars 2006

quelques conseils en passant

Suite à mon article sur l'art d'aider nos amis conservateurs, des amis m'ont fait remarquer que, en tant que démocrate, je me devais de donner quelques idées à nos amis manifestants, même si je les déteste (je vous sens septiques, là...).

Dont acte.

Amis manifestants. Après vous avoir laissé jouer un peu, les Princes qui nous gouvernent vont maintenant user de tous les moyens pour vous effrayer et vous saper le moral. Cette sape peut se résumer en quelques points. On va tenter de vous convaincre que :

1- vous seuls êtes responsables de la situation de blocage : la preuve, c'est que quand le Gouvernement vous propose de dialoguer, vous claquez bien vite la porte...

2- vous n'êtes qu'une bande d'irresponsables (notez le paradoxe avec le point 1) qui fout en l'air votre avenir, mais aussi celui de toute une classe d'âge, en faisant des blocus, et que les plaies d'Egypte vont bientôt s'abattre sur vous.

3- vous prenez des risques immenses puisque des casseurs hantent les manifs et qu'ils vont détruire toutes vos belles idées.

Pour vous rassurer, bande de vilains, sachez que :

1- dialoguer suppose deux partenaires qui s'écoutent. Or le gouvernement jouent sur les mots. Il est prêt à parler, tant qu'on l'écoute lui ! Mais il n'est pas dans une politique d'échange. Nos Princes vous méprisent et vous conspuent (et ils ont bien raison !).

2- lutter provoque toujours quelques dommages colatéraux. Les étudiants qui n'auront pas leurs cours arriveront à s'en tirer. Il existe des bouquins, des bibliothèques... Rien ne les empêche de joindre leurs profs, d'obtenir des conseils ou des bibliographies... Ils feront un peu de travail perso... S'ils sont motivés, ils y arriveront. S'ils suffisait d'écouter le cours d'un prof pour s'en tirer à la Faculté, ça ferait belle lurette qu'on le saurait.

3- Les conservateurs ont toujours beaucoup joué sur la Peur. Le "casseur" est un épouvantail qui arrange bien leurs affaires. Pour lutter contre : faites des sittings géants sur des grandes places et ayez les poches vides. Virez vos portables, ou vos MP3, laissez-les chez vous. Ayez le minimum sur vous. Marcher, c'est fatigant. Restez assis, faites des chants, hurlez à tue-tête, organisez un bal géant. C'est beaucoup plus rigolo, vous verrez...

4- Gardez le moral et préservez vos forces, un combat peut durer des années (regardez les intermitants du spectacle...). Vous n'en êtes peut-être qu'au premier acte.

Ah, encore une chose, amis Résistants. Transformez vos billets de banque en instrument de lutte. Ecrivez dessus vos revendications ! Personne n'osera les détruire. Faites circuler vos idées !

Voilà les amis... Et après, qu'on ne dise pas que je n'ai pas fait des efforts pour vous aider... Alors que je vous hais profondément... Prenez-en de la graine, jeunes blanc-becs. Et que la foudre vous frappe et vous réduise en cendre. ;-)



Mercredi 22 mars 2006

De l'art de tourner des grands films qui marqueront le monde du cinéma

Voilà ! On se plaint toujours du cinéma de nos amis étatsuniens, comme quoi ils ne feraient aucun effort et qu'ils feraient du cinéma au kilomètre.

Et bien, figurez-vous qu'ils nous ont entendus... Ils se sont creusés les méninges pendant des semaines (que dis-je ? des mois !) pour finalement nous sortir une création digne de ce nom, issue d'un cerveau enfiévré de scénariste génial :

Pour ceux d'entre vous qui auraient vécu dans une grotte pendant les dix dernières années, le premier opus (dont le synopsis tenait sur une demi-feuille de papier à cigarette) nous narrait l'extraordinaire, la facétieuse et la pittoresque histoire d'un policier qui, devant prendre une couverture, se retrouve à devoir se déguiser en "Big Mama", sorte d'énorme grand-mère gâteau... Bijou de finesse et d'humour léger, cet épisode brillait au firmament d'Hollywood.

On remet donc le couvert ! Quelle grandiose idée ! Rien qu'à voir l'affiche, on prend conscience de la richesse de ce film...

On connaissait le 2 en 1 (shampoing ET après-shampoing), le 3 en 1 (le dentifrice qui renforce les gencives, rafraichit l'halaine ET lave les dents). Voici le 4 en 1, le film qui fait rire (?) sur quatre critères : ici, mesdames, messieurs, pour le prix d'un billet, vous aurez la joie de pouvoir vous moquer des noirs (qui sont des personnes qui aiment rire, et dont les mères sont énormes), des gros (ah, le gros, c'est une valeur sûre...), des hommes qui s'habillent en femmes (ah ! Le travesti, quelle source inépuisable de gaudriole !) et des femmes (qui dira l'excentricité des femmes, surtout lorsqu'elles sont noires ?!).

 Pour le futur n°3 (sûrement déjà en chantier), je propose d'en rajouter une couche, et de développer le concept : ça s'appelerait Big Family... On imaginera que le flic se déguise en famille grosse et... Comment ? Eddy Murphy l'a déjà fait avec "Le professeur Foldingue 2" ? Vous voulez me faire croire qu'Hollywood n'est qu'une vile industrie qui ne fait souvent que du recyclage et de la photocopie ? Oh, ça m'étonnerait bien ! Vous et votre mauvais esprit, alors...



Mercredi 15 mars 2006

De l'art de parler au jeune (la suite)

En France, les étudiants et les lycéens se mobilisent de plus en plus pour lutter contre le gouvernement et son Contrat Première Embauche. Comme je suis un homme bon, et que je suis pour une parité juste et égale, je vais m'adresser aux princes qui nous gouvernent afin de leur prodiguer quelques conseils.

Chers amis conservateurs, tout d'abord, il faut bien que vous compreniez que l'étudiant (et le lycéen) contrairement au salarié classique, n'a pas de crédit consommation, ni de familles à entretenir. A partir de là, ce n'est pas en laissant pourrir la situation que vous y arriverez. Car le jeune n'a rien à perdre. Un cours, ça se rattrape toujours (contrairement à un salaire...). Avant tout, je vous conseille de lire une chronique que j'avais écrite en avril dernier, afin de vous familiariser avec le Jeune.

C'est fait ? Parfait. Voici donc mes conseils du jour :

- Laissez traîner les choses. Faites mijoter. Ainsi le jeune, qui a besoin d'être dressé, prendra conscience qu'on ne peut pas tout avoir tout de suite (règle pédagogique de base). Mais, n'attendez pas trop longtemps (sinon, ça déborde tout partout. En ce moment, c'est limite, là).

- Mobilisez les patrons de chaînes TV et de journaux. Montrez, en gros plan, des jeunes qui souffrent parce qu'ils ne peuvent pas aller en cours. N'hésitez pas à montrer Cécile ou Mustapha (c'est porteur ça, le jeune beur qui veut étudier... Je ne saurai que vous le conseiller !), qui se sont levés à 4 heures du matin, qui ont pris deux trains de banlieue puants et un bus affreux, pour arriver devant une faculté dont les portes sont closes. Faites-leur dire combien ils sont "pris en otage", et combien "les grévistes sont violents". Ajoutez une pincée de casseurs qui ont saccagé deux ou trois choses (une voiture d'un type qui n'a rien fait et qui brûle par exemple). Masquez la violence que vous exercez et focalisez sur les débordements (qui ne sont que la conséquences de ce que vous faites. Mais ça, le Jeune sera trop stupide pour s'en rendre compte). ça a le double avantage de mettre le bon peuple de votre côté, et de miner le moral du Jeune.

