Vendredi 10 mars 2006
Je vous avais déjà raconté l'histoire de la pub Orangina ? [pour ceux qui la connaissent, parce que j'en ai déjà parlé il y a un an, passez au paragraphe suivant. Pour les autres la voici :] Un jour, un français a voulu inventer une nouvelle boisson pétillante. Malin, le type avait noté qu'il existait des sodas à l'orange, mais que tous étaient chimiques. Alors, pour faire "moins chimique", il eut l'idée de mettre, dans son soda, de la pulpe d'orange. Mais, l'horreur se révéla à lui : la pulpe, qui était plus lourde que le liquide, tombait au fond, et stagnait, tandis que la boisson devenait semi-translucide et vilaine... Et là, tel Newton sous son pommier, il eut l'illumination : le terrible défaut de sa boisson pouvait devenir un atout génial. Il venait d'inventer le premier soda qu'il fallait secouer ! Ainsi naquit "Orangina". Le défaut de la boisson devint un formidable argument de vente et le slogan "secouez-moi" perdura jusqu'à nos jours.
[Voilà ! pour ceux qui connaissaient l'histoire, vous pouvez reprendre votre lecture... Pour les autres, bin, continuez-là... Vous en avez de bonnes, vous !] Tout l'art de nos amis qui bossent dans la publicité est donc de mettre en valeur un produit, quand bien même ce produit est plein de défauts. Car ils savent bien que la notion de "défaut" n'est en définitive qu'un point de vue (c'est la fameuse idée de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide !).
L'automobile a, pendant des dizaines d'années, été présentée comme une révolution technologique de tout premier ordre. Et puis voilà que quelques empêcheurs de tourner en rond se sont présentés : il s'agissait en fait de hideux hippies hirsutes (pas facile à prononcer ça, hein ?) qui sont arrivés (les fourbes !) à montrer que la voiture était avant tout un objet polluant qui nous mettait en péril à plus ou moins court terme... Alors, nos amis créatifs se sont grattés la tête (répendant, au passage, les quelques pellicules restantes, après un traitement de fond au Head & Shoulder, sur leurs bureaux immaculés), jusqu'à ce que l'un d'eux s'exclame "Euréka". Ainsi naquirent les NOUVELLES campagnes de publicités sur la bagnole.
En voici donc un exemple :

Notez donc les subtilités de cette campagne :
1- On ne vous dit pas que la voiture est propre. Ce serait un mensonge. On vous dit que ce sont les promotions qui le sont...
2- En associant les mots "propre" et "nature" à l'abréviation HDI, on sous-entend que ces trois choses vont bien ensemble.
3- Pour enfoncer le clou, on a inclu, dans le visuel, des feuilles d'arbres, au dessus de la voiture. Les feuilles "chapautent" la voiture, elles la parainent en quelques sortes. Mettre les deux images côte à côte sous-entend, là encore, que les deux choses vont bien ensemble... Elles vont tellement bien ensemble que les couleurs se complètent (le rouge / le vert). Peugeot arrivent à marier deux réalités qui, jusque là s'excluaient mutuellement...
Si je voulais pousser plus loin encore, j'ajouterai tout de même que les feuilles d'arbre sont probablement des feuilles de platane, l'arbres des villes par excellence, l'arbre bien costaud qui supporte à haute dose la pollution... Mais bon, après, vous allez dire que j'ai mauvais esprit (si, si, je vous connais...).
Mais le plus intéressant reste à venir. En bas, et en petit, à gauche de l'affiche, voici ce qu'on peut remarquer :

Et oui les amis... Le voilà le joli message subliminal. Total, c'est le gros pollueur à qui on doit, entre autre, le superbe naufrage de l'Erika, qui a redécoré les côtes de l'Espagne, du Portugal et de la France, avec son gentil pétrôle. Et ça, croyez-moi, "la nature s'en souvient"... Total (comme tous les gros groupes pétroliers) est tout sauf écologiste. C'est une entreprise qui a pour but d'engranger un maximum de bénéfices, même si, pour ça, on doit sacrifier la nature et la vie elle-même. Mais en l'associant à cette campagne, on oeuvre pour l'image de ce groupe...
Il paraît que les feuilles mortes se ramassent à la pelle... Ramassons donc celles de l'affiche. Ensuite, gardons la pelle, ne changeons pas de main, et fichons un grand coup dans la figure des créatifs !
ça ne fait pas avancer grand chose, mais, bon dieu ce que ça soulage...
Publié par Estebàn
à 2006-03-10 02:04:08
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Vendredi 3 mars 2006
Je sais, les amis, cette rubrique vous manquait. Bien sûr, vous étiez trop timides pour me le dire, mais, à chaque nouveau post, je vous sentais piaffant d'impatience à l'idée de retrouver cette fameuse rubrique "Le publicitaire est ton ami". Et, bien sûr, ces derniers temps, vous repartiez le coeur meurtri. Oh, bien entendu, vous aimiez bien mes photos, vous trouviez que God is an astronaut était un groupe qui avait l'air sympa, vous appréciiez peu ou prou ma prose et mes vers, et mes chroniques d'humeur gardaient à vos yeux un certain standing... Mais, n'empêche... Vous étiez en manque...
Et bien, ami(e)s de cette rubrique, soyez comblé(e)s, parce que je vous ai dégoté une nouvelle perle. Il s'agit de la dernière campagne Monoprix, les célèbres grands magasins.

Donc, voici une jeune femme souriante, à gauche de l'image, et un grand slogan qui dit : "mettons du beau partout". En bas, on trouve le logo ainsi qu'un autre slogan "On fait quoi pour vous aujourd'hui ?". Voilà. Simple, efficace.
La cible est donc clairement la femme de 25 - 35 ans, qui aime la mode (on le voit à sa tenue) et qui aime prendre soin d'elle.
Ce qui est intéressant, c'est, une fois de plus, de constater l'image de la femme véhiculée par cette campagne, issus de créatifs lobotomisés d'écoles de publicitaires.
1- Notons d'abord l'extrême candeur de cette femme (regardez-moi ce sourire et cette manière de tenir son collier...). Elle est simple, jolie, et surtout naïve. On fleurte ici avec l'idée de la femme-enfant. Les caractères et la police du slogan, d'ailleurs, nous rappellent l'école primaire, les feutres de couleurs et les gentilles maîtresses.
2- La femme est donc une enfant dont on doit s'occuper, car elle est tout sauf indépendante. Le slogan de Monoprix, à ce sujet, est très clair : "On fait quoi pour vous aujourd'hui ?". On est toujours obligé de s'occuper d'une femme, parce qu'elle est bien incapable de décider toute seule.
3- Une des raisons de cette incapacité génétique à s'occuper d'elle est dû au fait simple que la femme est bête. Pour nous le prouver, notre publicitaire, toujours sous couvert d'humour, a cru bon d'ajouter, sur l'affiche, des petites flèches afin de nous désigner les endroits où on peut mettre du beau (parce que la femme est trop gourde pour le décider elle-même, je le rappelle...). Et voici, justement, ce que cela donne :

Notez la blondeur de la femme (ce qui explique sa naïveté et sa simplicité d'esprit) et la flèche qui indique l'endroit où mettre du "beau". A peu de choses près, on pourrait dire que du beau serait nécessaire dans le cerveau de la belle, non (ou encore qu'elle aurait peut-être besoin d'un beau cerveau...) ?
Alors, bien sûr, vous me direz qu'il s'agit d'une simple coïncidence, que c'est moi qui voit le mal partout, que vraiment je cherche la petite bête. Certes, certes, mais alors, expliquez-moi pourquoi une flèche a été mise là ? Pourquoi n'a-t-elle pas été mise, disons, 20 cm plus haut ? Et puisque j'y suis, vous pouvez m'expliquer, vous, la flèche qui suit ?

4- Et oui, les amis, on y revient. La femme est avant tout un être de désir, qui est là pour assouvir tous nos fantasmes. La preuve, regardez comment elle s'habille ! Remarquez comment la flèche épouse bien ses formes et permet de nous donner une idée de la manière de mettre du "beau" dans la femme.
5- Parce que, en définitive, la femme est bien un objet. Quand on me dit "on met du beau partout", et qu'on me montre une femme, j'en déduis qu'une femme, ce n'est que du "beau". La femme est un beau produit, qui va me permettre de mettre en valeur un lieu, de la même manière qu'une plante d'appartement (ne dit-t-on pas à propos de certeines femmes qu'elles sont des "belles plantes" ?) ou un tapis.
On récapitule : une femme est un enfant, incapable de la moindre décision sérieuse (parce que bon, reconnaissez-le, vouloir mettre du beau partout relève de l'extrême sottise...), qui adore la futilité, et qui reste, avant tout, un formidable objet sexuel.
Vous voyez, grâce à nos amis publicitaires, il est tout de suite plus simple de comprendre le monde qui nous entoure...
Publié par Estebàn
à 2006-03-03 03:52:01
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Dimanche 30 octobre 2005
Le conservatisme est toujours le premier réflexe des êtres humains. Malgré l'évidence du changement perpétuel dans la nature, nous restons accrochés à l'idée que tout sera toujours comme nous l'avons connu.
Cette illusion est là pour nous rassurer et pour nous faire accepter l'insupportable, à savoir que nous allons un jour disparaître et que nous ne contrôlons pas grand chose en définitive. Car si nous restons responsables de chacun de nos actes, nous ne maîtrisons absolument pas une quantité de facteurs qui régissent notre existence.
L'illusion de la durée se double d'une autre illusion qui est celle qu'on peut facilement appréhender la complexité qui nous entoure.
Ainsi, des voyageurs, forts d'un séjour de quelques semaines à l'étranger, sont capables de dire qu'ils se sont faits un pays ("On s'est faits le Maroc, en avril... Très sympa ! Un accueil... fôôôôrmidable... et la nourriture de l'hôtel était délicieuse...").
C'est le premier pas vers le cliché ou le lieu commun, généralité vide de sens, qui prétend, en une phrase, tout analyser, tout résoudre, tout comprendre. C'est le principe du proverbe. C'est l'argument d'autorité par excellence.
Voici une campagne publicitaire toute simple.
 
On nous propose un bouquet de chaîne cablée. On y voit deux visages, en gros plan. Autour d'eux, il n'y a rien. On peut supposer, à juste titre, qu'ils se trouvent dans une pièce sombre où ils regardent la télévision. La publicité se centre sur les personnes et leurs émotions. Pour nous confirmer cette idée, le slogan vient renforcer le message : "Pleurer toutes les émotions du cinéma" (et on voit une femme qui pleure) et "Rire toutes les émotions du cinéma" (et on voit un homme qui rit).
A priori, rien de bien méchant dans cette campagne... Et pourtant... Au delà de son objectif premier (qui est donc de nous vendre un produit) cette campagne use à fond du cliché, afin de conforter la majorité dans ses idées reçues. Car, on peut se demander, par exemple, ce qui a pu passer par la tête des créatifs en accolant un homme noir au verbe rire, et une femme au verbe pleurer... La réponse vient vite. Le noir, c'est bien connu, a le rythme dans la peau. Il aime danser, mais est tout de même un peu paresseux. Fidèle compagnon, il sait rire comme pas un, et malgré ses malheurs, il sait garder sa joie de vivre. Il suffit, pour s'en convaincre, de relire "Tintin au Congo" de Hergé, de se souvenir de Céline, dans "le voyage au bout de la nuit" qui parle de la "lenteur hilare" des noirs ou encore de se référer à la fameuse publicité Banania, avec son tireur sénégalais. La femme, quant à elle, a un coeur d'artichaut. Elle pleure pour un rien. Tandis que l'homme assure et la protège, elle ne sait que se plaindre et chialer. D'ailleurs, lorsqu'un homme pleure, ses copains n'hésitent jamais à lui rappeler qu'il n'est pas une "gonzesse" ou une "femmelette"...
"(...) le racisme se développe grâce à des idées toutes faites sur les peuples et leur culture. Je te donne d'autres exemples de généralisations stupides : les écossais sont avares, les belges pas très malins, les gitans voleurs, les asiatiques sournois, etc. Toute généralisation est imbécile et source d'erreur. C'est pour ça qu'il ne faut jamais dire : "les arabes sont ceci ou cela"; "les français sont comme ci ou comme ça..." etc. Le raciste est celui qui généralise à partir d'un cas particulier. S'il est volé par un arabe, il en conclura que tous les arabes sont des voleurs. Respecter autrui, c'est avoir le souci de la justice" Tahar Ben Jelloun Le racisme expliqué à ma fille
Un bon coup de pelle dans la figure de ces publicitaires, moi, ça me soulagerait un peu...
Publié par Estebàn
à 2005-10-30 05:36:15
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Vendredi 23 septembre 2005