- Le Jeune est un crétin notoire (retenez bien ça, et prenez quelques notes, que diable !), qui possède à peine quelques mots de vocabulaire, et dont la culture se réduit aux émissions de télé-réalité. Ne le lui dites pas, vous le vexeriez (c'est que ça se drape vite dans sa dignité ce bestiau-là !). Soyez bien poli avec le jeune, afin de montrer combien, souvent, il ne l'est pas avec vous.

- Faites comme si vous vouliez dialoguer. Invitez des délégations de Jeunes, offrez des petits fours, et agitez du vent. Les délégations de Jeunes partiront furieuses en claquant la porte. Et déclarez alors que les délégations refusent tout dialogue.

- N'hésitez pas à déclarer que les Jeunes sont manipulés. Inventez d'obscures entités que personne ne contrôle ni ne cerne vraiment (quelques exemples de "manipulateurs" : la gauche, les communistes, les trotskistes, les écologistes, les lépreux...)

- Enfin, au bout d'un bon mois et demi, retirez un vague paragraphe de votre projet contre lequel le Jeune se bat. Ainsi, le Jeune aura l'impression d'avoir gagné (alors qu'en fait, il ne sera que revenu à la situation de départ... Légèrement changée tout de même par un reste de votre projet... Car je rappelle que vous n'aurez pas retiré TOUT votre projet).

- N'oubliez jamais, amis conservateurs, que le Jeune est bête et rancunier. Si vous le malmenez trop, il ne votera jamais pour vous. Il faut donc le ménager. Le Jeune s'emporte vite, vous savez. Le Jeune s'enflamme en un rien de temps...

Voilà, amis conservateurs. Je vous laisse. Bon courage avec ce joli conflit, mais je vous fais confiance. Vous avez toute mon amitié.

Sincèrement votre,

Estebàn (un ancien jeune, mis au pas)



Samedi 11 mars 2006

De l'art de vouloir aller toujours plus loin

Depuis un peu plus d'une semaine maintenant, il est dans le box des accusés. Lui ? Un père de famille, responsable de la mort d'un jeune instit' de 25 ans, qui était l'un des adversaires de son fils au tennis. Il avait dilué du Temesta (un tranquillisant) dans sa bouteille d'eau. Malheureusement, l'instituteur s'est endormi au volant de sa voiture alors qu'il rentrait chez lui après le match. Il en est mort.

27 cas répertoriés pour ce père de famille qui tenait à ce que ses enfants (un garçon et une fille, élevés comme des champions dès leur plus jeune âge) réussissent à tout prix. 27 fois cet homme a drogué les adversaires de ses enfants.

Un banal fait divers.

Alors, bien sûr, ce type, s'il est reconnu coupable, doit être condamné. Mais, au delà de cette affaire, je ne peux m'empêcher de penser que cette histoire n'est autre que la bien triste parabole d'une société qui pousse toujours plus loin les individus, qui prône avant tout la performance, qui porte les individus qui réussissent au pinacle (étudiants modèles, chefs d'entreprise ingénieux, sportifs qui remportent une victoire...), et qui fait croire que tout est possible ("Just do it" nous sussure Nike à l'oreille, tandis que Puma nous met des chaussures aux pieds et affirme : "the speed boot gets you there faster").

Véritable machine à créer de la souffrance, le culte de la performance est le pendant de la société de consommation. Pas de place pour les perdants, pour les boiteux, pour les hésitants... Seuls les plus forts gagneront.

A ce jeu-là, une société ne peut que perdre son âme à moyen ou long terme.

Allez pour nous consoler, un superbe film est à l'affiche cette semaine en France...

Dans la Légion, on disait "Marche ou crève". C'est une variante...



Mercredi 1 mars 2006

De l'art de bien ordonner la charité

Hier et aujourd'hui, à la Conférence de Paris (qui réunit une soixantaine de ministres, et d'ONG, ainsi que 17 Organisations internationales) le Prince qui nous gouverne défend son idée phare de la taxe sur les billets d'avion afin d'aider les pays les plus pauvres.

De mon coté, je ne peux m'empêcher de m'interroger. En effet, cette idée, pas tellement plus bête qu'une autre, me semble tout de même reposer, une fois de plus sur de la charité... Et j'ai beau me dire que c'est toujours ça de pris, je ne peux, en même temps, m'empêcher de penser qu'il ne s'agit que de miettes, destinées à se donner bonne conscience.

Oyez, les pauvres ! Vous profitez allègrement des industries occidentales les plus polluantes dans vos pays, parce que ça arrange l'Occident, et qu'elle peut le faire sur vos terres ? Vous acceptez sans broncher que l'homme blanc tout puissant puisse prendre vos sentiers pour des pistes de courses ? Vous vous régalez à l'avance d'être à la merci des cours boursiers qui font, en un rien de temps, s'effondrer les prix de vos récoltes ? Vous remerciez les grandes industries du Nord de vous faire découvrir les bienfaits des OGM ? Et en plus vous avez faim ? Et vous avez choppé le SIDA ? Rassurez-vous, les pauvres ! On va vous filez quelques menue monnaie afin de palier à quelques-unes de nos erreurs...

Je sais, je suis limite de mauvaise foi... N'empêche... Ces mesures ne sont que des erzats, destinées à nous alléger de nos remords. J'imagine par exemple la bonne conscience de ceux qui s'envoleront pour Bangkok faire du tourisme sexuel... Je suis sûr qu'ils seront heureux d'apprendre que, grâce à eux, les pauvres seront un zeste moins pauvres.

Alors, oui, c'est toujours ça de pris, mais ça ne suffit pas. D'accord, commençons par cela, mais ne nous voilons pas la face. ça ne suffit pas. Ces mesures ne peuvent être qu'un point de départ pour une vraie réflexion collective. Et cette réflexion peut aussi englober la gestion de l'argent par les états eux-mêmes. Nous payons des impôts. Pourquoi ne pas inclure, dans nos impôts une tranche spéciale de solidarité, qui pourrait être investie dans des grands projets de vaccination, de formation de médecins, de profs dans les pays les plus pauvres ? Pourquoi ne pas inclure dans nos impôts une tranche réservée à de grands projets écologiques dont toute la planète bénéficierait ?

Parce que, si la charité peut soulager un temps, elle n'est, en aucun cas, une solution à moyen ou à long terme. Elle ne fait que maintenir les individus dans un état de dépendance vis-à-vis de ceux qui leur font l'aumone. Et, franchement, ça me gonfle de jouer à la dame patronesse vis-à-vis des pays les moins favorisés.



Samedi 25 février 2006

De l'art de ne pas s'égarer

Ilan Halimi. Un nom qui résonne dans l'actualité française. Synonyme d'horreur, ce simple patronyme est devenu, en quelques jours, le titre numéro un de toute la presse.

Et pourtant... Qu'avait-il de plus, cet épouvantable fait divers, par rapport aux autres crapuleux faits divers qui émaillent la vie française ou internationale chaque année ?

Et bien, très vite, le mot "antisémitisme" a été prononcé. A partir de là, la machine médiatico-politique s'est mise en marche. Pas de distance, pas de recul, on en était sûr, les tueurs d'Ilan s'en sont pris à lui parce qu'il était juif ! Tout devient clair. Et notre président lui-même de s'afficher, avec la voix pleine de tremblement.

Tout ce défilé, tout cet embalement à quelque chose de profondément dérangeant pour moi. Pour plusieurs raisons :

- Un crime reste un crime. Un meurtre reste un meurtre. Quelles que soient les motivations des criminels, ce qu'ils ont fait reste monstrueux. Qu'ils aient torturé et tué Ilan pour des raisons identitaires, religieuses ou simplement crapuleuses ne change rien. Ilan est mort dans des conditions épouvantables.