"Leçon n°68 : agacer les copines" "Leçon n°1 : lui voler la vedette"
Nos amis créatifs n'ont jamais été des personnes très fines. On leur a inculqué, dans les écoles de communication, qu'il y avait deux moteurs principaux, dans le cerveau humain. Eros et Tanatos. Comme Tanatos est tout de même une pulsion de mort, et que ce n'est pas très rigolo, ils l'ont remplacé par la notion de fric.
Ainsi, avec un zeste d'analyse, on voit vite que ces deux messages arrivent toujours en pointillés dans beaucoup de publicités (C'est le cas avec la pub Leclerc et la petite culotte par exemple).
Mais, lorsque le produit s'y prête, les publicitaires n'hésitent plus à se lâcher. Ainsi, les pires publicités sont souvent les publicités pour les banques ou pour les dessous.
C'est le cas d'Aubade qui nous inflige cette somptueuse campagne, en noir et blanc, pour faire plus chic (le N&B, c'est Artiste, c'est Tendance, et pas Vulgââââire).
Pour les créatifs d'Aubade, l'être humain se résume à sa fonction reproductrice. On notera le fait intéressant que les personnages de l'affiche sont coupés juste au dessus de la bouche (c'est le cas pour la femme aussi, mais la photo, de nuit, nous cache ce fait... Pardon, pardon !) et en dessous du sexe. Pas de cerveau, pas d'esprit rationnel, que du reptilien : le sexe, la poitrine et la bouche. Le plaisir, immédiat.
Afin d'enfoncer le clou, tout en usant du fameux argument humoristique, les créatifs ont mis des slogans : "agacer les copines" et "lui voler la vedette". On expose bien ici ce qui compte beaucoup pour les publicitaires, à savoir un rapport de force, fait de compétition et d'humiliation de l'adversaire ("je suis la/le plus belle/beau et tant pis si, pour ça, je dois faire des régimes crétins, de la chirurgie esthétique, dépenser mon fric dans des dessous ou prendre toutes sortes de médoc...").
Et comme une bonne blague s'accompagne toujours d'un bon clin d'oeil graveleux, voilà qu'on me donne des numéros de leçons : 68 et 1 (notez au passage que c'est l'homme qui a le n°1, mais passons...)... Et oui ! 68 + 1 = 69 !!!! Du cul, du cul, du cul ! Excellent ! Que c'est drôle ! Que c'est fin...
Heureusement que nos amis publicitaires sont là pour animer nos vies ternes (et accessoirement mes chroniques), parce que sinon...
Publié par Estebàn
à 2005-09-23 01:57:17
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Mercredi 21 septembre 2005

Cela faisait un moment que nos amis publicitaires n'avaient pas tapé sur les grandes idées de 68. Heureusement, des créatifs ont trouvé, à nouveau, le bon angle d'attaque.
La première chose à faire est de faire authentique. On utilise donc des photos en noir et blanc pour faire photos d'archive (or, en 68, il me semble que la couleur existait, mais passons !). L'important est de créer une distance entre le consommateur et la photo. Ensuite, on se débrouille pour que les personnages des photos soient eux-mêmes éloignés des consommateurs. Ici donc, les personnages sont des clichés dépassés et "ringards" (la femme hystérique de manif ou de concert des Beattles, l'homme très babacool, tendance le Che) .
On ajoute la petite touche d'humour (histoire de faire taire les pisse-froids qui oseraient critiquer cette publicité, en leur rétorquant qu'ils n'ont décidément AUCUN humour) : la "culotte en coton" de la jeune fille qu'on voit malencontreusement (c'est digne d'un bêtisier télévisuel ça) / le type super fier qui a pensé à... ses 8 piles (c'est d'un cocasse ! Je me gausse comme jamais !).
Enfin, on plaque le slogan, véritable concentré de toute la pensée intellectuelle libéraliste : " Aujourd'hui la lutte C'est le pouvoir d'achat" (remarquez l'habile mise à la ligne après Lutte... on crée un bel effet d'attente).
Si on traduit le slogan, voilà ce que ça donne :
- Hier, la lutte, c'était autre chose (la lutte des classes par exemple), mais, aujourd'hui, voilà ce que c'est !
ou bien - Aujourd'hui, fini les grands idéaux. La lutte, c'est juste payer moins cher ses piles ou sa culotte en coton, rien d'autre...
et surtout - Amis de 68, vous êtes ringards avec vos luttes d'idéaux ! Vous êtes à coté de la plaque ! Lutter, aujourd'hui, c'est pour sa trogne ! Et le plus important, c'est d'avoir des trucs à bas prix.
Quel cynisme ! Quelle aigreur ! Incroyable de constater comme les grands idéaux peuvent être incompatibles avec le libéralisme. Impressionnant de noter que les publicitaires essayent toujours de récupérer à leur sauce les idées libertaires pour les humilier, les dénaturer, et les détourner.
Dans toute dictature, on réécrit l'histoire. La dictature publicitaire ne fait pas autre chose. Repprendre une photo à son compte, et la légender n'importe comment, jusqu'à lui faire affirmer le contraire de ce qu'elle exprimait, ça ne s'appelerait pas du révisionnisme ?
Publié par Estebàn
à 2005-09-21 07:43:58
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Mercredi 17 août 2005