- Un Etat, et ses représentants (Président, Premier Ministre...),  doit se garder d'entrer dans le jeu de l'émotion, et devrait plutôt toujours s'attacher à la Raison. L'Etat aurait pu, discrètement, témoigner à la famille sa solidarité. Quel est l'intérêt de s'afficher sous les caméras ? On est dans le grand bain de l'émotionnel, du sentationnel. L'émotion, c'est ce qui fait qu'on va créer des lois absurdes, parce qu'on n'y a pas réfléchi, justement. L'émotion, c'est le terreau préféré des mouvements d'extrême-droite et de Droite extrême qui, comme par hasard, demandent le rétablissement de la peine de mort.

- L'embalement médiatique est à la mesure du temps qu'il faudra aux médias pour passer à autre chose. Dès lundi, l'affaire Ilan sera reléguée à la fin des journaux, alors que les JO (et leur moisson de médailles) squateront à nouveau le devant de la scène.

- Le déchainement de la presse et des médias prend, une fois encore, le pas sur l'enquête policiaire. Pour mener une enquête, il faut du temps. On ne peut pas tout savoir tout de suite. La triste affaire d'Outreau aurait pu nous faire réfléchir à tout cela. On a bien vu les conséquences désastreuses de l'embalement médiatique... Et pourtant, j'ai l'impression de voir un remake. Soyons clairs : au jour d'aujourd'hui, le caractère antisémite du meurtre est loin d'être confirmé...

- Les princes qui nous gouvernent s'émeuvent de la montée du racisme, de l'antisémisme, du communautarisme. Ils ont raison. On doit condamner tout cela. Mais, il ne faut jamais perdre de vue que la pauvreté et l'exclusion vont souvent de pair avec ces attitudes. La société de consommation est une formidable machine à ghettoïser et à séparer les individus. Peut-être faudrait-il mener une réflexion là-dessus... 

- Pour combattre le racisme, le sexisme, l'antisémitisme, l'exclusion et la bêtise en général, on ne peut avoir recours qu'à l'éducation, à la prise de distance, à la Raison et à la Remise en question. L'embalement médiatique est tout le contraire de cela.

Alors, j'imagine la douleur de la famille d'Ilan. Ce doit être épouvantable pour eux. Raison de plus pour les laisser en paix dans leur souffrance. Mon agitation ne servira à rien. On a besoin de silence. Non pas pour oublier, mais, plutôt, pour laisser une famille faire son deuil et la Justice faire son travail.



Mercredi 15 février 2006

De l'art de ne pas emmerder les individus

Imaginons un instant qu'un matin, tandis que votre réveil tinte joyeusement, vous soyiez perclu de courbatures, vous vous sentiez tout faible et grelottant, bref, imaginons que vous ayez une bonne maladie qui va vous obliger à vous rouler en boule sous votre couette.

Comme vous êtes quelqu'un de consciencieux, vous réussissez à ramper jusqu'à votre téléphone pour avertir votre travail. Puis, quand c'est fait, vous appelez un médecin de garde.

Vous ne le savez pas encore, mais nous allons faire une incursion dans la Quatrième Dimension...

Vous vous êtes à peine recouché que le médecin sonne à la porte. Fébrile, vous le faites entrer. Il vous osculte, puis déclare d'un ton péremptoire, que vous êtes effectivement malade. Ensuite, sans préavis, et sans rien vous donner, il repart. Un peu surpris, et de plus en plus fébrile, vous appelez un autre médecin, qui vient, vous osculte, vous dit que vous êtes malade, et vous donne un médicament pour les aigreurs d'estomac, avant de s'en aller. De plus en plus surpris, vous contactez un troisième médecin qui, par téléphone, confirme le fait que vous êtes malade mais vous dit que vous y êtes certainement pour quelque chose (nous sommes en hiver et vous vous êtes mal couvert la veille... Ou encore, peut-être aviez-vous un dossier épineux à traiter au bureau, et vous aviez la flemme...).

Toute votre journée continue sur le même rythme. De plus, des amis et des collègues vous appellent, non pas tant pour prendre de vos nouvelles (ou alors de manière un peu condescendante) que pour vous montrer à quel point ils sont en bonne santé, ou pour vous faire comprendre que votre état dépend de vous, et que vous pourriez vous bouger un peu tout de même, faire des efforts...

Désespéré, vous allumez votre télévision, et là, vous vous apercevez que tous les programmes insistent plus ou moins sur la bonne mine des gens, et vous apprenez qu'on fête joyeusement l'excellente santé de la société.

Voilà... C'était un petit saut dans la Quatrième Dimension... ça vous a plu ? Et vous êtes-vous dit combien ce scénario paraissait absurde ? Aimeriez-vous le vivre au quotidien ?

Facile, les amis... Soyez simplement célibataire dans notre société. Et tout le scénario fiction ci-dessus s'accomplira tranquillement.

Parce que le célibat, pour une société, n'est pas un état "normal" mais plutôt une maladie qu'il faut soigner et éradiquer. En route pour les bons conseils des uns et des autres, en avant pour les solutions "miracles". Et vive la St Valentin, et vive la Ste Catherine !

Il faut être en couple, pas question d'y couper. Il y a un temps pour tout. Vous vous êtes assez amusé(e) ! Si vous êtes célibataire, c'est de votre faute ! Vous êtes un ours mal léché(e), une brute épaisse qui refuse de faire le moindre effort !

Mais rassurez-vous, la société va s'occuper de vous. Elle va vous faire culpabiliser à mort de votre incivisme au travers des médias qui encenseront le couple (ce qui peut faire de vous un bon consommateur d'anti-dépresseurs, soit dit en passant... Il n'y a pas de petits profits !). Et puis, n'oublions pas vos amis qui, avec un peu de chance, fomenteront de délicieux plans pour vous faire rencontrer l'âme soeur dans d'inoubliables dîners... Sans compter que vous leur fournirez un superbe sujet de conversation ("Tu te rends compte... trois ans qu'il est seul..." "Trois ans ! Moi je ne pourrais pas...").

Foutons la paix aux individus. Laissons-les faire leur propre chemin. Certains mettront plus de temps que d'autre pour se mettre en couple... Et alors ? Certains auront dix mille histoires sans jamais se poser ? Et alors ? Certains choisiront d'être célibataire, ou de ne pas avoir d'enfants alors qu'ils sont en couple ? Et alors ?

Arrêtons de nous illusionner et de vouloir nous rassurer en croyant à tout prix que notre chemin affectif est le bon ! Foutons la paix aux autres. Il n'y a pas d'âge pour faire l'amour ! Il n'y a pas d'âge limite pour sa première fois ! Il n'y a aucune honte à ne pas être avec quelqu'un, même si tous les copains autour le sont.

Laissons de coté nos conseils à la noix. Prêtons notre oreille si un(e) ami(e) en a besoin. Ecouter, ce n'est pas résoudre le problème de l'autre. Laissons-le faire, faisons-lui confiance. Ecouter, c'est partager un moment avec l'autre.

Et c'est exactement l'inverse que nous apprend la société de consommation... 



Dimanche 12 février 2006

De l'art de défendre la liberté

Au début de "Rhinocéros", la pièce de Ionesco, quatre personnages sont assis à la terrasse d'un café. Ils sont assis à deux tables différentes. On trouve d'un coté Bérenger et son ami Jean, et de l'autre un logicien et un vieux monsieur. On assiste à deux conversations différentes. Bérenger raconte à Jean son mal de vivre, et Jean tente de le convaincre que tout est une question de volonté. Le logicien, quant à lui, essaye d'expliquer au vieux monsieur la logique en général et les mathématiques. Aucun rapport entre les deux groupes donc. Et ils ne communiquent pas entre eux. Pourtant, à la fin de la scène, se passe la chose suivante :

Jean, à Bérenger - (...) Devenez un esprit vif et brillant. mettez-vous à la page.