Il est toujours important de faire régulièrement passer les messages essentiels auxquels on tient. Après avoir toléré qu'en Occident la femme se libère un peu, il est grand temps qu'on sonne d'urgence la fin de la récréation.
Nos amis publicitaires ne reculant devant rien, n'hésitent pas à nous aider dans cette tâche ardue.
Il faut savoir que les hommes et les femmes sont des êtres fondamentalement différents. Outre un aspect physique, sur lequel je ne m'étendrai pas, il faut aussi savoir que le cerveau de la femme contient des dispositifs inconnus de nous, les hommes.
Un de ces dispositifs est le sens inné (c'est dans leurs gènes) de la gestion de la maison et des courses. La femme, sans effort, est capable de faire des courses de manière raisonnable (elle choisit d'instinct la marque Champion qui lui permet, à elle, et à toute sa famille, de conserver un bon train de vie), tout en élevant bien ses enfants (la preuve : elle arrive à veuiller à leur santé, puisqu'ils font du sport !).
On pourra aussi noter l'importance de la hierarchie puisque la femme a bien ordonné ses enfants du plus âgé au plus jeune (quand je vous dis que la femme est capable de grandes choses !). On notera enfin que cette femme est une bonne française puisqu'elle a fait trois enfants (la moyenne est autour de 2,1 enfants par femme, il me semble, pour que tout aille bien dans notre pays...).
Voilà les amis. Vous voyez, quand chacun est à sa place dans le monde (comprenez : quand la femme est à sa place, c'est-à-dire dans la cuisine, au supermarché, et en position de mère), tout de suite, ça va mieux. On respire mieux, on se sent détendu. Avoir des repères, c'est essentiel.
Comme dit notre ami publicitaire, "plus facile la vie".
Publié par Estebàn
à 2005-08-17 02:46:00
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Jeudi 30 juin 2005

"Dans certaines mains, la publicité est une arme de séduction massive". Voilà le message lancé par l'agence Pôle Company et relégué par cette grande et laide affiche 4 x 3.
Remontons le temps... Juin 2004. Philippe vient tout juste d'avoir son diplôme en communication. Il est heureux, Philippe. D'abord parce qu'il se dirige vers ce qu'il a toujours aimé, à savoir la publicité. Ensuite, parce qu'il va enfin commencer à pouvoir gagner sa vie. Déjà, petit, il adorait ça, la pub. Un de ses grands jeux, avec sa soeur, était, pendant les écrans publicitaires à la télé, d'être le premier à deviner le produit. Il gagnait souvent. Il faut dire que sa soeur avait quatre ans de moins que lui, alors, ça aidait.
Plus tard, il s'était froté aux "nuits des publivores". Une nuit entière à regarder des publicités du monde entier dans des salles de concert pleines à craquer. C'est là qu'il avait compris qu'il était fait pour ça. Il avait vu là-dedans une vraie culture. Après son bac, il s'était donc dirigé dans une filière de communication.
En janvier dernier, Philippe a trouvé un stage. Chez Pôle Company, justement. Il avait gâléré six mois pour trouver ce stage. Il était passé par six mois de chômage, alors, quand il avait eu ce stage (sous-payé, mais qu'importe) il n'avait pas hésité. Au début, il n'a pas fait grand chose. Quelques cafés, deux ou trois photocopies, mais qu'importe... Il savait qu'il était dans la bonne voie.
Fin avril, son supérieur, Max (il s'appelle Maxime, en réalité, mais Max, c'est mieux) a voulu le tester. Officiellement, c'était pour voir l'étendue de son talent. Officieusement, c'était parce que ce n'était pas cher de faire plancher un stagiaire. Mais ça, on n'allait pas le dire à Philippe, tout de même !
Max a donné un défi à Philippe : il fallait trouvé un truc pour donner envie à des clients de s'adresser à Pôle Company. Philippe a accepté. Le soir, il a téléphoné à ses parents pour leur donner la bonne nouvelle : il avait une oportunité. On allait voir de quoi il était capable. Et puis il a commencé à réfléchir. Et pour ça, rien de mieux que de regarder la télévision. Il a commencé à zapper sur ses 80 chaînes (il s'était offert le câble pour fêter son stage) et est tombé sur une chaîne d'information continue. Ce soir-là, justement, on parlait de la guerre en Irak. Profondément, la guerre en Irak, il s'en fout. Ce n'est pas son problème. De toute façon, la politique, c'est chiant et ça n'intéresse personne, alors. Et puis, bon, W. Bush dit quand même des choses pas bêtes. Sans compter que les USA sont beaucoup moins frileux que la France. Eux, au moins, ils innovent, ils donnent des chances. Alors qu'en France, on ne peut rien faire. Dès qu'un gouvernement fait un truc, les français font tout un tas de grèves...
Toutes ces pensées traversent l'esprit de Philippe tandis que l'homme tronc à l'écran continue de réciter ce qu'il y a écrit sur son prompteur. Et puis il y a cette image d'un char d'assaut qui tire... Et là, c'est l'illumination ! Philippe saisit un cahier et grifonne son idée...
Un char rose, couleur de l'amour, canarde avec des coeurs... Qui dit coeurs roses, dit séduction. Or la pub est une arme de séduction ! C'est génial.
Le lendemain, tremblant, Philippe expose son idée à son supérieur. Max est soufflé. Ce petit jeune est impressionnant. En effet, il a parfaitement compris qu'on peut dire des vérités claires et affreuses aux gens. Il suffit d'y mettre les formes. L'humour aide beaucoup.
- La publicité est une arme. Aucun doute là-dessus. On est donc dans un rapport d'intimidation, un rapport violent. Le consommateur est une cible.
- Un des ressorts de la publicité est de nous vendre de l'amour.
- Si dans certaines mains, la publicité est une "arme de séduction massive", qu'est-ce qu'elle est dans d'autres ? Une arme tout court ? Une arme de destruction massive ?
Philippe a été félicité par Max, qui a promis de parler de lui au directeur. Quelques jours plus tard, le projet de Philippe est accepté. Sauf que, entretemps, ce projet est devenu celui de Max, qui en avait bien besoin pour relancer sa carrière qui stagnait un peu. Mais, ça, Philippe ne l'a jamais su...
Aujourd'hui, le stage de Philippe vient tout juste de s'achever. Son contrat n'est pas renouvelé... Compression de personnel... Pôle Company l'a tout de même remercié et lui a offert une montre. Et Max lui a dit qu'avec son talent, il ne doutait pas un instant qu'il trouverait très vite un emploi au sein d'une entreprise de communication.
Publié par Estebàn
à 2005-06-30 04:25:40
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Jeudi 23 juin 2005