Bérenger, à Jean - Comment se mettre à la page ?

Le logicien, au vieux monsieur - J'enlève deux pattes à ces chats. Combien leur en restera-t-il à chacun ?

Le vieux monsieur - C'est compliqué.

Bérenger, à Jean - C'est compliqué.

Le logicien, au vieux monsieur - C'est simple au contraire.

Le vieux monsieur, au logicien - C'est facile pour vous peut-être, pas pour moi.

Bérenger, à Jean - C'est facile pour vous peut-être, pas pour moi.

Le logicien, au vieux monsieur - Faites un effort de pensée, voyons. Appliquez-vous.

Jean, à Bérenger - Faites un effort de pensée, voyons. Appliquez-vous.

Le vieux monsieur, au logicien - Je ne vois pas.

Bérenger, à Jean - Je ne vois vraiment pas.

Le logicien, au vieux monsieur - On doit tout vous dire.

Jean, à Bérenger - On doit tout vous dire.

Ionesco a beaucoup réfléchi sur le langage et sur son caractère limité et absurde. Ici, donc, on peut constater que les mêmes mots, les mêmes phrases, suivant le contexte, peuvent exprimer des choses radicalement opposées.

Il est toujours troublant de constater combien les extrêmistes et les fanatiques n'hésitent jamais à brandir les notions de respect et de liberté, dès qu'ils se sentent menacés (c'est-à-dire très souvent, étant atteints d'un superbe syndrôme paranoïaque). C'est ce que nous faisons tous bien sûr, mais derrière les mots se cachent des réalités fort différentes, et je doute que mes notions de respect et de liberté soient les mêmes que celles de nos amis évangélistes états-uniens ou de nos copains islamistes.

Parce que, soyons-en convaincus, leur respect se limite à eux-mêmes et à leur croyance, et leur liberté à pouvoir supprimer tous ceux qui ne sont pas d'accord avec eux.

Se pose alors la question de savoir si je dois accorder la liberté aux ennemis clairs et déclarés de cette même liberté, et si je dois être démocrate avec ceux qui ont pour objectif de détruire la démocratie dès que possible.

L'affaire des caricatures du prophète Mahomet en ce moment soulève bien ce problème.

Que l'humour démocratique ne soit pas le même que l'humour des fanatiques est une chose (pas vraiment nouvelle ni surprenante). Mais que des régimes extrémistes se permettent de donner des leçons de tolérence et de respect à des démocraties, et que ces mêmes régimes démocratiques commencent à se courber, à présenter mille excuses et à dire qu'il ne faut pas jeter de l'huile sur le feu, c'est une tout autre chose.

Le fanatisme et le fascisme ont toujours l'air redoutable (et ce n'est pas qu'un air d'ailleurs) et la démocratie a toujours l'air, en face, très frêle et fragile. Mais ce n'est qu'une vue de l'esprit. La démocratie peut être quelque chose de terriblement puissant, la non-violence de terriblement efficace (regardons comment le régime anglais est tombé face à Ghandi, en Inde).

Si, individuellement, il faut avoir peur des montées extrémistes et rester vigilent, la société démocratique, en revanche, se doit d'être forte et d'affronter de face la bêtise et l'obscurantisme.

La destruction, les hurlements passionnés, les autodafés n'ont jamais été des moyens démocratiques. Ceux qui y ont recours ne sont donc pas des démocrates. Il n'y a aucun dialogue possible. Qu'on attende qu'ils reviennent à la Raison, qu'on le leur suggère, mais qu'on reste ferme.

Parce que si on cède aujourd'hui, que vont-ils nous demander demain ?



Lundi 6 février 2006

De l'art de ne pas se tromper d'ennemi (2)

Lorsqu'on voit s'agiter le petit NicolaS.S., notre sinistre de l'intérieur, il faut pourtant garder en mémoire qu'il n'est qu'un homme parmi d'autres (un homme rongé par l'ambition, mais un homme tout de même) et que, ce qu'il faut combattre, ce n'est pas l'homme, mais bien les idées qu'il défend. En effet, ses idées, ce sont les mêmes que celles de son camp politique. Ce sont des idées libérales (voire ultra-libérales) et elles lui survivront (malheureusement).

De la même manière, on montre du doigt, en ce moment, le fondamentalisme musulman, avec (et les médias s'en délectent, les bougres !) des ambassades saccagées et des drapeaux brûlés, parce que des journaux ont osé publier des caricatures de Mahomet et de Dieu lui-même...

Pourtant, il ne faut pas croire que ce sont les ultra-musulmans, nos ennemis. Non, non, le fondamentalisme, l'intégrisme ne sont malheureusement pas le monopole d'une seule religion... Pour mémoire, faut-il rappeler que l'Inquisition n'était pas composée de musulmans ?... Et, plus près de nous, il faut se souvenir que, en 1988, l'incendie, à Paris, d'un cinéma projetant "La dernière tentation du Christ" de Scorcese.

Alors, bien sûr, les intégristes évangélistes états-uniens (par exemple) ont sûrement l'air plus présentables et propres sur eux qu'un Ben laden qui vit reclus dans une grotte sans eau courante... Certes... Mais est-il plus fréquentable pour autant ?

Que préférons-nous ? La pendaison par un membre actif du Ku Klux Klan ou un égorgement par un fou de dieu ?

Une fois de plus, les médias nous montrent bien que ce que nous voulons voir au fond... à savoir des intégristes qui ne nous ressemblent pas physiquement... C'est tellement plus facile, et plus rassurant de croire que, jamais, au grand jamais, la folie et l'intolérance puissent être dans mon pays même...

A propos, le Vatican vient de se positionner vis-à-vis des caricatures incriminées... Il considère qu'il y a eu insulte et provocation de la part des dessinateurs.

Apparemment, humour et religion ne sont pas des mots qui vont bien ensemble...



Vendredi 27 janvier 2006

Poésie du quotidien

Pour ceux qui, comme moi, se sentent régulièrement en inadéquation avec leur milieu environnant, la vie n'est pas toujours évidente. En définitive, nous sommes toujours déchirés entre ce que nous voudrions être, ce que nous sommes vraiment, et ce que nous pensons être.

Lorsque ces trois forces convergent, notre joie est grande (qui dira le bonheur que procurent les Trinités ?), mais, malheureusement, cette coïncidence ne se produit pas souvent, et on se retrouve à rêver de somptueuses destinées, tandis que notre quotidien nous donne l'affreuse impression de nous embourber de plus en plus.

Suivant l'actualité du moment et notre vie personnelle, on peut se désespérer de ne pas être un grand orateur, un réalisateur génial, un écrivain essentiel ou un simple sauveur du monde (en toute simplicité...).

Dans ces moments-là, j'aime bien me plonger dans la page des petites annonces de "Libération", rubrique "Se retrouver". Il s'agit de messages de personnes qui se sont croisées, dans un train, un avion, un bus, qui se sont à peine parlées, qui ont échangé un simple sourire, un regard et qui se sont séparées...

J'aime imaginer leurs retrouvailles, je me plais à leur inventer des idylles fabuleuses... Et puis, parfois, je me mets à caresser l'espoir qu'un jour, peut-être, quelqu'un en fera publier une à mon intention...