Une fois encore, des créatifs de pub se sont penchés activement sur la condition féminine. Voici le résultat de leur (fine) analyse. Pour nous vendre une (troisième) paire de lunettes, on nous montre trois fois la même femme (ou alors des triplettes, au choix). L'une d'elle nous fait face, tandis que les deux autres nous offrent leur profil. Au dessus, un texte : "Votre troisième paire pour quinze euros de plus". En dessous une conclusion : "Dommage qu'Afflelou ne soit qu'opticien".
Nos amis créatifs sont d'énormes frustrés sexuels infoutus de se contenir. Leur obsession sexuelle est impressionnante. Incapables de la contenir, ils l'exacerbent dans presque chaque affiche, sous couvert d'humour bien sûr. Allez ! Sans plus tarder, on décortique :
- Le premier texte est déjà ambigu par nature. "Votre troisième paire"... Mais paire de quoi ? Pourquoi ne le précisent-ils pas ? Pourquoi cette omission ? Parce que c'est évident ? Pas faux. Effectivement, il y a fort peu de chances pour que le marché de la testicule soit porteur ! Mais, le texte reste flou.
- On constate alors que la femme ressemble à une Geisha. On entre de plein pied dans l'univers fantasmatique masculin. La Geisha est la femme au service de l'homme. Elle lui est dévouée entièrement. D'ailleurs, dans la photo, les deux femmes de profil sont inclinées comme si elles saluaient.
Jusque là, on peut m'objecter que j'interprète librement. Après tout, et Freud l'a fait avant moi, on peut voir l'expression de la sexualité partout. Pas faux non plus. Sauf qu'arrive le troisième élément, qui enfonce le clou sans ambiguïté.
- "Dommage qu'Afflelou ne soit qu'opticien". Etrange texte. Qu'est-on en train de me dire ? Et là, me revient un proverbe stupide sur les "femmes à lunettes". Richard Gotainer l'a même chanté, il y a une bonne quinzaine d'années... "Femmes à lunettes, femmes à quequettes"... Or, ici, on me sous-entend qu'Afflelou aurait pu exercer une autre activité et qu'il aurait réussi... Mais quelle pourrait être cette mystérieuse autre activité ? Esclavagiste ? Proxénète ?
Alors bien sûr, on reste dans le non-dit, dans l'implicite. On dit sans dire. C'est tout l'art de l'emballage. Mais le fond reste toujours le même.
Et qu'on le veuille ou non, ce fond est bien réactionnaire.
Publié par Estebàn
à 2005-06-23 07:47:40
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Vendredi 17 juin 2005

La publicité reprend toujours les mêmes recettes. Parce que ce sont celles qui marchent invariablement. S'il y a bien un haut lieu de conservatisme, c'est du coté de la publicité qu'il se trouve. J'en veux pour preuve la dernière campagne de la Banque Nationale de Paris pour un nouveau produit, un crédit en l'occurence.
Fidèle à sa ligne de conduite, cette campagne s'inspire de l'univers du cinéma et reprend à son compte certains éléments de l'affiche de "Hot spots" de Dennis Hopper (à ne pas confondre avec "Hot shots" des frères Zucker et Abraham) ainsi que de "Wild at heart" de David Lynch ("Sailor et Lula", en français. Un film absolument décoiffant, fabuleux conte de fée moderne).
On voit donc sur fond rouge, en insert, le regard d'une femme, et celui d'un homme (hommage à Sergio Leone ?). Ensuite, en plan américain, l'homme se tient contre la femme qui l'enlasse. Enfin, plan large sur des palmiers.
Le nom du produit est situé en dessous des deux inserts : Crédit Attraction.
Tout est dit dans le nom de ce produit. L'amour et le désir sont tout à fait compatibles avec l'argent. Tout le suggère dans la photo centrale : la couleur de l'or s'allie parfaitement avec le rouge passion du fond de l'affiche. Les palmiers, en bas, sont ici le symbole de la richesse. Sommes-nous à Cannes sur la Croisette ou du coté de Beverley Hills à Los Angeles ? En tout cas, c'est sûr, on est à l'abri du besoin. Enfin, le sous-titre est on ne peut plus clair puisque ce crédit va me "séduire".
Histoire d'enfoncer le clou, cette publicité va plus loin. Le produit est un produit masculin (on dit UN crédit). Or on nous présente un homme (un vrai, le genre hidalgo, avec les lunettes qui tuent, attention) qui a fait succomber une femme. Si on associe l'homme au credit, on peut donc conclure que la femme aime l'argent, et qu'elle est prête à vendre son corps pour en obtenir... Finalement, la femme n'est qu'une prostituée...
Voilà. Sous couvert d'humour, une fois de plus, nos amis publicitaires assènent les mêmes messages réactionnaires, qui flattent la majorité, qui s'adressent avant tout à notre cerveau reptilien (celui dont je parlais hier).
Le fric et le cul, des valeurs sûres ! Je me demande si, pour gagner des lecteurs de mon blogue, je ne devrais pas mettre plus de Ferrari, de Porsche et de filles à poil... Va falloir que j'y réfléchisse sérieusement...
Publié par Estebàn
à 2005-06-17 09:05:41
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Jeudi 19 mai 2005
 