Mardi 24 janvier 2006

De l'art d'aller toujours plus loin

Le cinéma d'horreur et fantastique s'est tout particulièrement spécialisé dans les suites (appelée aussi séquelles). Pour faire une suite, c'est assez simple. D'abord, vous reprenez, grosso modo, les mêmes personnages et la même histoire. Ensuite, vous en faites PLUS. Peu importe que votre histoire s'appauvrisse, peu importe que ce soit une pâle photocopie de l'originale, pourvu que vous en ayez fait PLUS. Plus de morts, plus d'effets spéciaux, plus de monstres, plus de cascades... Certaines suites du cinéma se portent bien. Je repense à Vendredi 13 (qui compte 10 films, sans parler de "Freddy contre Jason") aux Freddys (6 films + "Freddy contre Jason"), aux Aliens (3 suites + "Alien contre prédator"), aux exorcistes (4 films), aux amityvilles (trois sorties ciné, sans compter une plétore d'autres directement sorties en DVD)...

De la même manière, notre société de consommation invente sans cesse mille et un gadgets technologiques. Le but est toujours d'en faire plus, de sortir LA nouvelle version qui détronera l'ancienne. Peu importe le résultat sur le consommateur (surendettement, dépendance, danger sur sa santé...) ou sur l'environnement (pollution, production de déchets, disparition d'écosystèmes...), pourvu qu'on ait un profit à la clef, et un profit à court terme.

Avec Internet, on a balancé dans nos mains des tonnes de progrès. On nous a vendu des graveurs toujours moins chers, des lecteurs de D-VIX, des mémoires géantes, des disques durs monstrueux et des modems qui permettent de monter à 20 mégas. Des industriels ont créé tout ça. Ils savaient bien ce qu'ils faisaient. Mais ils l'ont fait qunad même. Juste au nom du profit immédiat.

Aujourd'hui on se retrouve avec des gens qui veulent culpabiliser les internautes, les emprisonner, et les mettre sous la contrainte de loi... Le téléchargement, c'est du vol, les téléchargeurs sont des pirates. Mais ne fallait-il pas y songer avant ? Que croyaient-ils qu'on allait faire avec des graveurs ? Copier nos disques durs, stocker nos photos de nos vacances à la Bourboule ?

Arrêtons cette hypocrisie. Oui, des internautes se comportent comme des goinfres, à télécharger à tout va, mais ils ne sont que le reflet du système libéraliste qui fait exactement la même chose. Il suffit de se mater "le cauchemar de Darwin" de Hubert Sauper pour s'en convaincre.

Alors, d'accord, arrêtons le délire, éduquons les gens, donnons des vrais moyens de réfléchir, et prenons le temps. Mais prenons-le vraiment. Que Bill Gates cesse de sortir sans cesse des nouvelles versions de Windows, et qu'on arrête de produire de nouveaux modèles de tout et de n'importe quoi...

Il est toujours intéressant de constater qu'un système libéraliste ne peut s'empêcher de scier la branche sur laquelle il repose. Le but, qui est de s'enrichir à tout prix et au plus vite, est absolument incompatible avec la moindre morale ou la plus petite once d'intelligence.

Il est un proverbe indien qui dit, en substance, que quand le dernier arbre sera coupé, la dernière rivière asséchée et le dernier animal tué, l'homme verra que les billets de banque ont un goût bien fade. Je ne peux m'empêcher d'y songer.



Vendredi 13 janvier 2006

De l'art d'écrire une grande chanson

Ecrire un tube n'est pas chose aisée. On a souvent tendance à se moquer des chanteurs tartes, sans penser que, derrière, il y a souvent des auteurs-compositeurs qui travaillent comme des gorets, dans l'ombre, afin que notre oreille puisse avoir sa bouillie quotidienne.

Aujourd'hui, nous allons remonter le temps et nous intéresser à l'année 1986. Une toute nouvelle chanteuse était découverte : Vanessa Paradis. Son tube : Joe le Taxi.

Avant toute chose, je voudrais remercier l'encyclopédie Wikipédia qui a pu me guider.

Commençons notre fine analyse :

Après avoir claqué une porte (celle du taxi), on entend Vanessa qui articule, d'une voix sûre d'elle "Barbès !". Apparemment, la jeune sotte ne sait pas que Barbès, c'est tout de même vaste comme coin de Paris... Mais le chauffeur n'a pas l'air choqué, et, très aimablement répond "Bienvenue chez Joe !". Sympa le type... Parce que normalement, les taxis parisiens, ce n'est pas l'amabilité incarnée... Bon, mais là c'est l'introduction de la chanson, alors on va pas faire les exigeants dès maintenant...

(saxo, donc, puis :) 

Joe le taxi,
Y va pas partout,
Y marche pas au soda.

Bon, là, déjà, ça commence fort. Non seulement la jeune sotte parle mal (bonjour la syntaxe ! Mais, c'est connu, le jeune est une être décérébré qui ne peut que parler mal !), mais en plus elle vient de tomber sur l'alcoolique de service ! On peut déjà le dénoncer au Petit NicolaS.S., notre Grand et Bon Ministre de l'Intérieur...

(On enchaine :)

Son saxo jaune
Connaît toutes les rues par cœur,
Tous les p'tits bars,
Tous les coins noirs
Et la Seine,
Et ses ponts qui brillent.


On peut apprécier ici l'emploi d'une personnification du saxophone (qu'on associe donc à quelqu'un de vivant) doublé d'une métonymie (l'instrument désigne, en fait, celui qui en joue). Pas mal ! Bien sûr, certains pervers pourront aussi voir le saxophone comme le symbole d'un pénis, ce qui expliquerait les p'tit bars et les coins noirs, mais, moi, je ne mange pas de ce pain là ! Non, mais !...

Dans sa caisse,
La musique à Joe,
C'est la rumba,
Le vieux rock au mambo.

Ah ! Ici, on sent l'allusion multiraciale. Le monde est un, et tout est bon. Notez ici l'intention des auteurs qui, subtilement, font passer un message de tolérance : le rock (USA), la rumba (Afro-Cubain) et le mambo (Latino-américain) se rejoignent (et atteignent le coeur du jeune, qui, je le souligne, parle toujours aussi mal). Vous me direz que, dans un taxi parisien, on a plus souvent RTL et les Grosses têtes que ça... Vous êtes durs, là, vous répondrai-je !

Joe, le taxi,
C'est sa vie,
Le rhum au mambo,
Embouteillage.
Il est comme ça,
Joe - Joe - Joe.

On a bien la confirmation de l'alcoolisme du garçon : il se torche au rhum, tout en écoutant, à fond, de la musique... Sympa pour les piétons qui traversent ! Bon, vous remarquerez qu'il ne fait ça que dans les embouteillages, enfin, quand même...

Dans sa caisse,
La musique à Joe résonne.
C'est la rumba,
Le vieux rock au mambo bidon.
Vas-y Joe,
Vas-y Joe,
Vas-y fonce,
Dans la nuit, vers l'amazone,

On peut noter au passage plusieurs points : 1- La chanteuse commence à se lasser de la musique DE Joe (le mambo est "bidon"!) 2- Les auteurs commencent eux-même à fatiguer (à ce stade, on a déjà répété 10 fois le nom de "Joe" / 3 fois "mambo" / 2 fois "rock" et "rumba"). C'est là qu'intervient la page culturelle !

Joe le taxi,
Et Xavier Cugat,
Joe le taxi,
Et Yma Sumac,
Joe - Joe - Joe,

Mais qui sont ces gens ? (en attendant que je vous le dise, on ajoute 5 à notre nombre de "Joe"). Filons de ce pas sur Wikipedia.fr pour nous renseigner.

Yma Sumac est une chanteuse péruvienne née le 10 septembre 1927 à Ichocan dans la Région de Cajamarca (Pérou). Sa voix extraordinaire, 4 octaves et demi, en font la plus belle voix des temps modernes. Zoila Augusta Emperatriz Chavarri del Castillo, plus connue sous le nom d'Yma Sumac, descendait du dernier empereur inca Atahualpa. Découverte durant la fête de l'Inti Raymi, la célébration en l'honneur du soleil, elle commença sa carrière avec des tournées en Amérique du Sud avec la Compagnie péruvienne des arts. Elle continua avec des programmes radios et des films. En 1940 elle part vivre aux États-Unis et vit de petits contrats jusqu'en 1950, où son style exotique et insolite est remarqué par la société Capitole Records. Elle commence à faire des disques qui l'emmènent à Broadway pour une comédie musicale puis un film à Hollywood avec Charlton Heston. Son mari et mentor, Moisés Vivanco, décida de partir des États-Unis et de faire une tournée mondiale après des problèmes avec le services des impôts. À son retour, 5 ans plus tard, personne ne se rappelait plus d'elle. Elle décida de divorcer et resta vivre en Californie.

Xavier Cugat (né le 1er janvier 1900 à Gérone, Espagne - 27 octobre 1990) est un artiste et musicien espagnol, surnommé le roi de la rumba. Fasciné par le luthier de sa ville, la légende prétend que ce dernier, lassé de ses questions, lui donna un violon. Peu après, sa famille émigra à Cuba où il fit la connaissance des rythmes tropicaux. À 12 ans, il devient premier violon à la Havane. À 15 ans, il émigre aux États-Unis et trouve immédiatement du travail pour la tournée d'Enrico Caruso. Comme il prétendait n'être pas assez bon au violon, il abandonne son instrument. Il part travailler à Los Angeles comme caricaturiste. Travail trop contraignant, il fonde le groupe de Cugat and the Gigolos : c'est avec ce groupe qu'il captive les audiences et les danseurs, avec une musique qui sera appelée plus tard la rumba. Il s'installe à l'hôtel Waldorf-Astoria et devient le groupe résident. De son surnom Cugie, on retiendra également son amour des femmes (4 mariages). Dans les années cinquante, Abbe Lane était sa chanteuse et plus tard, dans les années soixante-dix et quatre-vingt Charo (sa 4e) chantait pour lui et était payée comme chanteuse folk.

On fait moins les malins, hein ! ça vous en bouche un coin ! Jamais vous n'auriez cru que cette chanson puissent regorger de références culturelles ! A çà, une explication : il fallait des rimes, diront les plus vils d'entre vous... Ce que vous pouvez être suaves, quand vous vous y mettez ! Allez, on termine vous m'énervez...

Joe, le taxi,
C'est sa vie,
Le rhum au mambo,
Embouteillage,
Joe le taxi,
Et les Mariachis,
Joe le taxi,
Et le cha-cha-chi,
Joe le taxi,
Et le cha-cha-chi,
Vas-y Joe,
Vas-y fonce,
Dans la nuit, vers l'amazone.

On reprend nos leitmotiv : l'alcoolisme de Joe, son amour de la musique (avec l'allusion subtile sur les mariachis et la musique mexicaine) et de l'Amérique (relevez le merveilleux champ lexical de l'Amérique : mambo, rock, mariachi, amazone). Mais, pour enrichir cela, on ajoute "et le cha-cha-chi"... Pauvreté de la phrase ? Que nenni, bande de gueux ! Allusion fine au fait que le "mambo" est une danse à quatre temps (comme le titre de la chanson qui comporte quatre pieds !) qui s'inspire de la rumba et du cha-cha-cha !

Voilà les amis... Vous voyez, je suis sûr que vous n'écouterez plus jamais cette chanson (et les autres) de la même manière... Pensez à ces auteurs qui triment pour vous et qui suent pour votre plaisir.

Remercions-les... Et pour reprendre ce grand standard d'Elvis, aimons-les tendre, aimons-les vrai !



Jeudi 12 janvier 2006

Trois ou quatre choses en passant

- On était à peine remis de notre bourative dinde aux marrons, on avait encore des renvois de mousseux, on finissait à peine de nettoyer nos nains de bûche, on se demandait encore si on aurait le courage de balancer le thermomètre-baromètre en forme de coquille Saint-Jacques offert par une quelconque grand-mère, bref, et en deux mots le père Noël était à peine parti, que voilà sa femme, la mère Soldes de janvier. Vous vous êtes ruinés en cadeaux de Noël, bon peuple ? Votre carte Visa est toute molle, tellement vous l'avez utilisée ? Laissez tomber votre morosité ! Venez compenser et jetez-vous allègrement dans le tourbillon des soldes de Janvier... et si vous en avez besoin, n'hésitez pas à utiliser tous les crédit consommation et autres réserves d'argent... Lâchez-vous, c'est fait pour ça ! La Société de Consommation vous aime. Montrez-lui combien vous l'aimez ! Et n'oubliez pas... le bonheur est OBLIGATOIRE. Les soldes de Janvier, c'est la deuxième lame du rasoir. La première lame de Noël vous tond à vif, la deuxième lame des Soldes vous ruine avant que vous puissiez vous refaire.

- Le Petit NicolaS.S., notre Divin et Grand Ministre de l'Intérieur, n'arrête pas de s'afficher. Et les médias continuent à ne pas pouvoir s'empêcher de le suivre. Qui est le plus indécent ? Qui est le plus vulgaire ? Entre les boeufs, mon coeur balance...

- J'ai discuté l'autre soir avec un fan de Sam Raimi. Il est arrivé à me convaincre que Spiderman et sa suite sont de très bons films. Je m'incline, parce que son argumentaire était convaincant... Peut-être parce qu'il est aussi arrivé à me faire dire que je n'étais pas un fan des super-héros et des comics... Après qu'il m'a convaincu, je l'ai poussé dans un puits très profond avec des orties et des rats au fond. Il le méritait !

- Le site de musique légale et téléchargeable gratuitement (www.jamendo.com) est répertorié sur l'excellent site qui répertorie tous les sites de ce genre : www.musique-legale.info/



Dimanche 1 janvier 2006

De l'art d'exploiter la répétition

Lorsqu'on regarde une vie, et c'est encore plus vrai lorsqu'on regarde notre propre vie, on prend pleinement conscience du caractère répétitif de cette dernière.

Chaque jour, on se lève et on exécute à des horaires plus ou moins réguliers, les mêmes tâches dans le même ordre. Qu'on soit étudiant ou garagiste, le caractère répétitif des choses est dans la nature même de nos vies

A l'échelle d'une société, on se rend compte que cela ne marche pas autrement. Une année est marquée d'événements qui rythme la vie des individus de la collectivité : Nouvel An, Noël, Halloween, 14 juillet, 1er mai, ...

Pourtant, et paradoxalement, il est dommage (même s'il est tentant) de croire que nos vies ne sont que d'éternelles reproductions de la veille.

Si en surface, cela semble le cas, on peut aisément voir qu'en profondeur, il n'en est rien. Chacune de nos journées possède des raisons différentes de la vivre. Pareille au fleuve d'Héraclite (on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve), la nature est en perpétuelle changement, et ce qui est vrai un jour ne l'est plus forcément le lendemain, parce que, justement, des données ont changé (ne serait-ce que notre place dans l'univers, avec notre planète qui a sans cesse la bougeotte...).

L'écoulement du temps a toujours intéressé l'Homme, seul animal capable de percevoir l'ultime aboutissement du Temps, à savoir la Mort.