Nos amis publicitaires, toujours friands de nous faire consommer le plus possible, ont trouvé un nouvel argumentaire pour Coca-Cola. Que voit-on ? Sur la première affiche, à gauche, une jeune fille (une vahiné pour la vanille ?) a, contre ses lèvres, une canette de Coca-Cola saveur vanille. Les couleurs sont chaudes et nous évoquent la vanille. Dans sa gorge s'écoule un ruisseau de fleurs. Elle semble heureuse. Ses yeux se ferment de bonheur. Sur la deuxième affiche, à droite, un jeune homme se régale de Cherry Coca. Les couleurs évoquent les couleurs de la cerise (le noir pour le bigaro, cette délicieuse, grosse et juteuse, cerise). Dans la gorge du jeune homme s'écoulent des étoiles et des bulles blanches. Il semble ravi de l'effet.
Une fois de plus, le libéralisme reprend à son compte des valeurs appartenant à une génération et se les approprie, pour les caricaturer et les utiliser à son compte. Ici, donc, on reprend l'imagerie des années 70. On est dans le cliché. Tout y est : la police de caractère pour le Coca Vanille, les couleurs pétantes des deux affiches, les fleurs et les acides (si, si, la poudre blanches et pétillantes dans la gorge du garçon, vous pensiez que c'était quoi ?). Sauf que Coca, c'est tout le contraire de l'esprit réel des années 70. Ici, pas de partage, ni de reconstruction du monde. Ou alors, un monde à l'image de Coca. Coca, c'est l'omniprésence d'une marque qui anihilent toutes les autres cultures. Comme symbole d'impérialisme culturel, on trouve Coca, bien en place aux cotés de Microsoft, de Mc Do et de l'industrie ciné d'Hollywood...
Les slogans eux-mêmes sont d'ailleurs révélateurs : Si "Peace power" peut prêter à sourire (la paix, aux yeux de l'impérialisme américains est une notion quelque peu discutable...), que penser de "Pop power" ?... "Pop" en anglais signifie la "boisson gazeuse"... Ah, bin, si remarquez... ça colle.
Alors, si Coca, malgré ces images, ne nous apportera aucun bonheur (cela nous raffraîchira tout au plus, un jour d'été), force est de reconnaître que "pop power" est finalement assez peu mensonger.
Si les publicitaires se mettent à nous dire leur vérité, et à nous exposer clairement leurs intentions et leur vision du monde, où va-t-on ?
Publié par Estebàn
à 2005-05-19 13:20:46
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Vendredi 22 avril 2005

Dans la série du détournement d'affiche de cinéma, la Banque Nationale de Paris continue joyeusement à exploiter le filon. Que voit-on ? Au premier plan, à gauche, un homme, chapeau vissé sur la tête, une barbe de trois jours sur les joues, regarde, face au soleil couchant, un autre cow-boy, qui fait cabrer son cheval.
Le titre "Son nom est Provisio" fait référence au film de Torino Valerii de 1973 "Mon nom est Personne" avec Terence Hill et Henri Fonda (qui relève un peu le niveau des autres films de Terence Hill... On repense par exemple à la somptueuse série des Trinita...).
L'affiche fait donc ici clairement référence à l'ouest lointain et à toute la dose de fantasme que cela véhicule. Il y a vingt ans, on avait le cow-boy Marlboro, et c'était la même idée (sauf qu'ici, on reste dans le politiquement correct, puisqu'on peut remarquer que notre cow-boy machonne un brin d'herbe...). L'Ouest lointain, c'est donc les grandes étendues sauvages, l'évasion, la liberté, la joie du feu de camp avec des potes, à bouffer des haricots en boite, tout en écoutant le chant du coyote dans le lointain... Bon, pourquoi pas...
On remarquera la cible de cette publicité. On s'adresse à l'homme (et on notera au passage que la virilité de l'homme passe par le poil. Un mec viril, c'est un type pas bien rasé, à la Indiana Jones). Normal. On parle argent, on parle de banque. C'est un univers de Mâle. Pas question que les femmes soient là, elles sont trop sottes. On dit UN argent et UN crédit !
Justement, le produit vendu est un crédit (dont le nom est Provisio, justement). C'est "le crédit le plus disponible de l'ouest, de l'est, du nord et du sud". Mais quel est ce mystérieux crédit, exactement ? Ce crédit est ce qu'on appelle un crédit Revolving, ou encore une réserve d'argent. Ce type de crédit miracle, accordé très facilement, a un léger inconvénient : son taux. On traîne dans les 20% d'intérêt ! Moralité, ce crédit, loin de vous apporter la liberté, vous liera à un organisme banquaire pour un certain temps...
Une fois de plus, cette affiche montre à quel point la publicité nous ment en jouant sur tout ce qui peut nous faire rêver (la jeunesse, la beauté, l'évasion, le besoin d'amour). Un crédit (et surtout ce type de crédit) est une aliénation. Je ne suis pas contre le crédit, attention... Mais disons clairement les choses : Provisio est un crédit au taux élevé, et non un grand voyage dans l'Ouest lointain.
La référence à l'Ouest est d'ailleurs intéressante, puisque, loin d'être un monde de liberté, le monde des cow-boy était plutôt un monde où regnait la loi du plus fort, où des gros propriétaires terriens expropriaient sans complexe, où on dégainait à qui mieux mieux, où le lynchage et la pendaison faisaient souvent office de Justice. Un monde où le libéralisme se serait assez bien épanoui finalement...
Revolving... Revolver... Pas très éloigné comme mot... De là à se qu'on se fasse abattre par un crédit...
Publié par Estebàn
à 2005-04-22 04:19:03
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Lundi 28 mars 2005
Le libéralisme et la société de consommation ont une sainte horreur de tout ce qui peut épanouir l'individu, de tout ce qui peut le rendre libre. Sont donc par définition les ennemis des doctrines libéralistes tout ce qui est du domaine de la gratuité, à savoir, l'amour, l'amitié, le bonheur, et tout ce qui permet d'y accéder à savoir le temps, la culture...
1968 a été, en France, un mouvement extrêmement fort qui a mis à bas une société patriarcale. Ce mouvement a été quelque chose de fondateur pour les individus qui ont suivi, et la plupart des acquis individuels (le droit de faire ce qu'on veut de son corps, que l'on soit un homme ou une femme, par exemple) sont issus de ce formidable réceptacle d'idées.
Malheureusement, après avoir remis en cause le système, beaucoup des combattants ont fini par baisser leur garde, afin de jouir un peu des fruits de ce qu'ils avaient créé. Et, pendant ce temps, la société patriarcale et oppressive est revenue par la petite porte, celle du cellier, qu'ils étaient pourtant persuadés d'avoir fermé...
Trente-cinq ans après 68, voici la nouvelle campagne de publicité des hypermarchés E. Leclerc...