L'écoulement du Temps a donc inspiré les philosophes, les scientifiques, et, bien sûr les artistes.

Art de l'éphémère, le Land-Art repose justement sur ce rapport au temps (je vous renvoie aux travaux géniaux de Andy Goldworthy par exemple).

Le rapport au Temps, c'est donc aussi notre propre rapport à la répétition. Andy Wharol avec ses boites de soupes Campbell a apporté sa pierre dans cette réflexion.

Malheureusement, d'autres "artistes" font une carrière sur la répétition. J'en veux pour preuve Anne Geddes, qui a su transformé une (pauvre) idée en industrie. Elle savait tenir un appareil-photo, elle s'est jeté à corps perdu dans l'exploitation mièvre et mielleuse d'un lieu commun idiot, à savoir que le bébé est la plus belle chose au monde (surtout quand c'est un "enfant de l'Amour").

Qui dira l'angoisse totale de tout jeune parent qui n'est pas à l'abri d'une production Anne Geddes. Livres, agendas, posters... Tout se décline merveilleusement...

Quand je vois ce genre de chose, j'ai l'impression que mon monde se fige. Parce que non seulement c'est niais, non seulement je passe pour un horrible insensible amputé du cœur, parce que je ne m'extasie pas devant ces bébés déguisés avec tant de soins et de goût, mais en plus, j'ai l'impression d'une répétition absolue, comme si tout était toujours pareil.

La répétition (ou devrais-je dire l'usure jusqu'à la corde) d'Anne Geddes, me ramène à ma propre vie. Si un artiste (qui fréquente la Liberté plus souvent que moi a priori) fait toujours la même chose, qui me dit que ce n'est pas exactement mon cas dans ma propre vie ?

Capturons Anne Geddes, déguisons-la en fleur géante, enduisons-la de miel et jetons-la dans une ruche...

Juste pour le plaisir...



Jeudi 15 décembre 2005

De l'art de construire une société

La Passion et la Raison sont deux instances qui, à chaque instant de notre vie, nous gouvernent. Inséparables, ces deux terribles soeurs doivent toujours rester ensemble pour gouverner. C'est ainsi que se forme notre propre conscience intérieure.

La Passion pourrait, peu ou prou s'assimiler au "ça" Freudien, tandis que la Raison s'accomoderait volontiers du "Surmoi". La Passion est notre part de rêve, la Raison est notre instance de réalité. Ainsi, on comprend aisément que, si l'on supprimait en nous l'une de ces deux instances, nous deviendrions vite (au choix) des monstres sanguinaires ou des êtres d'une froideur extrême, sans aucun sentiment.

Une société démocratique, au contraire, pour se construire et perdurer, se doit de canaliser au maximum toute Passion. Si l'on accepte de laisser la Passion prendre les rènes d'un gouvernement, on voit rapidement ce que ça peut donner. Hitler ou Staline, en cela, était de grands passionnés...

Une société est un concept, une construction, qui repose sur l'idée que des gens ont envie de vivre ensemble, et en paix. En cela, étant donné qu'on veut vivre ensemble, il va falloir mettre au point toute une quantité de règles, communes à tous. On s'éloigne donc le plus possible de la notion de Passion, particulièrement lorsqu'on introduit des mots comme Liberté, Egalité ou Fraternité.

Une société se doit de ne jamais réagir comme le ferait un simple individu. D'abord parce que ça rendrait les choses très compliquées (suivant la taille, l'âge, le sexe, les origines sociales de l'individu qui va faire Justice, par exemple, les réactions peuvent être diverses), ensuite parce que ça contredirait forcément la notion d'Egalité devant la loi (toi, tu me plais, alors, je suis gentil ; toi, tu me déplais, alors, je suis sévère). C'est pour cela qu'il y a création de Lois humaines.

Lorsqu'on pose la notion d'Egalité, dans un premier temps, hormis quelques personnes au cerveau embrumé, on ne conteste guère cette notion. Mais, très vite, on atteint nos limites d'individus. En effet, si j'accepte, plus ou moins bien, que Michel Pinchon de Locmariaquer, ou Fabienne Petitpied de Chicoutimi puissent être mes égaux, il m'est plus difficile (voire impossible), en revanche, d'avoir le même raisonnement pour un sanguinaire tueur d'enfants, un serial killer, un violeur récidiviste, un proxénète notoire, un pédophile ou encore un dictateur.

C'est ici que se joue toute la notion de Société et de Justice. A ce moment précis, la Société est là pour nous protéger de nos travers et doit se substituer à nos raisonnements qui, eux, condamnent a priori.

Même si c'est inconcevable, une Société démocratique (j'entends profondément démocratique) se doit de défendre tout le monde, y compris le moins défendable d'entre nous. D'abord parce qu'il peut être innocent (regardez ce qui s'est passé au procès d'Outreau, en France, où des innocents ont été condamnés à tort...), ensuite parce que tout homme, quoi qu'il ait fait, reste malgré tout mon égal.

C'est en cela que la peine de mort est parfaitement incompatible avec une véritable idée démocratique. Parce que la peine de mort, c'est le premier réflexe qu'aurait un individu (tu as tué, je te fait la même chose). Et c'est pour cela même que la Société ne doit surtout pas agir de même.

(extrait du discours pour l'abolition de la peine de mort, de Robert Badinter, Ministre de la Justice et garde des Sceaux, le 17 septembre1981, à l'Assemblée Nationale)

"M. le garde des sceaux. (...) Les choses sont claires. Dans la majorité écrasante des démocraties occidentales, en Europe particulièrement, dans tous les pays où la liberté est inscrite dans les institutions et respectée dans la pratique, la peine de mort a disparu.

M. Claude Marcus. Pas aux Etats-Unis.

M. le garde des sceaux. J'ai dit en Europe occidentale, mais il est significatif que vous ajoutiez les Etats-Unis. Le calque est presque complet. Dans les pays de liberté, la loi commune est l'abolition, c'est la peine de mort qui est l'exception.

M. Roger Corrèze. Pas dans les pays socialistes.

M. le garde des sceaux. Je ne vous le fais pas dire. Partout, dans le monde, et sans aucune exception, où triomphent la dictature et le mépris des Droits de l'Homme, partout vous y trouvez inscrite, en caractères sanglants, la peine de mort. (...) "

La Justice se doit de prendre son temps, de réfléchir, de disséquer, d'analyser, ce que ne peut pas faire un individu en souffrance, parce qu'il en est incapable, et que, décemment, on ne peut pas lui demander cela.



Mardi 13 décembre 2005

Petit hommage

Cher Tookie,

Quand ma lettre te parviendra, tu seras déjà mort depuis un moment. On ne se connaissait pas, pourtant j'ai une immense sympathie pour toi. J'avoue, j'ai appris ton existence ce matin, à la radio. J'avalais mon thé, il était sept heures. Je me disais que j'avais hâte d'être le soir, que le boulot me crevait, que bientôt c'était Noël, que j'avais hâte de bouger un peu... Et voilà qu'au milieu de ces pensées, j'ai fait ta connaissance.

Toi, tu étais dans le couloir de la Mort, en Californie, et il ne te restait plus que deux heures à vivre.

Deux heures... merde... où allais-je être à neuf heures ? En plein boulot... Je me suis promis de penser à toi. Et puis j'ai oublié. Je n'ai réalisé mon oubli que vers dix heures... Tu étais mort, depuis une vingtaine de minutes. Pardon, Tookie...

On ne se connaissait pas, et pourtant, j'ai une grande sympathie pour toi. Parce que, encore une fois, tu es la victime d'un système écoeurant. Et puis, tu es un homme, simplement, et je n'arrive pas à comprendre comment un système judiciaire peut encore proner la peine de mort.