Reprise des images symboles de soixante-huit, reprise du vocabulaire (le verbe "oppresser"), et hop, détournement du message, retour à 180°. Cette affiche s'opposait à l'état policier... Aujourd'hui, elle sert la soupe à ce qu'elle combattait voici trente ans. Affreuse ironie du sort. Et ça ne choque personne... parce que les publicitaires sont arrivés à nous faire croire que c'est de l'humour...
Dans l'humour, on trouve toujours une terrible part de vérité. Et cette vérité, dans le cas présent, est plutôt âpre...
Publié par Estebàn
à 2005-03-28 04:03:40
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Lundi 14 mars 2005

Bon, je vous jure, je ne fais pas une fixation particulière sur la publicité, mais, dès que je laisse traîner mon oeil, je ne peux pas m'empêcher. Alors, bon, histoire de changer, je me suis dit que j'allais chercher d'autre thématiques. Finis les femmes en décolleté, terminé les homme-objets... Pour le moment, en tout cas. Non, là, je me suis dit, on va chercher un truc simple.
Là, a priori, rien de bien méchant. Quatre verres allignés en diagonale, un slogan qui rappelle celui de la haute couture (ses collections et ses défilés) et une marque d'apéritif. Que dire de plus ? Apparemment, cette publicité ne cache pas grand chose. Et pourtant...
D'abord, soyons clairs, Martini est un alcool à 15°. Trois fois le taux d'une bière classique. Si je m'offre les quatre verres de l'affiche, je peux déjà considérer que je ne suis plus en état de prendre une voiture par exemple.
Le slogan n'est pas innocent non plus : "Ultima collezione" suggère qu'un verre de Martini
1- est associable au monde branché des cocktails, des vernissages, de la Jet-Set, de la Mode (la forme du verre en effet ne nous fait pas vraiment penser au bar du coin, en bas de chez nous...)
2- nous permet de partir en Italie (avec tout ce que ça suggère : l'italien a du bagou, il est séducteur... Et puis on pense à la Dolce Vita...)
3- peut être collectionné, comme certains collectionnent les timbres
4- peut défiler comme défilent les mannequins et leur collection...
Et après, en bas et en petit, histoire d'avoir bonne conscience, le publicitaire précise que l'abus d'alcool nuit à la santé... Moi, ça me rappelle ces parents qui, la cigarette au bec, disent à leurs enfants qu'il ne faut pas fumer.
Plus j'y pense et plus je trouve qu'on devrait réinstaurer la vieille tradition du goudron et des plumes pour certaines personnes...
Publié par Estebàn
à 2005-03-14 05:54:25
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Dimanche 27 février 2005

Dans les années soixante (il me semble, là j'ai un doute, mais, bon, peu importe) en France, un jour, un type s'est dit que ce serait sympa de créer une boisson à l'orange avec de la pulpe. Aussitôt dit, aussitôt fait. Oui, mais voilà... Le type n'avait pas pensé que la pulpe étant plus lourde que le liquide, elle allait forcément se déposer au fond. Lorsque le produit fut créé, les concepteurs de la boisson se retrouvèrent face à une horreur : Au fond d'une bouteille stagnait une pulpe baignant dans un jus jaunâtre. Qui donc allait acheter ça ? C'est alors qu'un publicitaire passa par là. Le type regarda la chose, réfléchit et se dit que, justement, ce handicap de la pulpe pouvait peut-être devenir un formidable argument de vente. Ainsi fut lancé la boisson Orangina qui cartonna rapidement, puisque c'était la première bouteille qu'il fallait secouer. Le slogan était trouvé : "Secouez-moi, secouez-moi". La magie de la publicité avait opéré. Tout l'art de la publicité est là : nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Dans la campagne publicitaire du jour, Citroën nous présente une tube de gouache. Ce tube est un tube de noir (de la "peinture à l'huile extra-fine"). Mais, la magie opérant, ce tube crache du blanc. Le tube est posé sur une palette de peinture. En bas, à droite, on aperçoit l'objet vendu : une voiture. Cette voiture (on l'apprend plus haut) est la Citroën Xsara Picasso.
Soyons clair tout de suite. Je ne pense pas que Picasso aurait autorisé ça de son vivant, mais, que voulez-vous, on n'est pas responsable de sa famille. Et la famille Picasso avait certainement des impôts à payer. Alors, ils ont vendu le nom... Aubaine pour Citroën ! Parce que rien n'est plus vendeur qu'une aura de respectabilité. Et Picasso, ça en jette. Le plus triste dans l'histoire, c'est que je doute fort que les acheteurs de ce véhicule aillent s'intéresser de près ou de loin à ce peintre de génie (cela dit, qu'ils ne s'inquiètent pas, les publicitaires le connaissent à peine...). Et puis, il faut bien se rendre compte que le libéralisme déteste profondément l'art. Parce que l'art est quelque chose d'inestimable, de gratuit, et que l'art, le vrai, élève les êtres humains, et les mène vers la pensée, le rêve et la liberté. Alors, lorsque le libéralisme peut humilier l'art, il ne se gène pas (sinon, comment expliquer que des gens aient pu accepter de coller à une voiture le nom de Picasso ?).
La voiture est donc ici associée à une oeuvre d'art. Le tube de gouache le prouve. Mais, bon, le publicitaire sait, comme nous d'ailleurs, que la bagnole est un objet polluant, et que la planète est en train de mourir à petit feu, entre autre à cause de cet objet. Alors, elle transforme, sous nos yeux, un inconvénient en avantage : certes la voiture pollue, mais la Xsara pollue MOINS. Tout est là. On peut donc s'acheter une conscience ! Xsara pollue toujours : le tube est noir, comme la vilaine pollution, mais les gaz nocifs vomis par le pot seront blancs.
Le truc n'est pas d'arrêter de polluer la planète, mais plutôt de la polluer différemment. Avec un pot à particules...
Un vieil adage populaire dit ceci : "peinture sur merde égale neuf". C'est un peu l'idée de cette affiche. Finalement, tout est une question de "packaging". Et ce n'est pas nos amis publicitaires qui me contrediront.
Publié par Estebàn
à 2005-02-27 18:03:43
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Samedi 26 février 2005


En parallèle de la somptueuse et délicate campagne pour les objets de cuisine De Dietrich, fleurit sur les abris-bus une autre campagne. Un fait exprès ou une coïncidence ? En tout cas, cette seconde campagne est tout aussi intéressante à épingler.
Alice, c'est un opérateur de téléphonie et un fournisseur d'internet. A priori donc, aucun rapport direct avec les femmes. Si ce n'est le nom de l'opérateur... (Je me demande toujours comment ils font ces industriels pour trouver le nom de leur boite. J'imagine de puissants brain-stroming, où des types, sous caféïne et sous prozac, les yeux hagards, résultats de plusieurs nuits blanches, planchent sur tous les noms possibles et imaginables. J'imagine ces pièces dans lesquelles ils travaillent avec des cendriers débordants de mégots, des cartons de pizza avec quelques rondelles de chorizo froides. Dans ces pièces mal aérées, ça sent la transpiration et l'Homme en général. Les types sont mal rasés, les cheveux en bataille. Et là, tout à coup, l'un d'eux se lève ! Il a trouvé. C'est ça qu'il faut ! ALICE ! C'est ça ! Et tout le monde applaudit, parce que Philippe, le p'tit gars, les délivre de ce calvaire. Certains l'envient, bien sûr, mais au fond, le mérite de Philippe rejaillit un peu sur eux... Philippe ravale une larme, étouffe un sanglot, et se dirige d'un pas sûr vers le bureau du grand patron. Son haleine est chargée, mais qu'importe... Il a LA solution. ALICE... C'est le nom du poisson rouge de sa fille... Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ?... Je ferme ma parenthèse...).
On comprend donc mieux la présence de cette femme sur l'affiche. La cible de cette campagne n'est donc pas la femme (qui est infoutue de comprendre comment manipuler un ordi... Alors, une connexion internet, vous pensez !) mais l'homme.
Les publicitaires ont misé sur l'artillerie lourde pour attirer ce dernier : une blonde (classique) évanescente (voyez les cheveux qui volent) à forte poitrine (intéressant de noter que le décoleté de la demoiselle constitue le centre de la deuxième affiche). On retrouve les arguments classiques sexuels : la poitrine sur la deuxième affiche, la tenue légère et plutôt transparente, le regard de braise. On nous confirme donc ce que tous les hommes savent : la femme aime ça et n'attend que l'homme pour accourir. Les couleurs évoquent tout ce qu'on aime : Rouge passion et Noir mystère. Ce n'est pas tout. Sur la première affiche, la femme s'appuie sur une énorme pièce de Un euro (si, si, regardez bien...). Qu'en conclure sinon que l'argent attire la femme, et qu'elle se donnera à nous pour peu qu'on mette la main... au portefeuille... dans un premier temps du moins !
Vivement la campagne de publicité qui nous présentera une prostituée cuisinière. Encore un effort les gars, vous y êtes presque...
Publié par Estebàn
à 2005-02-26 10:39:43
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
Vendredi 25 février 2005

Dernière campagne en date du vendeur De Dietrich.
Que voit-on ? Une femme en gros plan, très maquillée (ongles rouges, rouge à lèvres, bleu à paupières) nous fait face. Un pull moulant bleu ciel avec un col montant l'habille. Deux fourchettes lui font office de lunettes. Le produit vendu est situé en bas à droite. Il s'agit d'une table de cuisson à gaz qui s'allie harmonieusement avec une plaque vitrocéramique ("une table mixte induction - gaz"). Deux textes accompagnent la photo : "De Dietrich. Les nouveaux objets de valeur" et plus bas "La beauté d'une table de cuisson est aussi dans ces innovations".
Voilà. Une fois de plus tout est dit. Une fois de plus, nos amis les publicitaires utilisent les clichés les plus conservateurs pour nous vendre tout et n'importe quoi. Analysons tout ça.
D'abord, il faut remarquer que la femme occupe environ quatre à cinq fois plus d'espace que l'objet à vendre. Elle est également placée au centre de l'affiche. Elle attire donc immanquablement notre regard. C'est elle qu'on va voir, et surtout elle. C'est donc elle qui est importante. A partir de là, la lecture du texte devient intéressante : "Les nouveaux objets de valeur". La femme est une chose qui a un prix.
Tout est posé. Mais, nos amis publicitaires enfoncent le clou. A coté de la femme, se trouve le deuxième texte : "la beauté d'une table de cuisson est aussi dans ses innovations". La femme est donc une "table de cuisson". Belle métaphore pour exprimer peut-être qu'elle est chaude et qu'elle aime ça... Remarquez d'ailleurs son coté brûlant : son pull bleu n'évoque-t-il pas la flamme du gaz ? En même temps, cette femme possède le charme de la beauté froide (à la Catherine Deneuve) mais bouillante si on sait y faire (comme une plaque à induction en définitive...). Nous sommes donc bien dans le domaine du fantasme sexuel.
Et les fourchettes me direz-vous ? Simple ! La femme ne peut voir la vie qu'au travers de fourchettes... Et les fourchettes représentent la nourriture... Qui dit nourriture, dit... cuisine. Quel est le produit vendu ici ? Un élément de cuisine ! Bravo ! Donc, pour qu'une femme soit belle, sexuellement désirable et épanouie (qu'elle prenne toute sa "valeur"), c'est simple ! Mettez-la derrière les fourneaux !
Merci amis publicitaires ! Une fois de plus, vous aidez les gens à avoir de bonnes idées pour faire progresser le monde afin qu'il soit un peu plus égalitaire.
Publié par Estebàn
à 2005-02-25 11:26:15
Permalien |
| Le publicitaire est ton ami
|