J'aurais voulu que tu sois né dans un autre pays Tookie, que tu aies d'autres papiers, que tu sois canadien ou européen, juste pour t'éviter ça.

C'est con. Tu n'es pas né au bon endroit, ça a été là ta première erreur.

J'espère que, là où tu es, tu vas mieux. J'espère...

Moi, ça va. Demain, je me lève, et une nouvelle journée m'attend.

Ce sera mon premier matin sans toi Tookie, et ça me fait drôle de penser ça.



Vendredi 9 décembre 2005

De l'art de rester dans la norme

La France, pays des Droits de l'Homme, se fait le chantre de la diversité et de la multiplicité. Contrairement à nos amis états-uniniens, la France s'enorgueillit de posséder une vraie démocratie, avec un vrai débat de fond, et des tas de candidats aux élections.

Pourtant, dès qu'on aborde certains sujets, étrangement arrive une sorte de consensus gigantesque et rares sont les voix dissidentes qui peuvent s'élever. En politique, par exemple, on peut citer le nucléaire ou les OGM. Sur ces sujets, derrière lesquels s'abritent de gros lobbies, on sent bien qu'on est gênés, et qu'il serait plus sage de discuter d'autre chose.

C'est encore plus criant si l'on prend un sujet sportif. L'an prochain a lieu le Mondial de football. Tout à coup, les ennemis d'hier seront nos alliés. Plus de droite, plus de gauche. Main dans la main, les frères et sœurs de tout bord fêteront la victoire de leur camp. Tout à coup, cela deviendra l'actualité principale, et, à moins d'un attentat immense, ou d'une catastrophe sans précédent, l'actualité du Mondial supplantera tout le reste.

Je fais malheureusement partie des gens qui n'aiment pas le football en particulier, et le sport en général, à la télévision. Ce n'est pas par provocation, contrairement à ce que croient les footeux convertis ; non, ça m'ennuie, et puis c'est tout. J'ai essayé, je vous assure. J'ai regardé des matchs avec des amis, des bières et des pizzas ; j'ai hurlé avec les loups ; je suis même allé au stade Vélodrome de Marseille, voir une rencontre OM - Monaco... Mais non, je ne me sens pas à ma place. Je n’éprouve rien face à vingt-deux sportifs courant après une balle, je ne prends aucun plaisir à chanter des hymnes à la gloire de l’alcool, de la sexualité, et de la crucifixion des arbitres.

Mais là, je sens avoir franchi une limite. Comment puis-je remettre en question cette grande fête ? Qui suis-je pour oser demander le prix que ça coûte, tout ça ? Ce que je peux être rabat-joie à poser des questions sur le dopage...

Et je ne parle pas des Jeux Olympiques… Mauvais français que je suis de m’être réjoui que ça se passe ailleurs que chez nous, parce que c'est un machin hors de prix, à mes yeux. Mais ça, c’est sûr, ce n’est que de la provo… C’est ça le truc… j’aime me faire remarquer…

Même pas, en définitive, c’est ça le pire. Croyez-moi, j’aimerais être plus souvent d’accord avec la majorité. J’aimerais être normé, parce que c’est beaucoup plus facile. Avoir les mêmes idées, les mêmes pratiques que la majorité, c’est l’assurance de rapidement s’intégrer, d’avoir des tonnes de connaissances, et de pouvoir s’incruster dans n’importe lequel des sujets de conversation majoritaires.

Qu'il doit être doux de pouvoir glisser dans une urne un bulletin de vote pour le petit NicolaS.S. !

De la provocation dans tout ça, remarquez, peut-être bien, mais cette explication ne marche que pour des sujets intellectuels ou politiques. Mais si on aborde les questions de sexualité, par exemple, ça devient plus délicat. Comment croire qu’un être humain, sain d’esprit, choisisse sciemment de se mettre hors-norme ? Réalise-t-on le possible calvaire des ados qui se sentent homosexuels ? Se met-on disons quelques heures dans leur pompes, juste pour voir ?

Etre hors-norme est plus souvent subi que choisi, malheureusement, et on devient vite un écorché vif à vivre ainsi. Parce que, tôt ou tard, nous viennent des idées fascisantes où on imposerait, au monde entier, nos goûts, nos opinions et nos couleurs, et, qu’en même temps, cette image de nous-même nous dégoûte.



Lundi 5 décembre 2005

De l'art de faire dériver une démocratie

Il est un proverbe indien qui dit qu'il ne faut jamais juger quelqu'un avant d'avoir passé deux lunes dans ses mocassins.

J'aime cette notion parce qu'elle prend en compte le facteur temps, et que c'est souvent ce qui nous fait défaut dans notre société de consommation, et chez les princes qui nous gouvernent.

Quand je voir notre Ministre de l'Intérieur s'agiter, je ne peux pas ne pas penser à ce proverbe. D'abord parce que lui-même serait absolument incapable de l'appliquer. Prendre le temps d'observer les choses, regarder sans faire de bruit, analyser sans broncher, en un mot raisonner, tout ça, c'est extrêmement difficile pour lui.

En revanche, cela fait, en France, un sacré moment qu'on a tout le loisir de l'observer, le Petit NicolaS.S.

Outre sa soif de pouvoir et son ego démesuré (quand je vois son ego, je me dis que le mien est tout de même nettement moins encombrant !), le Petit NicolaS.S. manie la langue plutôt bien et se pose en bon orateur.

Il faut lui reconnaître cette force. Parce qu'en face de lui, on a du mal à argumenter. Il semble avoir souvent raison, et paraît toujours énoncer des vérités exactes, tellement elles sont évidentes.

C'est une apparence.

Le Petit NicolaS.S. est toujours ravi d'être invité dans les débats, parce qu'ainsi, il peut nous faire croire que sa pensée est une pensée raisonnable, au même niveau que la notre. Ce vieux paradoxe, on l'apréhende lorsqu'on met des nazis et des juifs ou encore des astrologues et des scientifiques dans un même débat. Lorsqu'on débat avec des extrèmistes ou des illuminés, on considère leur pensée comme un équivalent de la notre, on accepte le fait, qu'on le veuille ou non, qu'ils émettent des idées aussi raisonnables que les notres. En un mot, leur pensée et la notre se valent. Le Petit NicolaS.S. veut nous faire croire qu'il est raisonnable et prêt à nous écouter. C'est une grave erreur.

Soyons clairs. On ne peut argumenter qu'en présence de gens qui acceptent, à la base, que notre opinion est tout aussi respectable que la leur. Or, bien souvent, les extrèmistes ont plutôt dans l'idée de nous convertir ou de nous anéantir...

Le Petit NicolaS.S. semble exprimer de belles idées, et de superbes évidences. Mais, derrière ses mots, il existe tout un système de pensée, extrèmement conservateur, et furieusement réactionnaire, qui ne supporte pas la moindre contradiction.

Etant d'origine guadeloupéenne, si je raconte une grosse blague anti-noir à des amis proches, pas un ne me soupsonnera de ne pas pratiquer le second degré. Si maintenant un skinhead énonce la même blague que moi, avec strictement les mêmes mots, sa blague prendra un tout autre sens... Derrière les mêmes mots, il y a toute une pensée et toute une vision de la société.

Quand on écoute le Petit NicolaS.S., il faut toujours décrypter la pensée derrière, et ne pas s'arrêter à ses mots.

Notre ministre de l'intérieur est un démagogue avide de pouvoir, qui a du prendre des leçons de marketting auprès des scientologues (merci Tom Cruise...). Et ce n'est pas avec des types pareils qu'on peut penser construire des sociétés un peu plus justes et un peu moins violentes... au contraire...


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